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NOTICE SUR LES AMOURS

gnité se réveilla, et Fulbert crut devoir, pour son honneur , dévoiler le secret qu'il avoit promis de garder. Cette révélation désola les amants , qui mirent tout en usage pour désavouer les discours de leur oncle. Le chanoine irrité maltraita sa nièce ; Abeûr lard accourut au secours de son amante, l'enleva une seconde fois, et la déposa à l'abbaye d'Argen-r teuil, sous le costume de religieuse.

Fulbert, plus fm-ieux que jamais, résolut de se venger d'une manière éclatante. Il corrompit un valet d'Abailard, qui livra son maître pendant la nuit. Cinq assassins entrèrent dans l'appartement de l'infortuné 'Abai lard; quatre d'entre eux le saisirent, lorsqu'il étoit encore dans son premier sommeil; et le dernier, armé d'un rasoir, lui fit l'outrage le plus humiliant et le plus cruel pour un amant.

Si quelque chose pou voit consoler d'une perte irréparable , c'étoit assurément les marques d'intérêt que le public prodigua à Abailard. Mais il est des malheurs dont la nature a quelque chose d'humiliant, dont rien ne peut adoucir l'amertume. Abailard confus n'osa plus se montrer; et réduit à chercher dans la solitude et l'oubli des consolations que l'amitié même ne pouvoit lui offrir, il résolut d'ensevehr, dans l'obscurité d'un cloître , sa douleur et sa honte.

L'abbaye de Saint-Denis étoit alors le monastère

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le plus célèbre de France. Il s'y retira pour y vaquer à Tétude et aux devoirs de la religion; Héloïse imita son exemple, et fit profession au monastère d'Argenteuil.

A peine Abailard étoit-il à Saint-Denis, que les leligieux de cette abbaye le pressèrent de reprendre le cours de ses études , et de rouvrir une école de théologie.

Abailard y consentit, et cette condescendance fut pour lui la source de nouveaux malheurs. De toutes les parties de TEurope les jeunes gens accoururent pour l'entendre : on en comptoit plus de trois mille à chacune de ses leçons ; l'espace qu'il occupoit devint trop étroit pour les contenir ; toutes les écoles de Paris furent abandonnées, les professeurs les plus célèbres restèrent sans auditeurs.

Dès ce moment, la perte d'Abailard ftit résolue. Il venoit de publier un traité de la Trinité, que le public avoit reçu avec des applaudissements universels. Ses ennemis étudièrent cet ouvrage, y cherchèrent des opinions suspectes , et le déférèrent à Tarchevêque de Reims, comme souillé d'hérésies. Le pape convoqua un concile à Soissons ; Abailard y fut cité , et pensa être lapidé en entrant dans cette ville. Son ouvrage, déclaré orthodoxe dans une première conférence, fiit déclaré hérétique et impie dans une seconde; Abailard fut obligé de le brûler

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lui-même, et condamné en outre à garder prison dans son monastère. De nouvelles persécutions l'y attendoient. C'étoit une opinion reçue, comme un do{jme de foi, que saint Denis l'Aréopagile étoit le pati'on de Tabbaye qui portoit son nom. Abailard, eh examinant la question , découvrit que cette Of)inion étoit fausse, et' osa le dire. Dès ce moment il fut regardé comme l'ennemi de la reli{;ion et de l'état; il fut dénoncé comme conspirateur, et enfermé dans une éti'oite prison; car quel siècle n'a pas eu ses délateurs, ses tyrans, et ses bourreaux? Réduit à s écbapper des cachots où il gémissoit, Abailard alla implorer la protection du comte de Champagne; et pour se dérober à la fureur de ses ennemis, il se contina dans un lieu sauvage et inhabité, où il bâtit un petit oratoire, quil dédia à l'Esprit consolateur, sous le nom de Paraclet. Il commençoit à jouir de quelque bonheur au fond de cette nouvelle retraite, lorsque les moines de l'abbaye de Saint-Gildas, en Bretagne, vinrent le prier d'agréer le choix qu'ils avoient tait de lui pour leur supérieur. Ils le pressèrent avec tant d'instances, qu'il eut encore la foiblesse de céder, et d'aller prendre la direction d'une maison plus célèbre par le désordre de ses mœurs que par la richesse de ses revenus. Il n y trouva que des hommes corrompus et féroces qui attentèrent plusieurs fois à sa vie, et employé-

rent le poison jusques à l'autel et dans les vases sacrés. Abailard , en butte à tant de haines , prit encore le parti de chercher une nouvelle retraite.

Héloïse n'étoit pas plus heureuse que lui. Le monastère d'Argenteuil étoit aussi irrégulier que celui de Saint-Gildas. Les moines de Saint-Denis , dont les mœurs ne valoient guère mieux , mais dont la puissance étoit plus redoutable, profitèrent de ce prétexte pour expulser les religieuses et se mettre en possession du monastère. Héloïse, fugitive et sans appui , cherchoit un asile , avec quelques religieuses qui s'étoient attachées à ses vertus et à sa fortune. Abailard lui offrit le Paraclet, et vint l'en mettre en possession.

Le revenu du Paraclet étoit modique; mais les douces compagnes d'Héloïse ne dédaignèrent point de travailler de leurs mains et de subvenir, par ce travail , aux dépenses du monastère. Bientôt la renommée d'Héloïse et ses heureuses qualités lui firent un grand nombre de protecteurs. Des seigneurs de Champagne dotèrent son établissement, et le Paraclet devint une des plus illustres abbayes de France.

Saint Bernard lui-même , excité par la haute réputation d'Héloïse , voulut la voir et disserter avec elle sur quelques matières de religion. Il fut étonné de son esprit, de son profond savoir, de la justesse de ses raisonnements , et se retira pénétré d'estime

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