LA PRIÈRE A L'AMOUR
Le jour s'est levé pur du berceau de l'Aurore :
Ses feux naissants, un charme, un pouvoir que j'ignore,
Vers ces lieux recules ont égaré mes pas.
Quel est donc cet asile? où vais^je? où suis-je? hélas !...
Mais quoi! n'ai-je suivi qu'un charme involontaire?
Ces myrtes enlacés , cet autel solitaire , #"
L'encens qui déjà fume, allumé par mes mains,
Ces oiseaux palpitants , de leur sort incertains ,
Ces victimes, ce vase entouré de guirlandes.
Mon trouble aux pieds du dieu^qui reçoit mes offrandes,
Tout annonce à ce dieu, que je crains de nommer,
Un sacrifice à faire et des vœux à former.
Mais aux pieds d'un enfant d'où vient que je frissonne?
Sa main est désarmée, il tient une couronne :
Son sourire est-il fait pour inspirer l'effroi?
Dieu que l'on peint cruel , Misis l'est plus que toi ,
Misis ! ... à ce nom seul je me sens plus émue. . . Le jour où dans le cirque il s'offrit à ma vue, Le feu de ses regards pénétra tous mes sens... (Ainsi, sous ces berceaux, s'est répandu l'encens.) Sous mes voiles légers ce feu secret circule... Misis m'a-t-il trompée? ai-je été trop crédule? Hier il me surprit tandis que je revois : Je me plaignis à lui des maux que je souffrois; Je lui peignis comment , éperdue , inquiète , Des antres ignorés je cherchois la retraite ; Combien j'en chérissois le silence et l'horreur. Satisfaite , du moins , d'y cacher ma douleur ! Ma plainte le touchoit... un soupir l'a finie. « Tu me fuis , m'a-t-il dit; et l'Amour t'a punie : « C'est ainsi qu'il frappa l'insensible Daphné. « Lui seul peut consoler ton cœur infortuné : « De ce cœur, qu'il agite , il demande l'hommage. « Son temple est près d'ici , ce temple est un bocage : « Vole, au lever du jour, sous ces ombrages frais, « Va soumettre à ce dieu ton cœur et tes attraits. « Au pied de ses autels que ta fierté fléchisse : « Va, le bonheur suivra ton premier sacrifice. « Moi-même, plus heureux, j'attendrai ton retour : « On accorde à l'amant ce qu'on offre à l'Amour... »
Eh bien , dieu favorable ! écoute ma prière : A ton culte sacré se livrant tout entière , Aglaé vient t'ofFrir un cœur simple, ingénu. ..
Mais quel bruit jusqu'à moi tout-à-coup parvenu..'. Je frémis... Qui peut donc agiter ces feuillages? L'air est pur, le matin voit naître peu d'orages; Ce n'est point là des vents le souffle impétueux. . . Misis oseroit-il?... Ah! finissons mes vœux: Qu'aurois-je à redouter près du dieu que j'implore? Il puniroit Misis... Le bruit redouble encore... Ciel! entre ces rameaux est-ce Misis?... c'est lui!... Dieu puissant! dieu vengeur! prête-moi ton apjmi; Vois mourir à tes pieds ces colombes fidèles ; Misis exige-t-il que j'expire comme elles?... Bocage malheureux , redoutable séjour ! . . . L'innocence périt aux autels de l'Amour.
STANCES