A M. D'ÉP
Qui soupçonnoit l'Auteur d'avoir fait des vers contre lui sur l'infidélité de sa maîtresse.
Je n'aime point, par un vain persiflage,
De mes amis censurer les erreurs :
Tout homme est foible , et chacun a ses mœurs ;
Je plains un fou comme j'estime un sage.
Cher d'Ép***, plus de soupçon sur moi :
J'ai pris par choix la bonté pour devise.
Du fol écrit qui te ridiculise
Ma main n'a fait ni les vers ni l'envoi ;
Un sot peut seul rire d'une sottise;
Mais repoussons les traits de tes censeurs.
Est-ce un travers, qu'aux jours de ton automne
Ton sang encor dans tes veines bouillonne?
Ne sait-on pas , sur nos fragiles cœurs ,
Quel est l'effet d'une mine friponne ?
Un fin sourire, oracle des faveurs,
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Un œil malin qui s'irrite et pardonne, Des riens charmants, des caprices trompeuris, Mille refus plus doux que ce qu'on donne... Voilà comment la coquette aiguillonne Des sens flétris, éteints dans les langueurs. Eh! qui pourroit, fût-il octogénaire.
Voir sans désir la folâtre Phriné, Dans un houdoir au plaisir destiné, Renouveler tous les jeux de Cythère?
Là tous les sens sont charmés tour-à-tour : Là, sur des coins, pastilles enflammées Portent, dans l'âir de ce discret séjour. L'ambre irritant de leurs douces fumées. (L'ambre, dit-on, est l'encens de l'amour.) Dans une niche où , loin de tout profane , Sont supendus d'inutiles ride«iux.
Un lit charmant que l'on nomme ottomane , Offre aux désirs des coussins , des carreaux : L'heureux sultan y conduit la sultane.
Vois-y Phriné , Phriné dont les attraits N'ont plus l'éclat de leur première aurore ; Mais sa parure , un déshabillé frais , Mille rubans lui donnent l'air de Flore. Lorsque son sein ne venoit que d'éclore , On l'admiroit, on soupiroit auprès ; Mais, maintenant on le baise, on l'adore : Enfin Phriné , par l'art de ses apprêts ,
Est aussi jeune et bien plus belle en(îore. Ce qui lui prête un charme encor plus sûr, C'est ce regard que Taimable friponne Lance toujours et si tendre et si pur : C'est cette bouche , où le rire assaisonne Chaque baiser que son amant lui donne; C'est l'air, le ton faussement ingénus , Dont la perfide échauffe un je vous aime. . On le dit mal quand on le sent soi-même : On le dit mieux quand on ne le sent plus. Pour nos Phrinés , tromper est Fart suprême. Si sur leur front le ciel mit la candeur, Si dans leurs yeux il peignit l'innocence, Si sur leur bouche il plaça l'éloquence , Il mit aussi l'imposture en leur cœur.
Voilà comment la nymphe enchanteresse Devint si chère à tes esprits charmés.
Chaque plaisir nous coûte une foiblesse ; Et la première est de nous croire aimés. Tu fus heureux , mais aussi tu fus dupe ; Et, si j'en crois la gazette du jour, Jamais Phriné n'a ressenti l'amour :
Le plaisir seul ou l'intérêt l'occupe.
D'après cela, mon esprit est bien loin De déclamer contre ton inconstance :
En offensant , elle prévient l'offense ; Et, comme toi, mon cœur en a besoin.
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Après un goût, un autre doit renaître : (Tu mas donné cette utile leçon), Et dans le choix d'être dupe ou fripon , Tout bien pesé, c'est fripon qu'il faut être.
DIVERSES. . 4ii