‹ Œuvres choisiesChapitre 10 sur 103 · LAQUELLE U>G VIEILLARD MARIÉ VOULOIT ESPOUSER ET DECEPVOIR · texte numérisé non relu

LAQUELLE U>G VIEILLARD MARIÉ VOULOIT ESPOUSER ET DECEPVOIR

Nox pour vouloir de rien vous requeryr, Non pour plus fort vostre grâce acqueryr, Non pour distraire aulcune vostre emprinse, J'ay le papier, l'encre et la plume prinse,

ae ŒUVRES

Et devers vous ce mien escript transiUTSî Mais pour autant qu'il affiert aux. amys Et serviteurs, jamaiz. ne celer rien A leurs aymez , soit de mal , ou de Lien y J'ay bien voulu vous escrire , ma Dame , Chose qui n'est en congnoissance dame, Fors que de moy, et de vous n'est point sçeuë Parquoy pourriez en fin estre decenë :

Et je ne veulx vous laisser decepvoir.

Tant que mon euil pourra l'appercevoir.

Or est ainsY que me treuvant au lieu.

Où j'esperois vous pouvoir dire adieu , Triste devins, scachant vostre haultesse Desjà partie. Et adoncques l'hostesse Me va monslier lettres de vostre main.

Là où teniez propoz doulx et humain A ung vieillard à qui vous les transmistes , Lors à mon cueur souhdainement vous mistes Deux pensemens, veoyant vostre jeune aage Favoriser un si vieU pergonnaige.

Mon pensement premier au cueur me dict Que par amour il n'a vers vous credict, Car je sais bien que Venus jeune et Jointe, Du vieil Saturne en nul temps ne s'accointe.

Mon pensement second me feit comprendre Que pour espoux le pourriez vouloir prendre : Et ne veulx pas de ce vous diverlyr, Mais je veulx l)ien au vray vous advertyr

DE CLEMENT MAROT. ai

Que (long-temps a) il fat mis sous le jou

De mariage au tas pays d'Anjou,

Et est encor. Si voulez toutesfois,

n s'y mettra pour la seconde fois :

Combien pourtant que bien foible me semble

Pour labourer à deux terres ensemble.

Doncq si vous voulez vostre blonde jeunesse

Joindre et lyer à sa grise vieillesse,

H sera bon vous enquérir avant

Si j'ay parlé du caz comme scavant ,

En ceste epistre assez mal composée ,

Tous supplyant l'avoii* pour excusée,

Si elle n'est en termes élegans :

Et recepvoir vueillez aussy les gants ,

Que de bon cueur vous transmetz pour l'estraine.

De l'an présent. La chose est bien certaine ,

Que vos deux mains tant blanches de nature Méritent bien plus digne couverture :

Mais s'ilz ne sont à vos mains comparez. Du bon du cueur, pour le moins, les aurez.

Ainsy rendray mon propoz accomply En cest endroit. Et avant vous supply Si rencontrez rien dur en ceste espitre, De Foublver et n'en tenir registre :

Car bien à tard vouldroit l'homme desplaire, S'il n'est trop fainct, qui met peine à complaire.

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