EPISTRE
QU IL PERDIT A LA CONDEMNADE COTRE LLS COULEURS d'uNE DAMOYSF.LLE ',
Je l'ay perdue : il faut que je m'acquitte : En la payant , au fort me voilà quitte :
' C'était h galanterie de ces vieilles cours, où les dames faisaient poitcr des rubans de leur livrée à plusieurs cavaliers. La condemnade était une sorte de jeu de cartes à trois personnes.
i8 OEUVRES
Prenez-la donc Tepistre que sçavez , Et si dedans pea d'éloquence avez , Ou si elle est sotte , aspre, ou à reprendre. Au composetir ne vous en rueillez prendre. Prenez-vous en aux fascheuses , qui prindrent Vostre parti, et qui lors entreprindrent De haultement leui'S caquets redoubler "
Durant le jeu, affin de me troubler, Prenez-vous en à ceulx, qui me trorapoyent, Et qui mon jeu à tous coups me rompoyent : Prenez-vous en à quatre pour le moins , Qui contre moy furent tous faulx tesmoings : Prenez-vons en à vous mesmes aussv , Qui bien vouliez qu'ds feissent tous ainsy. Si on ne m'eust troublé de tant de bave, "Vous eussiez eu une epistre fort brave, Qui eust parlé des dieux et des déesses, Et des neuf cieulx, où sont toutes liesses. Sur ces neuf cieulx je vous eusse eslevée , Et eusse faict une grande levée De rhetoricque , et non de bouclyer ' : Puis eusse dict comment on oyt cryer Au fons d'enfer plein de peines et pleurs. Ceulx qui an jeu furent jadiz trompeurs : Donnez vous garde. Or brief (sans m'eschauffer)
' Allusion a une manière de parler, faire une leve'e de boucliers, pour dire, avoir un grand différend avec quelqu'un.
DE CLÉMENT IMAROT. ig
J'eusse descript tout le logiz d'enfer, Là où vront (si brief ne se rednysent) Les vrays trompeurs qui ce monde seduysent. Puis qu'on m'a donc l'esprit mis en mal aise, Excusez moy si l'epistre est mauvaise , Vous asseurant , si l'eussiez bien gagné , Qu'elle eust esté pour vray, bien besongnée, Mais tout ainsy que vous avez gagné.
Par mon serment ainsy j'ay besongné :
Non qu'à regret ainsy feicte je l'aye, Ne qu'à regret aussy je vous la paye.
Tous mes regrets, toutes mes grans douleurs Viennent , sans plus , de ce que les couleurs N'ay sçeu gagner d'une tant belle dame : A qui Dieu doint repoz de corps , et d'ame.
A U]N"E JEUTsE D.IME,