DU TEMPS D£ SON EXIL
En mon vivant, n' après ma mort avec, Prince royal, je ne tournay le bec Pour vous pryer: or devinez qui est-ce. Qui maintenant en prend la hardiesse .'* INIarot banny. Marot mis ea,requoy, C'est luy sans aultre : et sçavez-vous pourquoy Ce qu'il demande il a votdu escrire ?
C'est pour autant qu'il ne l'ose aller dire; A'eoyla le poinct, il ne fault pas mentyr , Que l'air de France il n'ose aller sentyr : Mais s'il avoit sa demande impetrée,
'Cette épître fut adressée à François dauphin en 1 5 36, h deuxième année de l'exil de Clément Marot, pour le prier il'obtcnir du Roi un sauf-conduit.'
Jambes ne teste il n'ha si empestrée,
Qu'il n'y vollast. En vous parlant ainsy,
Plusieurz diront que je m'ennnye icy ,
Et pensera quelque caffart pelé,
Que je demande à estre rappelé.
Mais, Monseigneur , ce que demander j'ose ,
De quatre pars n'est pas si grande chose ,
Ce que je quiers, et que de vous espère,
C'est qu'il vous plaise au roy , vostre cher père,
Parler pour moy, si bien qu'il soitinduict
A me donner le petit saulfconduict
De demy an que la bride me lasche ,
Ou de six mois si demy an luy fasche :
Non pour aller visiter mes chasteaux ,
Mais bien pour veoir mes petits Marotteans ,
Et donner ordre à un faix qui me poise :
Aussy affin que dire adieu je voyse
A mes amys et mes compaignons vieubc ,
Car vous scavez , si fay-je encores mieulx
Que la poursuitte et fureur de l'affaire
Ne me donna jamaiz temps de ce faire:
Aussy affin qu'encor un coup j'accolle
La court du roy , ma maistresse d'escolle.
Si je vois là , mille bonnets ostez ,
Mille bons jours viendront de tous costez.
Tant de Dieu gards, tant qui m'embrasseront:
Tant de salutz qui d'or point ne seront».
Puis se dira , quelque langue fiyande ,
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Et puis Marot, est-ce une grant' viande Qn'estre de France estrangé et banny , Par Dieu, Monsieui-, ce diray-je , nenny. ^^ Lorsque de cher et grandes accoUées , Prendray les bons, laisseray-les voilées, Adieu messieurs , adieu donc mon mignon. Et cela faict, verrez le compaignon Tost desloger , car mon terme failly, Je ne craindrois, sinon d'estre assailly Et empaulmé. Mais si le roy vouloit Me retirer , ainsy comme il souloit, Je ne dy pas qu'en gré je ne le prinse-' Car un vassal est subject à son Prince. Il le feroit, si sçavoit bien comment Depuis ung peu je parle sobrement :
Car ces Lombars avec qui je chemine, M'ont fort ûppriz à faire bonne mine : Â ung mot seul de Dieu ne deviser , A parler peu, et à poltroniser, Dessuz ung mot une heure je m'arreste, S'ou parle à moy , je respons de la leste ; Mais je vous pry , mon saulfcondait ayons , Et de cela plus ne nous esmoyons.
Assez avons espace d'en parler , Si une fois vers vous je guis aller.
Conclusion , royale geniture , Ce que je qniers n'est rien qu'une escripture , Que chascun joui- ou baille aux ennemyz ,
DE clémî:s't marot. 37
On le pealt bien octroyer aux amyz.
Et ne fault jà qn'on fenue la Champaigne
Plustost à moy qu'à quelque Jean d'Espaigne,
Car quoy que né de Paris je ne soi5.
Point je ne laisse à estre bon François.
Et si de moy , comme espère , l'on pense ,
J'ai entreprins , pour faire recompense,
Un œuvre exquiz , si ma muse s'enflamme ,
Qui, manlgré temps, maulgré fer, maulgré flamme
Et maulgré mort, fera vivre sans fin
Le rov François , et son noble dauphin.