‹ Œuvres choisiesChapitre 14 sur 103 · A MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR

LE CARDI>-AL DE TOURÎÎON , MAROT RETOUR^AXT DE FERRARE A LYOX.

Puis que du roy la bonté meçveillense La France veult ne m'estre périlleuse : Puis que je suis de retourner mandé.

Puis qu'il lui plaist , puis qu'il a commandé; Et que ce bien procède de sa grâce, Ne t'esbahys si j'ai suyvy la trace , ^S^oble Seigneur, pour en France tirer, Où long temps a je ne fais qu'aspirer.^^ Le marinier qui prend terre, et s'arreste

Pour la farear de Toraige et tempeste, Desanci'c alors que les cieulx sont amys.

Le chevaucbeur qui à couvert s'est mvs, Laissant passer on la gresle , ou la plnye , Dés que de loing veoit qu'Aquilon e-ssuye Le ciel mouillé, il entre en grand pbisyp, Desloge et tire an lieu de son desyr.

Certes ainsy, monseigneur redouté, Si tost que j'enz mon retour escouté , Et que je vey la grant' nue essuyer, Qui en venant me pouvoit ennuyer, Mon premier poinct ce fut de louer Dieu , Et le second de desloger du lien Là où j'estois, pour au pays venyr, D'où je n'ai sceu perdre le souvenyr.

Nature a prins sur nous ceste puyssance. De nous tirer au lieu de sa naissance , Mesmes long temps les bestes ne séjournent Hors de leurs creux, mais tousjours y retournent.

Brief, du desyr qu'au despartyi- j'avoye, Je n'ay treuvé rien de dur en la voye , Ains m'ont semblé ces grans roches hanltaines Préaux berbuz, et les torrens fontaines. Bize , verglaz , la neige , et la fi'oidure ' Ne m'ont semblé que printemps et verdure

' Mïrot fvmii au commencement de Hiivcr, sur la En ie lS36.

DE CLÉME>T MAROT. 3 9

Si qu'à Dieu rends grâces un million, Dont j'ay attainct le gratieux Lyon , Où j'esperois à l'arriver transmettre Au roy François humble salut en mettre : Conclnd estoit. Mais puis qu'il en est hors, A qui le puy-je, et doib-je adresser, fors A toy qui tiens par prudence loyalle , Icy le lieu de sa haulteur royalle ?

S'il est ainsy qiie la puyssance quhas Tonte s'estend en grans et petits cas , La raison veult doncques que maintenant De ce salut tu sois son lieutenant :

Et puis je suis à cela confonné , Poar ce qu'amy tu es et bien amé De l'assemblée aux muses très sacrées, Et qu'à Phebus en escribvant agrées :

Humblement doncq , sur ce , je te salnë ,

Heur de Tournon , plein de haulte vaine.

Dieu gard aussy d'infecte adversité

L'air amoureux de la noble cité.

Dieu gard la Sone au port bien somptueux,

Et son mary le Rosne impétueux ,

Qui puis ung peu se demonstra si fj'er ,

Que l'ennemy ne; s'y osa fyer :

Et dont n'a guère, en diligence prompte.

S'est retiré Caesar avecques honte.

Si vous supply, ô fleuves imcQortelz,

Et toy Prélat , dont il est peu de telz ,

4o OEUVRES

Et toy, cité fameuse de hut priz ,

Ne me vouloir contemner par mespriz ,

Ains recepvoir tout amiablement

L'humble Dieu gard , de vostre humble Clément.

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