‹ Œuvres choisiesChapitre 15 sur 103 · CONTRE MADAME DE PONS · texte numérisé non relu

CONTRE MADAME DE PONS

Dame de Pons , Nymphe de Parthenay , Pardonne moy , si ceste carte n'ay Paincte de fleurs, à Minerve duysantes, Et pour ton sens contenter suffysantes : Ma muse est bien pour satisfaire habile Aulcuns espritz : mais trop se sent débile Pour toy qui as lettres et bon sçavoir, Autant ou plus que femme puisse avoir : Avecques euil pour veoir subit les faaites Et discerner choses basses des haultes.

Bien est-il vray que ton cueur sçait user D'une bonté de faultes excuser, Et de donner aux œuvres bien dictées En temps et lieux louengos méritées.

Mais je sens bien que l'heure est advenue,

' Eillc se nommait Anne de Parlhenay, fille de Jean de Parlcnay, seigneur de Soubise cl de Michelle Saubotine.

DE CLÉMENT MAROT. 4t

Qu'en cet escript de promesse tenue , Plus de besoing de ton excuse auray , Que de bon loz mériter ne scauray.

Et me suis veu ( il n'en fault point mentyr) D'avoir promis prest à me repentyr :

Car, dés qu'en main la plume je vins mettre ; A peine sceuz forger le premier mettre : Et commencay à dire et à penser :

Presumptueux , que veulx-tu commencer ?

Fault-il qu'à honte acqueryr tu t'amuses D'escrire ainsy à l'une des neuf muses.

Ce neantmoins pour promesse tenyr, Ne me suis sceu d^escrire contenyr :

Mais t'escribvant ( ô noble esprit bien né) Treuvé me suis tout ainsy eslonné Qu'ung villageois simple et pusillanime , Qui parle en craincte à ung roi magnanime.

D'aultre costé , pour mon epistre orner, Je ne sçaurois quel propos enfourner.

De te parler de science latine , D'en deviser prés de toy ne suis digne : Te deviser des amoureux souîas, C'est temps perdu, tu aymes trop Pallas. Chanter la guerre et des armes la mode , A ton mary la chose est plus commode.

De tes vertaz bienblasonner et paindre, Taire vault mieulx, que n*y pouToir attaindre- Par quoy à droict , devant toy je m'accuse

Qne cecy n'est epistie , mais excuse , Cecy ( ponr vray } n'a mérité le tiltre D'envoy , de lay , d'elegie, on d'epistre : Mais s'il te plaist, nonobstant sa basseui", Le recepvoir en gré soubz la doulceur Qui est en toy par nayfve ooustume, J'estimeray avoir fait un volume.

Reçoy le donc en gré , je te supply : Et l'ayant leu , ne le pers , mais le ply , Pour le garder : au moins quand ce viendra Que seray mort, de moy te soubviendra.

Et si d'icy à grant temps et long aage Du tien Clément se tient aulcun langaige , Là où seras par manière de rire , Aux assistans pourras conter et dire, (Qui ne sera pour moy un petit henr) Comment jadis fut bien ton sei*viteur ; Et pour tesmoing de ce que leur diras. Ce mien escript sur i'beure produiras , En leur disant : quant Marot m'escribvoit Ces vers icy , à Ferrare il vivoit , Là ou j'estois : et lors à grande oultrance Le povre gars estoit banny de France, Par le pourchas d'aulcnns ayans envye , Dequoy vertu perpetupit sa v'^-e :

Dont il treuvoit sa perte et son soucy Moins ennuyeax. Leur conteras anssy , Comment, durant ceste mienne destresee.

DE CLEME>"T MAROT. 43

Tous deux servions une mesme maistresse, Fille de France, et duchesse Renée, Au gré de qui semble que tu sois née.

Mille aultres caz , mille aultres bons propoz , Quand seras vieille , et chez toy à repoz , Dire pourras de moy à l'advenyr S*il t'en souhvient : et pour t'en soubven3rr. De bon cueur laisse à la tienne excellence Ceste escripture, où j'impose silence.

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