‹ Œuvres choisiesChapitre 17 sur 103 · I.E SECdlîD · texte numérisé non relu

I.E SECdlîD

Hé, compagnon !

PREMIER

Hé , mon amy !

Comment te va?

i PREailER.

Corps bien (beau sire).

SECOND

Je ne te le daignerois dire Sans t'accoler; ça ceste eschine De l'antre bras , que je t'eschine De fine force d'accolades.

PREMIER

Et puis ?

SECOND

Et puis?

PREMIER

Rondeaux, ballades ► Chansons , dizains , propos menus ; Compte-moy, qu'ils sont devenus :

Se fait-il plus rien de nouveau ?

SECOND

Si fait ; mais j'en ay le cerveau

Si rompu et si altéré,

Qu'en effet j'ay délibéré

De ne m'y rompre plus la teste

Pourquoy cela?

SECOND

Que tu es beste !

Ne sçais-tu pas bien qu'il y ha Plus d'un an qu'amour me lia Dedans les prisons de m'amye?

PREMIER

Est-ce encor de Barlhelemie, La blondelette ?

SECOND

Et de qui donc?

Ne sçais-tu pas que je n'enz onc

D'elle plaisir n'y un seul bien ?

PREMIER

Nenny, vrayement , Je n'en sçay rien ; Mais si tu m'en eusses parlé , Ton afaire en fat mieux allé.

Croy-moy que de tenir les choses D'amours si couvertes et closes , Il n'en vient que peine et regret.

Tray est qu'il faut estre secret, Et seroit l'homme bien coquart Qui voudroit appeler un quart ; Mais en effet il faut un tiers.

Demande à tous ces vieils routiers Qui ont esté vrays amoureux.

SECO>"D

Si est un tiers bien dangereux, S'il n'est amy, Dieu scait combien.

Hé ! mon amy , choisi-le bien ;

Et quand tu l'auras bien choisi ,

Si ton cœur se trouve saisi

De quelque ennuyeuse tristesse,

Ou bien d'une grande liesse ,

A l'amy te deschargeras.

Sçais-tu comment t'allégeras.'

Tout ainsi, par le sang saint George,

Comme si tu rendois ta gorere

;o OEUTRES

Le jonr d'an caresme-prenant,

SECOIfD.

Il vaut donc mieux dès maintenant.

Que je t'en compte tout du long ; l><'est-ce pas bien dit?

PREMIER

Or là donc.

Mais pource que je suis des vieux En cas d'amours, il vaudra mieux • Que les demandes je te face ; Combien , de qui , en quelle place , Des refuz, des paroles franches, Des circonstances, et des branches, Et des rameaux ; car les a\ tous Apprins de mes compagnons doux Allant avec eux à la messe.

Or vien ça, compte-moy, quand est-ce Que premièrement tu l'aymois.''

Il y a plus de seize mois , "Voire vingt , sans avoir jony.

rSEMIEE.

L'aymes-tu encores.'

SECOHD.

Ouy.

PREMIER-

lu est un fui. Or, de par Dieu,

DE CLÉMENT MAROT. 7t

Comment dois-je dire ? en qu'el lieu Fat premier ta pensée esprise De son amonr ?

SECOND

En une église, Là commençay mes passions.

PREMIER

"Voylà de mes dévotions !

Et quel jour fut-ce ?

SECOND

Par saint Jacques.

Ce fut le propre jour de pasques.

( A bon jour bon œuvre. )

PREMIER

Et comment ?

Tu venois lors tout fteschement De confesse , et de recevoir...

SECOIO).

Il est vray : mais tu dois sçavoir Que toujours à ces grans journées.

Les femmes sont mieux atournées Qu'aux autres jours; et cela tente.

O mon Dieu, qu'elle estoit contente De sa personne ce jour-là !

Avecques la grâce qu'elle ha, Elle vous avoit un corset D'iui fin bleu, lassé d'un lasset

Jaune , qu'elle avoit fait exprés; Elle vous avoit, puis après, Mancherons d'escarlate verte, Robbe de pers large et ouverte (J'entens à l'endroit des tetins), Chausses noires , petits patins , Linge blanc, ceinture houppée, Le chapperon fait en poupée, Les cheveux en passefillon, Et l'oeil gay en esmerillon , Souple et droicte comme une gaule ; En effet saint François de Paule, Et le plus saint Italien Eust esté prins en son lien, S'a la veoir se fust amusé.

PREMIER

Je te tiens donc pour excusé Pour ce jour-là ; que fus-tu .•'

SECOND

Pris.

PREMIER

Quel visage eus-tu d'elle ?

Gris.

PREMIER

Ne te rit-elle jamais ?

SECOND

Point.

PREMIER

Que veulx-tu estre à elle ?

• SECOND

Joint,

PREMIER

Par maiiaige ou aultrement , Lequel veulx-tu ?

SECOND

Par mon serment.

Tous deux sont bons , et si ne sçay ; Je l'aymerois mieulx à Tessay Avant qu'entrer en mariaige.

PREMIER

Touche-la, tu as bon couraige, Et, si n'es point trop degousté, Tu l'auras; et, d'aullre costé, On m'a dit qu'elle est amiable Comme un mouton.

Elle est le diable :

C'est par sa teste que j'endure ; Elle est par le corps bien plus dure Que n'est le pommeau d'une dague.

PREMIER

C'est signe qu'elle est boiine bague, Compaignon.

SECOND

Voicy un moqueur :

J'entens dure pai'my le cueur ; Car quant au coi'ps , n'y touche mie : Dès que je l'appelle m'amie; Vostre amye n'est pas si noire, Fait-elle. Vous ne scaui'iez croiie Comme elle est prompte à me desdire Du tout.

PKEMIER.

Ainsy?

SECOND

Laisse-moy dire.

Si-tost que je la veulx toucher, Ou seulement m'en approcher, C'est peine, je n'ay nul crédit, Et sçais-tu bien qu'elle me dit :

Un fascheux et vous c'est tout un ; Vous estes le plus importun Que jamaiz je vey. En effect J'en vouldrois estre jà deffait, Et m'en croy.

Que tu es belistre !

Et n'has-tu pas ton franc arbitre Pour sortir d'où tu es entré?

SECOND

Arbitre ? c'est bien arbitré ;

DE CXÉMENT IVIAROT.

Je le veuLs bien, mais je ne puis.

Bien on an l'ay laissée ; et puis Taj parlé aux égyptiennes, Et aux sorcières anciennes , D'y chercher jusque au dernier point Le moyen de ne l'aymer point; Mais je ne m'en puis descoiffer.

Je pense que c'est en enfer Dont jamaiz je ne sortiray.

PREMIER

Par mon ame je te diray , Puisqu'il n'est pas en ta puyssance De la laisser ; sa jouyssance Te seroit une grand' recepte.

SECOIîD.

Sa jouyssance ? Je l'accepte ; Amenez-la moy.

PREMIER

IVon; attens.

Mais afin que ne perdions temps, Compte-moy cy par les menuz Les moyens que tu as tenuz Pour parvenir à ton affaire.

SECOÎÎD.

J'ay faict tout ce qu'on sauroit faire ; J ay souspiré, j'ay faict des cris, J'ay envoyé de beaux escripts.

76 ŒUT^IŒS

J'ay dansé, et ay faict gambades; Je lay ay tant donné d'œuillades , Que mes yeux en sont lassez.

* PR£MI£R

Encores n'est-ce pas assez.

SECOND

J'ay chanté , le diable m'emporte , Des nuicts cent fois devant sa porte , Dont n'en veulx prendre qu'à tesmoi Trois pots à pisser pour le moins Que sur ma teste on a cassez.

PREMIER. '

Encores n'est-ce pas assez.

SECOND

Quand elle venoit au moustier, Je l'attendois au benoistier Pour luv donner de l'eau beniste; Mais elle s'enfayoit plus viste Que lièvres quand ils sont chassez.

PREMIER

Encores n'est-ce pas assez.

SECOND

Je luy ay dict qu'elle estoit belle, J'ay baisé la paix après elle, Je luy ay donné fruits nouveaux Acheptez en la place aux veaux , Disant que c'estoit de mon creu ,; *

Je ne sçay si elle l'a creu ; Et puis tant de bouquets et roses.

Bref, elle a mis toutes ces choses Au rang des péchez effacez,

PREMIER

Encores n'est-ce pas assez; Il falloit estre diligent De Iny donner.

seco:td.

Quoy ?

premier.

De l'argent.

Quelque chaisne d'or bien pesante , Quelque esmeraude bien Inysante .

Quelques patenostres de prix ; Tout soudain cela seroit pris , Et en prenant elle s'oblige.

second.

Eli' n'en prendroit jamais, te di-je ; Car c'est une femme d'honneur.

PREMIER

Mais tu es un mauvais donneur, Je le voy très bien.

SECOND

Non , suis point ; Mais croy qu'elle n'en prendroit point, En V eust-il plein trois barilz.

Mon ailiy, elle est de Paris; Ne t'y fie, car c'est un lieu Le plas gluant.

SECOND

Par le corps bieu , Tu me comptes de grans matières.

PREMIER

Quand les petites vilotieres Trouvent quelque hardy amant , Qui vueillc mettre un dyamant Devant leurs veux rians et vers .

Coac ; elles tombent à l'envers.

Tu ris : maudit soit-il qui erre !

C'est la grand' vertu de la pierre Qui esblouit ainsy les yenlx.

Telz dons , telz presens servent mieulx Que beauté , sçavoir , ne prières ; Hz endor-ment les chambrières , Hz ouvrent les portes fermées Comme s' elles estoient charmées ; Hz font aveugles ceulx qui voyent, Et taire les chiens qui aboyent :

Ne me croys-tu pas ?

SECOND

Si fais , si.

Mais de la tienne, Dieu mercy,

Compaignon, tu ne m'en dis rien.

PREMIER

Et qne veolx-ta ? el' m'arme bien ; Je n'ay que faire de m'en plaindre -

SECOXD.

Il est vray ; mais si peut-on faindre Aulcunesfois une amytié, Qai n'est pas si grand' la moytié Comme on la démonstre par signes.''

PREMIER

Oiiy, bien quant aux femmes fines :

Mais la mienne en si giand' jeunesse Ne scauroit avoir grand' finesse ; Ce n'est qu'un enfant.

SECOND

De quel aage ?

PREMIER

De quatorze ans.

SECOND

Ho! voyla rage.

Elle commence de bonne heure.

PREMIER

Tant mieuLx ; elle en sera plus seure , Car avec le temps on s'affine.

SECOND

Oiiy , elle en sera plus fine :

N'est-ce pas cela ?

8o ŒUVRES

PREMIER

Que d'esmoy!

Entens que son amcur en moy Croistra tousjours avec les ans.

s ECOND.

Ne faisons pas tant des plaisans ; Par tout il y a decevance.

Dequoy la cognois-tu?

PREMIER

D'enfance, .

D'enfance tout piemierement La voyois ordinairement; Car nous estions prochains voisins.

L'esté luy donnois des raisins , Des pommes, des prunes, des poires, Des pois verdz , des cerises noires , Du pain benist, du pain d'espice.

Des eschaudez, de la reclisse, De bon sucre, et de la dragée.

Et quand elle fut plus aagée , Je luy donnois de beaux bouquets .

Ln tas de petits affiquets Qui n'estoient pas de grand' valeur ; Quelque ceinture de couleur Au temps que le Landit venoit.

Encor de moi rien ne prenoit Que devant sa mère on son père.

DE CLEMENT 3^L\ROT. 8i

Disant qae c'estoit vitupère De prendre rien sans congé d'eulx ; D'hu)' à un bon an ou deux Luy donneray et corps et biens Pour les ruesler avec les siens, Et à son gré en disposer.

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