‹ Œuvres choisiesChapitre 8 sur 103 · DE SENSAY EN POICTOU · texte numérisé non relu

DE SENSAY EN POICTOU

Je ne l'escry de l'amour vaine et folle,

Tu veois assez, s'elle sert, ou affole :

Je ne t'escry ne d'armes, ne de guerre,

Tu veois, qu'il peult bien, ou mal y acquerre :

Je ne t'escry de fortune puyssante,

Tu veois assez , s'elle est ferme ou glyssante :

Je ne t'escry d'abna trop abusant ,

Tu en scais prou, et si n'en vas usant :

Je ne t'esciy de Dieu , ne sa puyssance

C'est à luy seul t'en donner congnoissance ;

' Marot écrivit en iSaS de la prison du Ch&telet à Paris, celte épitit si ingénieasc à Lyon Janict son ami particulier, pour rengager a venir travailler à sa délivrance.

DE CLÉ3IE>T MAROT. i5

Je ne t'escry des dames de Paris , Ta en sçais plus que leurs propres marys : Je ne t'escry , qui est rude, ou affable, Mais je te veulx dire une belle fable : C'est assavoir du lyon et du rat ' .

Cestuy lyon, plus fort qu'un vieil verrat, Veit une fois, que le rat ne savoit Sortyr d'un lieu, pour autant qu'il avoit Mangé le lard, et la chair toute crue -. Mais ce lyon (^qui jamaiz ne fut grue ) Treuva moyen , et manière , et matière D'ongles et dens, de rompre la ratière : Dont maistre rat eschappe vistement :

Puis met à teiTe un genouil gentement, Et en ostant son bonnet de la teste, A mercyé mille fois la grant' beste :

Juiant le dieu des soui is et des rats , Qu'il luy rendroit. [Maintenant tu veoirras Le bon du compte. Il advint -d'adventuie Que le Ivon , pour chercher sa pasture. Saillit dehors sa caverne , et son siège : Dont par mal heur, se treuva pris au piège, Et fat lyé contre un ferme poteau.

' Marot s"est ici représenté lui-même sous la figure du rat.

■ Dans une de ses ballades, Marot fait entendre que c'est pour avoir mangé du lard, sans doute en carême, qu'il avait été arrêté.

i6 ŒUVRES

Adoncq le rat, sans serpe, ne coulteau, Y ari'iva joyeux, et esbandy , Et du lyon , pour vray , ne s'est gaudy : Mais despita chats, chates, et chatons.

Et prisa fort rats, rates, et ratons, Dont il avoit treuvé temps favorable Pour secoui-yr le lyon secourable :

Auquel a dict, tais-toy, lyon lyé ; Par moy seras maintenant deslyé :

Tu le vaulx bien, car le cueur joly as : Bien y parut , quand tu me deslyas.

Secouru m'as fort lyonneusement, Or secouru seras rateusement.

Lors le lyon ses deux grans yeux vertit , Et vers le rat les tourna un petit, Enluy disant, 6 povre verminiere.

Tu n'as sur toy instrument , ne manière , Tu n'as coulteau , serpe , ne serpillon , Qui sceust coupper corde , ne cordUlon , Pour me jecter de ceste estroicte voye : Ta te cacher, que le chat ne te voye.

Sire lyon , dict le fils de souris, De Ion propoz , certes, je me souris, J'ay des coulteaux assez, ne te soucye, De bel oz blanc plus tranchans qu'une sye: Leur gaine c'est ma gencive et ma bouche: Bien coupperont la corde qui le touche De si très près : car j'y mettray bon ordre.

DE cl:ément MAROT. 17

Lors sire rat va commencer à mordre Ce groz lien : vray est qu'il y songea Assez long-temps , mais il le vous rongea Souvent, et tant, qu'à la parfin tout rompt : Et le lyon de s'en aller fat prompt, Disant en soy : nul plaisyr , en effect , Ne se perd point , quelque part il soit faict. Veoylà le conte en termes rythmassez :

n est bien long , mais il est vieil assez , Tesmoing Esope , et plus d'un million.

Or viens me veoir, pom* faire le lyon : Et je mettray peine, et sens, et estude D'estre le rat, exempt d'ingratitude :

J'entens, si Dieu te donne autant d'affaire Qu'au grand lyon : ce qu'il ne vueille faire.

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