‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 27 sur 165 · L'INTÉRIEUR DES COULISSES · texte numérisé non relu

L'INTÉRIEUR DES COULISSES

Aia : Cet aibre apporté de Provence.

A TROP mal parler des coulisses Si mon sujet m'allait pousser.

Je suis certain que nos actrices Se ligueraient pour me pincer ; Aussi parmi mes épigrammes Si quelque encens peut se placer.

J'espère bien qu'alors ces dames Se ligueront pour m'embrasser.

Des coulisses que vous dirai-je?

La beauté dans ces lieux trompeurs Tient un magasin sacrilège De complimens et de vapeurs ; Le fard y couvre d'imposture Jusqu'aux minois les plus chamians U est bien vrai que l'on y jure ; Mais on n'y tient pas ses sermcus.

(74) Terpsichore y fait sans scrupule Certains faux pas étudiés.

La maligne Euterpe j caicnie De faux accords très-bien payés.

Cédant au caprice fantasque Que leur suggère le .hasard. C'est là que Thalie est sans masque , Et Melpomène sans poignard.

L'Hymen , qui parfois s'y promène , N'a pas la force d'y tenir :

Il y succombe à la migraine ; Il voit son flambeau s^ temir.

Au lieu qu'Amour dans ces asiles , Toujours joyeux, toujours vaurien , Aux mèches des quinqoets fragiles Rallume à chaque insiani; le siem.

Aux auteurs que le parterre aime , Et dont les vers sont applaudis , Les coiilisses semblent de même L'atmosphère du paradis ; Mais ceux que le sifiGIbet pomx^Jiasse , N'en pouvant pas supp<»rter l'air, Y font à peu près la grimace Que les damnés font en £|ifer.

Machinistes, femmeMle-chambre , Allumeurs, pompiers, qwel joaie-mac !

On y sent l'eAu-de-vie et l'ambre , L'huile et la pipe de tabac.

Quant aux coiffeurs , sans ea médire , J'assure, en dernier résultat , Qu'où Vénus fonde son empire Ils sont les messagers dëtat.

C'en est assez , muse étourdie ; Je te défends d'articuler Certains secrets de comédie Qu'il ne faut jamais révéler.

Préfère l'étude aux délices Qui te cernent de toutes parts ; Rarement pilier de coulisses Est-il colonne des beaux arts.

Soyx>ns de la scène du monde Comme Adisson grands spectateurs ; Du coin d'une loge profonde Observons les moindres acteurs 3 Et nous nous convaincrons sans peine Que c'est l'éclat des passions Qui fait feul de la vie humaine Valoir les décorations.

(76) Et nous dirons à ces poëtes Qui nous peignent soir et matin Comme autant de marionettes Qu'agite un aveugle destin:

Vos raisonnemens sont factices , Et vos yeux sont trop peu subtils Pour voir derrière les coulisses La main qui fait mouvoir les fils.

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