‹ Œuvres choisies d'Antoine Pierre Augustin de PiisChapitre 3 sur 165 · XIJ · texte numérisé non relu

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du collège se grattent le front, se rongent les doigts, feuillèient le dictionnaire de Richelet, arrangent huit lignes parallMes, dont les sept premières sont des platilbdes , et là haitième un mauvais calembour , et sont loin de se douter, en £iisant ce beau trarail ,

^u*Il faut, même en cbaniost, du boni sens et dé l'art,

et que, n'ayant ni l'un ni l'antre, ils se rendent ridicules et perdent surtout un temps précieux qu'il leur est impossible d'employer jamais plus inutilement Un bon chansonnier est plus rare qu'on ne pense ; et cette espèce de poësie, lorsqu'elle est bien traitée, n'est point k dédaigner. L'auteur du Cours de Littérature , pénétré de cette vérité, non seulement n'a pas cru au-dessous de lui de parler du Yauderille, mais il semble même s'y arrêter ayec un tel plaisir, que l'article de Favart est dans son livre un peu plus long que celui ^Moinère ; un genre aussi léger aurait pu sans doute être traité plus légèrement , et en Térité , quel que soit le mérite ou l'insipidité d'un couplet, c'est avoir du temps k perdre que d'employer quatre ou cinq pages à en démontrer les beautés ou les défauts. Dans ce chapitre ^ssez curieux, surtout par sa longueur, M. de Laharpe a îèxl l'histoire du Yandeyille, depuis que cet aimable indiscret, cessant de courir, guidé par le chant, s'établit à domicile ,^sana cesser d'être indiscret, et attira tout Paris k ^es théâtres forains. Le Vaudeville, devenu dramatique, donna naissance k ce genre de spectacle connu sous le nom d' Opéra» Comiijue , enûint dénaturé qui bientôt chassa de son domaine celui à qui il devait l'existence. Tan^dis que la multitude , entraînée par la mode et la nouveauté, admirait X Opéra ^^ConUque comme une des plus belles inventions de l'esprit humain , les bons jBsprits regrettaient Iç Yaudevilie , plus franc, plus gai ,

plas spirituel , qai ëlalt né en France, et qui devait j naître, puisqu'il semble n'avoir éié créé que pour faire Yaloir les saillies de Tesprit^ qui sont si naturelles aux Français , et relever les ridicules qu'ils savent si bien saisir. La mode l'avait eiilé par un caprice; il n'attendait qu'un caprice nouveau pour reparaître. Il la connaissait asses pour y compter, et en effet le mo« ment Tint où le Yandeville osa se remontrer et mélei^ aes chants joyeux et familiers aux firedons de la bril« lante ariette. M. de Piis est un de ceux qui contri- Imèrent le plus efficacement à rétablir parmi nous ce genre vraiment nationaL On n'a point oublié le succès brillant qu'obtinrent les Quatre Saùons , composées de société avec M. Barré, charmans petits ouvrages remplis de couplets spirituels et de tablesux frais et gracieux. Ces jolies blueues , et plusieurs autres qu'ils firent représenter avec le même succès sur le Théâtre Italien, leur firent naître è tons deux ( i) l'idée de fonder un théâtre uniquement consacré au Vaudeville , idée heureuse et qui devait réussir. Les nombreux ouvragée qu'ils n'ont pas cessé de donner depuis quinse ans avec un lèle infatigable et un bonheur constant , n'ont pas peu contribué à entretenir cette prospérité , et leur ont rapporté a la fois de la gloire et du profit, (a) Anai créon , Catulle et quelques autres doivent une réputation immortelle à une Tingtaine de petites pièces pleines de grâce et de délicatesse , tandis que , de beaucoup d'auteurs de poèmes et de tragédies de leur temps « en ne connaît guère que les noms voués dès loi'a an ridicnie« Nous ne prétendons pas comparer les

(i)— fa) Le Journal de PCmpire dit ici deux choses inexactes ; fftnii îl parle d'aprH l'opinion commune : les faits seront ^daîrcîs •t ver tlfi^s dans los Mtfroolrss de M. de Piis.

{^DÎoU de rÈjâiicur.)

régénëratettrs du Vaudeville aux deax poètes ancien^ ^ inai$ nous ne doutons pas que , supérieurs dans ce genre , quelque médiocre qu'il soit , ils ne virent plus longtemps dans la postérité que tel auteur d'un poëme ennuyeux ou d'une lourde tragédie.

M. de Piis , heureux imitateur de Favart dans le vaudeville dramatique , aurait cm n'avoir rempli que la moitié de sa tAche s'il n'avait en mâme temps suivi les traces d'un autre chansonnier non moina Deimeux : k l'exemple de Panard, il a observé les mœurs et les ridicules , et , chanteur infatigable dans les journaux , dans les étrennes , dans les almanachs, partout enCu oti il était possible de glisser une chanson, il n'a cessé de prodiguer des vaudevilles plus souvent satirùfues que moraux, mais presque toujours remarquables par un tour d'esprit original et piquant. Apres avoir rempli cette jojense carrière , il a fait ce qu'il était naturel qu'il fit, et ce qu'attendaient de lui tons les amateurs de chansons; il a rassemblé tons ces matériaux, et, choisissant dans leur nombreux amas ce qui lui a semblé meilleur, il en a composé un recueil en deux . volumes qu'il présente aujourd'hui au public , Ik qui cette forme nouvelle donne un air de nouveauté.

Il 7 a dans ce recueil deux cents chansons , et par conséquent des chansons de toutes les façons , anacréontiques , poissardes , satiriques , chansons de ville, chansons de village, couplets de parodie, calembours en couplets, etc., etc.; et la première idée qui se présente , même avant d'avoir tout parcouru , c'est qu'il est impossible que tout cela soit bon. En effet, M. de Piis n'a pas fait V impossible , et en vérité il n'y était point obligé; mais du moins le bon remporte ici sur le médiocre. Ses meilleures chansons se font remarquer par un touj original , qui est le cachet particulier de ce chansonnier, et celles qui

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sont mauyaises le sont encore avec orlginalttë : ce9 dernières ne sont point plates; elles sont bizarres; elles pèchent par raffectatîon, le maayaîs goût; il prend alors le baroifue pour Y original ; mais dans son erreur il ne cesse point d'être homme d'esprit ^ et presque toujours sa pensëe est piquante , lorsque l'expression manque de grâce et de naturel.

Si , sur ce grand nombre de chansons, l'auteur avait eu le courage d'en retrancher une trentaine , il aurait fallu tout louer, parce que tout le reste est joli ; mais il fallait en sacrifier vingt au hon goiU, et dix aux bonnes mœurs , et ce sont celles-ci surtout qui déparent ce recueîL M. de Piis ne sait-il pas que le yaudeville vole de bouclie en bouelie? N'a-t-il pas fait imprimer les siens dans l'espérance qu'ils auraient de la Togue ? Et peut - il ignorer que des maximes licencieuses, des tableaux graveleux, qui font du mal par^ tout , sont plus dangereux encore dans des chansons que dans de gros livres? Croira-t-il s'excuser en nous disant qu'Anacrëon , Catulle , Horace lui-même ont é\é mille fois plus licencieux que lui , et qu'un poëte de son genre, toujours placé entre Bacchus et l'Amour, mérite plus d'indulgence qu'un autre quand sa tête se perd et que son imagination s'égare 3 Assurément nous rexcnserons dans un souper lorsqu'il improvisera des couplets au milieu des fomées du Champagne; mais quand il s'agira de faire imprimer les fruits de sa muse bachique, nous lui appliquerons les paroles qu'une ▼ieille femme disait à Philippe; et, rappelant du poète après boire 9iU poète à jeun, nous lui ferons retrancher de son recueil tout ee qui peut allumer les imaginations encore jeunes , et blesser les oreilles encore chastes , parce que s'il n'est pas nécessaire qu'il soit asses édifiant pour qu'une mère en prescrive la lecture il sa fille, il est à propos du moins qu'elle ne soit pas forcée de la lui défendre , et que plus les

chansons de M. de PIîs sont agréables, {^lus les jeones filles seront tentées de les lire. 11 était si ÙLcile d'éviter que ce recueil fût dangereux ! Qu'importait quelques chansons de plus ou de moins pour la réputation du poëte ? Quel inexplicable amour-propre que celui des auteurs , qui aiment mieux qu'on accuse leur cœur que de faire le moindre sacrifice aux dépens de leur esprit l

Tant que ce recueil restera tel qu'il est nous défendrons donc k rinnocence d'y porter un ceil furtif etune anain téméraire; mais nous inviterons k le lire ceui; qui ne peuvent être séduits que par l'esprit et la gaieté dont ces chansons pétillent, et ils avoueront que si M. de Piis n'est pas toujours un chansonnier moral ^ Il est du moins un excellent chansonnier.

CHANSONS

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