‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 13 sur 82 · I- C'est l'épilogue des Fables : Voy · texte numérisé non relu

I- C'est l'épilogue des Fables : Voy

ce passage au t. H de l'édition de Uoquefort, p. -ICI. Le texte adopté pai' celui-ci diffère en plusieurs points de celui qui est donné par Pasquier.

'^ Cliarles V : mais c'est bien à tort que l'asquier place sous ce règne le Ciuillauire dont il parle, et qui mourut en 1302, par conséquent sous l'hilippc IVjdit le liel. Il était moine de l'abbaye .Saint-Denis, et fut auteur d'une Chronique, en outre des I iex de saint; Louis et de son fils l'hilippc le Hardi -. voy. sur lui un Mémoire de Sainte-l'alaye, Jcad. des Inscript., t. V|II, p. 560. M. Guizot a donné cette chK<iiiiiiue dans sa Collerlinn des Mr'mniri:\ reliilijs il Vhisini-r ■:, r ■• , i. Xl.

' On sait que la lettre s était autrefois le signe caractéristique du nominatif singulier masculin.

'-' l'our souvenir...

^ C'est Marie de l'rance. Elle-même a pris ce surnom, pour qu'on ne lui ravit pas, a-t-elle dit, la gloire de ses ouvrages. Native de la Normandie, elle vécut au commencement du treizième siècle en Angleterre. Le Grand d'Aussy a justemeut loué le style de ce poète anglo-normand, et la Rue lui a consacré dans l'.-Irchaolocjia, or miscellaneous tracts relatinrj lo antiquity, in-4°, vol. Xlll, p. 35-67, une notice étendue, sous ce titre : Dissertations on the H/e and icritinifs of Mary , an ançilo-norman poetess. Hoqiiefort a publié ses Oliuvresen 2 vol. in-S"; Paris, 1820.

* Pourramnurdu... Pour plaireau...

"• C'est Guillaimie Longue-Kpée , fils naturel du roi d'.Vngletcrre Henri II , (|ui fut créé comte de Salisbury par liichard C(pur de Lion^et mourut en 1226 ; il mérita par sa valeur une épitaphe qui commençait ainsi :

Flos roiiiitum, Willclmiisobit...

''.l'entrepris...

'■ Et de' le traduire (trahere; d'anglais en français.

'•Le dit d'Ysopet. ou petit lisope :

Irl estle nom du recueil, dont pinsieurs apologues appartiennent en effet à iMipe . plusieursautres sont de l'invention de Marie.

'' Il fut mis de grec en latin...

ni' r,A FKA^CE. 91

(luit en fmin^nis V Histoire de France, qu'il avait composée en latin , dit ainsi du conmiencenieiit de son œuvre : Je , frère GuUlaanie de JVangij, al /ranslaté de (afin en roman, à la requête des bonnes gens , ce que j'avais autrefois fait en latin. Va comme ainsi soit que le roman fût le langage courtisan de France, tous ceux qui s'amusaient d'écrire les laits héroïques de nos chevaliers, premièrement en vers, puis eu prose , appelèrentleurs œuvres rowm«5; et non-seulement ceux-là, maisaussi presque rous les autres, comme nous voyons le Roman de la Rose, où il n'est discouru que de l'amour et de la philosophie. Cela apporta entre nous une distinction de deux langages, l'un, comme j'ai dit, appelé roman, et l'autre ivallon , qui approchait plus près de la naïveté du vieux gaulois : distinction qui s'est transmise jusqu'à nous; car aux Pays-Bas ils se disent parler le wallon, et que nous parlons le roman.

Or advient-il ordinairement que nos langages, tant en particulier comme en général, accompagnent la disposition de nos esprits : car si vous vous arrêtez au particulier, malaisément trouverez-vous un homme hrusque en ses mœurs, qui n'ait la parole de même , et peu de personnes tardives et saturniennes ■, qui n'aient aussi un langage morne et lent. Le général va de même : ainsi voyez-vous, entre nous autres Français, le ^'ormand, assez avisé en ses affaires, traîner quelque peu sa parole ; au contraire , le Gascon , escarhillat ^ par-dessus tout , pnrler d'une promptitude de langue non commune à l'Angevin etlManceau, de quelque peu, ains de beaucoup moins, échauffés en leurs affaires; et l' espagnol, haut à la main ^, produit un vulgaire superl)e et plein de piaffe ^ ; l'Allemand, éloigné du luxe, parle un langage fort rude. Et lorsque les Italiens, dégénérant de l'ancienne force du Romain, Grent plus

' D'un caractère mélancolique, l'ei. -' Ou escnrhillart : badin, pétulant,

.lait le sens (le saturtiivs en liasse la- Sur ce mot né au. milieu de Vriir tic

liriité : celui il la naissance duquel Sa- la Gascogne, v. les Lettres de l'as -

I urne avait présidé passait pour triste quicr, II, 12. rt tacitnrne.Ce ternie, sni vaut lliclielct, * Orsucilleiix, hautain...

m; peut ctresouCfert quedans la conver- ' Vauforie, arrni;anrc : le mol nous

■ilion ou le stjle enjoué. Voilure, dans vient des Maliens, comme l'aKcsle

-rs l'oésies, dit, à propos d'un homme 11. litieniie, dans sa l'i'relleiicc du iuii-

iiiorosc: 'jtiije finnidis, Kt , rimiMil- viins savrz liis-lirni.

nS IIKCHEIU-HI s

profession de la délicatesse que de la vertu , aussi formèrentils peu à peu de ce langage niale roniain un vulgaire tout efféminé et mollasse, parce que presque tous leurs mots se terminent es cinq voyelles; et davantage voulurent racler ^ la rencontre de deux consonnautes, qui étaient trop rudes à leurs oreiiles délicates : de ces mots de o/)/iinNs, maxiinus, factus, lirent uns ot/imo, masslmo, fatto.

Ainsi eu prit-il à nos Gaulois, non pas quaut à la délicatesse, de laquelle ils furent toujours éloignés, mais échangeant leur langue wallonne en la romaine, comme ceuxjjui avaient l'esprit plus brusque et prompt qvie les ilomains, et par conséquent le langage vraisemblablement plus court : aussi transplantant la langue romaine chez eux, ils accourcirent les paroles de ces mots, corpus, tempus, asperum, et autres semblables, dont ils lirent corps , temps, et a.s/jre, avec une prononciation ( comme il est à croire) de toutes les lettres. Or, que l'ancien Gaulois eût un langage court, nous l'apprenons, entre autres , de Diodore ' ; et de cette même brièveté de langage prit son origine et essence entre nous l'e féminin inconnu à toutes autres nations; lettre qui est mitoyenne entre la voyelle et la consonnante prononcée trop affectément en la lin d'une diction : car elle n'est pleine voyelle en la fin d'un vers, où les deux syllabes ne sont comptées que pour une; et qui prononcera a la fin du mot le ^ ou s trop affectément, il tombera fort aisément sans y penser en l'affectation d'un e féminin. Et pour autant que nos Gaulois apprenaient malaisément le latin, connne une langue non accordante avec la leur, de ces mots scrihere., schola , sfahilifer, species , et autres qui de soi étaient de difficile prononciation, pour la rencontre des deux consonnautes, afin de se la rendre facile, ils dirent escrire, eschole, establh\ espèce, en la même façon que nous voyons encore le Gascon et Auvergnac, pour schola et StepJianus, dire

' Supprimer... " l'auteur grec ce que celui-ci u'a pas

■Tasquier avait sous les yeux la tra- réellement exprimé. « K^aià "cài; 6[Al-

ductiou latine de Dindorc de Sicile, im- Xîaç ppayuÀÔyot xàl a'.V!,Y|J,aTtai, » V,

primée à lîûle, 1548, in-fiilio, i{ui porte 31, signilie qu'ils parlent peu et d'une

à la p. 141, « scrnionc utuntur hrevi manière olisrure : « In collo(iuiis \or-

ac subobsc'iro » : mais, (rompe par iMirnm i)arci ft uhsciiri » eù)-il fallu

cette version peu précise, il ;i fall diic rendre.

DE LA FK4?iCF,. 93

escliola eî Lstephania>. Ainsi s'étudiant le Gaulois déparier au ■hioinsmal qu'il lui était possible son romau, d'uu mvltum il façonna un moult, d'un vitra un oiil/re, lupus, loup, dulcis, (huis; connue nous voyous l'Ecossais, voulant représenter notre lan<ïue par un écorche, ou, pour mieux dire, par un écosse français ', pour madame dire moudam, en quoi il n'est pas encore hors de propos ni impertinent de remarquer en passant que l'f, ainsi que nous le prononçons maintenant en français, nous est du tout propre et pareillement venant de l'ancien estoc des Gaulois, comme ne se trouvant nation en tout le Ponant * qui le prononce de telle façon que nous : tous les autres, je veut dire l'Allemand , l'Italien , l'Espagnol , l'Anglais , l'Écossais, le Polonais, le prononçant en forme de la diphthongue* grecque eu, le tout en la même manière que les Latins mêmes en usèrent sur le déclin de leur empire, encore que je sache Lien que quelques-uns se rendent d'avis contraire.

Par ainsi nos anciens Gaulois empruntant, comme j'ai dit, du romain leurs paroles, et les naturalisant entre eux selon la couunodité de leurs esprits et de leur langue, les rédigeaient vraisemblablement par écrit comme ils les prononçaient; toutefois, comme toutes choses s'amendent, voyant le monde, par \m jugement plus délicat , tels mots proférés avec toutes leurs lettres être un peu trop rudes au son des oreilles, on réforma au long aller cette grossière façon de parler en une plus douce : et au lieu d'escrire, exchole, estahlir, temps, corps, aspre, douls, oultre, moidt, loîtp, avec prononciation de chaque lettre et élément, l'on s'accoutuma de dire école, établir, feras , cors, âpre, doux, outre, moul, km. Vrai que toujours est demeuré l'ancien son en ces mots espèce et espérer; mais peutêtre que quelque jour viendront-ils au rang des autres : aussi bien que de notre temps ce mot Alionneste (auquel en ma jeunesse j'ai vu prononcer la lettre de s) s'est maintenant tourné en un e fort long. Ainsi se changea cette apreté qui résultait du concours et heurt des consonnantes. Toutefois, parce que l'écri-

' F,ii l'écorcliant ;'i la française , ou joiird'luii, /■corrr , qu'il aperooit daiia.

plutôt en présentant l'écorce du fran- celui à'tcossah. rais : l'autpur joue sur les mots i'cur- -' l.Occideiit...

r/ier, rcnsse, nu, rouirùp on (lirait au-

yl KECHKRCHKS

ture n'offensait point les oreilles, elle demeura toujours en son entier, prenant la prononciation autre pli, et delà, à mon jugement, voyons-nous l'écriture ne se rapporter à la prononciation ; cliose qui a excité grandement quelques notables esprits du commencement du règne du roi Henri II : car, comme ainsi soit que le temps eût lors produit une pépinière de braves poètes, aussi chacun diversement prit cette querelle en main, les aucuns étant pour le parti qu'il fallait du tout accorder l'écriture au parler, s'y rendant mêmement extrêmes; les autres, nageant entre deux eaux , voulurent apporter quelque médiocrité ' entre les deux extrémités. Ce nonobstant , après plusieurs tracassements, enfin encore est-on retourné à notre vieille •coutuuie, fors que de quelques paroles on en a ôté les consonnantes trop éloignées de la prononciation, comme la lettre de p des mots de temps, corps et escripre, ayant en ceci pratiqué ce que Cicéron disait en son Orateur, qu'il avait laissé l'usage de parler au peuple, et s'en était réservé la science* : question certes qui n'est pas à négliger, et sur laquelle je me donnai carrière en une épitre que j'écrivais à feu M. Pvamus, qui est au second livre de mes Lettres'. Quintilien, au chapitre 13 du second Vwre deseslnsliliitionsoratoires, parlant des anciens Romains : Peut-être (dit-il) parlaient-ils tout ainsi comme ils écrivaient •*; qui montre que de son temps on en usait autrement. Maintenant il me suffit d'avoir discouru dont est provenue la diversité qui se trofive en notre langue entre le parler et l'orthographe.

' Tfirme moyen... '' « Portasse enim siciit scribebant

- Ch. 48 : « rsiiin loqueniii populo etiam ita loquebantiir ( latini vete-

eorressi , scienliam milii reservavi. » res) » : cette remarque ue se trouve pas

^ C'est la lettre iv d>x liv. III, dans là où le dit Pasquier, maisaucliap. VH

l'cdit. de 1723. du liv. 1.

r»E L^^ FRANCE. O-'i

Page 1