‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 15 sur 82 · I.emaire, t. III, p. 256. Cf.Vlipilomc niuue · texte numérisé non relu

I.emaire, t. III, p. 256. Cf.Vlipilomc niuue

cité de G. du Beliay, pag 21 au v".

I)K LA FHANCE U7

iisation et rencontre de mots grecs vienne plus d'une incerîitude et hasard que d'un discours. Nous demeurerons donc l'ermes en cette opinion , comme les autres , que notre langue doit quelque chose à la grégeoise, je neveux pas dire des paroles que nous tenons en foi et hommage de l'Église ou (les universités fondées en cette France depuis trois cents ans, mais de celles que nous avons rendues nôtres, comme les lat iues, le tout sans grécaniser ou latiniser, permettez-moi d'ainsi le dire.

Je viendrai maintenant à quelques dictions que j'ai remarquées être de l'ancien estoc des Gaulois, et commencerai [);u' ce hva\emo[ de soldat, que nos ancêtres appelèrent souldoyer, puis Kouldarl. Quand je lis dans Jules César, en ses Méinolres, que les gentilshommes gaulois avaient sous eux plusieurs vassaux et gens à leur dévotion, qui immolaient leurs vies pour eux, quos Galli soldurios vocant ', j'aime mieux puiser ce mot de nos Gaules que de Rome, comme font quelques écoliers latins, quand ils le disent prendre sa source à so/idis, quasi solidariis, et que de lasoulde qu'ils prennent vient qu'ils soient ainsi nommes; comme si les Gaulois, qui n'avaient auparavant aucune habitude avec les Romains, eussent été emprunter de leur langue un nom de leur principale police. De moi je veux croire que du souldart gaulois vient celui de soulde, souldoyer et souldoyement , parce que nous n'employons le mot de soulde que pour les soldats ; et si on l'avait emprunté du latin , il irait aussi pour toute autre sorte de payement qui se ferait en argent, ce que nous ne pratiquons pas. La solde donc fut ainsi dite , parce que le souldart, s'employant pour son seigneur en la guerre, et méritant quelque récompense, on appela cette réconqjense soulde ou souldoyement.

Jules César, au rapport de Suétone en sa Fie ^, étant es Gaules, dressa une nouvelle légion, à laquelle il donna le nom gaulois d'Alouette, parce que, comme dit Pline, livre onzième, chapitre trente sept ^, elle portait une crête sur son

I DebcUo grillico, llf, 22. cf. Atlié- "G. 24. cf. Cicéroii, rCiiist. ad Attic,

née, Ueipnns'., VI , 13, \i. 249 rie l'édit. XVI, 8, et Philipp., I, 8 ; \,ô.

(le <;;isaiilioii , Lyon, iii-f, 1G12 ; et le ^ C'est le cl). 44 dans l'cdit. des

liict. de Facciolati, t. IV, p. 134. Classiques de Letnaire.

'.;« HFXIlEBCÏir.S

nrniet, comme l'alouette sur sa tête. Siiétoiu' , vn la fie de f itelte , dit que Beccus skpilficabat roslrum apucl Gallos ' : c'est ce que uous disons bec, dont est venu hecquer , et par métaphore rebecquer '. Le même auteur dit ^ que Galba es Gaules signifiait un homme gras •. voyez s'il ne sera pas meilleur de rapporter la terre glase ^ à ce mot, par une corruption de langage , que de dire que gras vienne de Cras.sus, ains que de gras nous ayons fait glas. Marceliin, au quinzième livre, dit que Galli metiebantur spatia itinerum per leiicas ^ : c'est ce que nous appelions lieues; et en ce même passage il nous enseigne que le (leuve qui passe à Lyon , que les Latins appelaient Arar^ était par nous appelé Saotia, qui est la Saulne '". 1.,'Ausoue représenté par Elle Vinet use en deux divers endroits de minare 7, pour mener, mot que j'arrangerais volontiers entre les Gaulois , n'était que je trouve dans Festiis , .^ga- .'■.ones equos agenfes, id est bene minantes ^. IVéginon, au premier livre de son histoire, use du mot iWlripennh ^ pour ce que nous appelons arpent. Flodoart^' <!itque saint Rémy donna à Clovis, allant combattre les Visigoths, une bouteille de vin par lui bénite, et ajoute ces trois mots, quamflasconem vacant, l'avertissant que tant que ce vin lui durerait il aurait bon suc<;ès encontre ses ennemis. Lui-même use du mot de complice: Ilodulpli us, rex Dirionum. castium quod liasso cames ceperat, eji/sr/iie complices retinebant , o'jsidet ; ']<i le réputé gaulois, pour n'être français, grec, ni lalin. Il n'est pas que

' Au dernier rliapitic. Mais la cita- lép;e lie Rordeaux, est de 1580, iii-l°, et

(ion n'est pas littérale; on lit en effet fort estimée, Quant au mot iiilnare, je

dansSuétone : eiii i Antonio primo\ To- ne le trouve que dans les l^pirjrammes.,

losfe nato, cognomen in pueritia lîccco 67, 3. F.n revancl)e, il est eniployétrois

fuerat : id valet, gallinacei roslrum. fois par Apulée, ]\leiamurphoseon ,

'^ llebecrjuer. Se ri'hpfqtier: se redrcs- lil). 3,7 et 8. V.les noies de Vinet, au

■ser, résister, s'obstiner. passage cité; l'édition d'Ausone, ad

■' rie (le Cnlba, c. 3. tistim Delphi ni, p. iô, et le Dicf.de Fac-

< Auj. rjluise ; glason , désignait au- tio)ati,t. III, p. 80. De là vientleverbe

trefois une motte déterre : voy. Nicot. menai e des Italiens.

" « Non millenis passibus, sed leu- S i)„„ipeii Sexti I-'esti, de l'erborum

cis itinera metiuntiir : » p. GO de l'édi- siiinificalione, édit, ad usum Pelphini ,

tion de Hambourg, 1609, in-*!". in-4">, p \H.

" Il Ararim, quem Smiconnani appel- -'Ou Frodoart : sa Chronir/ue se troulant » ibid. ; passage allégué aussi par ve dans les Historiens de Franre d'An- Ménage dans son Oiciionnaire étymo- dré du Cliesné, au t. Il, p. 590-623, loqir/ue,t. ll,p- 453. On peut lire dans la même collection

' I/édition d'.Ausonc donnée par Vi- Orégoirede Tours et Airnopn, dont il e.st

net, qui fut longtemps principal du col- qoc.slion jilus loiji.

le mot cîe brayp, et par consé(|iieiit braijetle ^ ne vienne de ce même fonds , au moins le tiré-je en conjecture par notre Callia IJracala,'et à ce propos Suétone, in Cœsare ' : Gallî in Ciiria bracas deposueritnt, latum clarum sumpserunt. Le docte Ba'ïf remarque que Galticœ étaient une espèce de souliers dont les Gaulois usaient pendant la pluie : nous les appelons encore aujourd'liui Galoches. D'un même fonds vint le mot de6o//(/eet6yM f/^//e, selan le témoignage de Konius : Buhja est (dit-il) FoUicidus omnis ^ giiern et crumcnam référés Gaftiappellarunt^ et est sacciilus ad brachitun pendens'^ . Lucilius, Salira sexta^^ dit Aulu-Gelle ■* :

Ciii neque jiimeiilnm est, ncc seiviis, nec cornes iilliis, liiilgam et (njic(iuid habet inimiiioniin seciim liabet ijise.

De là nous disons encore qu'un homme qui s'est fait riche a bien mis dedans ses bouges, pour dire dedans sa bourse.

Dirn, en vieux langage gaulois, signifiait une montagne , et de cela en avons-nous encore quelques remarques en ce que la plus grande partie des villes qui sont assises en croupe de montagnes ou attenantes d'icelles se terminent endunum, lAKjdunum, ferodunum, Laudunum , Metodunum; elles dunes encore, qui sont les levées des environs de la mer, nous eu témoignent quelque chose. Pausanias disait que mark apud Ccltas signifiait un cheval '■> : si vous prenez le mot de Celtes eu sa vraie signification , il entendait parler des Gaulois. Toutefois, quelques-uns sont d'avis qu'il voulait parler des Francs ou Français : je m'en rapporte à ce qui en est; bien vous dirai-je qu'en ancien langage allemand marh se prenait pour un cheval. Ainsi Tapprenons-nous des lois d'Allemagne insérées à la

I ('.. 8f) ; cf. Ciccron, E/iist. ad. dii\. dans .Xulu-OeUe, mais dans Noniiis, II,

'l\, 15. — Ou Cai>ge (voy. son Gtùssalie, 70, loc. cil. Cf. t'estus, p. 56 de l'édil.

t. I, col. 1265) croit que le mot de Bru- déjà mentionnée.

en, d'où la Gaule narbonnaise avait le- ^ foijage en Grèce , X, 19, à la fin ;

eu son surnom, désignait la partie du voy. l'édit. de Clavier, t. V, p. 391 :

vêtement qui couvrait les cui.sses. ■ZOVTO (bvÔ;j.ai^OV "ïô (îÛvTay|JLa Tfl-

^Nonii >.)avceni, De proprietnie scr- Ma^ptatav, Tvi imyuiçUo çtovr]- xat

mOHumvyoô àe VéâU ,\<t Gevl^ch et ..^/^^^ ,, »,;^^^^ '^Tw'ti; Mappav Kothe, lîale, lb42, in-b°. .... , .^si^^,,,,,,, >

^NÔn pas dans la .satire M, mais (quelquesed.t.ons donnent M apicav )

dans le Vl» Hv. rie ses .Satires : voy. OVTaUTlo TOJV Kc/Tiôv. — Encore au-

,-. I.ucirii ncrtquiip, p. 20 de l'édit. de jourd'hui un cheval s'appelle en bre-

(.Vrlacli, Zurici, 1846, in-S". lou iiiarc'h.

' Cctlc cilalioii ne se Ironie pas

Uoive

BIBUOTHcCà

lOt) BFXHERCHES

suite de notre Loi Salique, titre septante-un : 5/ qiils cquo, quem )nark dicunt, ociilum eœci/sserit, etc. S'il est ainsi, nous devons au français, qui symbolisait de langage avec l'allemand, le mot de maréchal, qui est chef de la chevalerie, et encore le maréchal, celui qui panse et guérit les chevaux. Puisqu'il m'est iidvenu, en ce mot de mark, de parler des Français, je toucherai quelques paroles que nous tenons d'eux. Ces mots de haii, bannie, forbannie, bannière, auxquels je donnerai leur place parlant du mot d'abandonner «, sont tous français. Même nous en avons composé quelques vocables, tantôt du gaulois et français , comme banlieue, tantôt du latin et français , comme liérihan, dont nous avons fait arrière-ban *. Man signifiait iiommeen la Germanie, dont est encore venu le Norman , qui est à dire homme du Nord; et dans notre vieille Loi Salique il y a quelques articles où Mannire est pris pour ce que nous disons ajourner un homme en justice. Marche pour limite et borne est de cette même marque , comme je déduirai en son lieu^; somme et sommier, qui signifie charge, dont aussi à mon jugement est venu sommelier , parce qu'ordinairement ceux qui ont la charge de la buvette des princes et grands seigneurs font porter une somme et charge de bouteilles par les champs, pour ne défaillir à leurs maîtres. Franc pour libre , franchise pour asile , et affranchissement pour la manumission latine, viennent du même mot Açfrançais.

Je mets en ce même rang le mot de troupe. Ainsi trouvé-je dans les Lois d'Allemagne le titre 73 être tel : de eo qui in fropo dejumentis ductricem involaverlf. Leudes^ dans Grégoire de Tours et Aimoin, e.st pris pour sujets. Flodoart les nomme allodes ^ : Heribertus et fJugo contra Bossonem, liodulphifratrem, proftciscunfur, propter quosdani Rofildls' allodes nuper defunctiv, quos a Bossone perrasos repelebat

I Voy. les nechfrchca, V|ll,36, et caluiu. On disait aii.ssi yieri^'ia» : mn\

l'approchez (le ce chapitre les savantes que l'on voit répété plusieurs fuis

oliscrvatioiis de M. Ampère, qui, dans dans la Discipline m ititairc di; Vi. du

son Histoire de la formation de la lan- Bellay, notamment dans Vui-nnl-pio-

(/ue française, p. 333, comliat l'étymo- pos.

iogie attribuée à ce mot par Pasquier * .^ii chap. l-iv du liv. Mil des lie-

et parîMénage. cherches.

- //ov'ftiTwnw.?, en basse la(inité,convo- 'Voy. sa chmnii/Kr, à l'anucr '.t2.t,

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