‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 16 sur 82 · DE LA IT.\>;CE. UH · texte numérisé non relu

DE LA IT.\>;CE. UH

Hugo , gêner ipiiitis liollldis. De ce mot est veuu milieu, qui est la reconnaissance censuelle que nous faisons à nos seigneurs, en conséquence de quoi nous disons tenir des terres eu /'raiu:-a!/ei(, quand nous n'en payons nulle redevance; et aussi les loch ^ qui sont les droits et devoirs que nous devons aux seigneurs, quand nous avons acquis un héritage ceusuel. Ècheviiis et vasaaitx, qui viennent de serbini et vassi, dont est faite fréquente mention dans la Loi ancienne des Français; /joKrg pour ville, et de là bourgeois pour citoyens, bourgeoisie, et forbourgs que nous avons adouci du mot de faubourgs ', qui sont toutes les maisons hors l'enceinte de la ville. Got en langue germanique et française signifiait Dieu , et du de là nous tirons les mots de bigot et cagot , pour dénoter ceux qui avec une trop grande superstition s'adonnent au service de Dieu. Il n'est pas que les pitauv de village, pour couvrir leurs blasphèmes, n'aient autrefois composé des vocables où ce mot de got est tourné eu goij : car quand ils dirent vertugoy , sango//, luorigoi/ , ils voulurent sous mois couverts dire tout autant que ceux qui disent, vertu dieu, sangdieu, mort dieu; encore en firent-ils un plus impie quand ils dirent Jarnigoy, qui est tout autant connue s'ils eussent dit, je renie, etc. Connne les paroles se tournent avec le temps en abus , nous ne pensons point mal faire usant de ces mots rorrouipus, non entendus : toutefois il y va de llionneur do Dieu. Au contraire, nous avons tiré en mauvaise part le nom de bigot, qui n'était tel sur son premier avènement, parce que Guillaume de Nangy récité que sous le roi Charles le Simple leslNorniands ;désirantètre chrétiennes , s'écrièrent devant lui bigol., bigoi, bigot, qui valait autant (dit cet auteur ) connne s'ils eussent voulu dire, de par Dieu. (Je chapitre ne reçoit point de clôture à ceux qui pourront trouver dans les anciens quelques dictions gauloises ou françaises, dont ils se pourront acconimoder, si bon leur semble , en leurs études particulières.

' Ail moyen dii mot «le Mais le ancienne langiio, voy. la Pr.'cellenci:,

mot en s'adoucissant s'est corrompu , p. 119et suiv. <;f. :M. Oénin, A'onafîo/iS

■suivant ia remaniiie de Henri Ktiennc. ihi lani/nge fronruis, p. 23. Sur l'emploi de ^ir (liors) dans notre

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.le veux maintenant ()ailer des mots purs latins. J'ai dit an précédent cliapitre de ce livre que nous avions enté sur la l;uiîiue gauloise la latine , dont nous fîmes un langai;e métis, que l'on appela roman, .fe serai maintenant plus hardi, et dirai qu'il y a plusieurs paroles non corrompues, ains pures latines, dont nous usons comme françaises. ISotre vulgaire est un langage raccourci du latin, es paroles de deux, trois, et quatre syllabes. Mais aux monosyllabes, qui nepouvaient recevoir raccourcissement, nous en usons tout de la même façon que le romain sans rien immiier ', a/, non, tu, plus, c.v, est, et, qui, os. J'ajouterai lus et sont : car encore que Torthograplie en soit diverse, si est-ce que la prononciation n'est pas grandement éloignée de/aus et sunt latins. Aosanciens eueurent pareillement d'autres, auxquels ils n'avaient rien changé, mons , frons , fons, pons, dens, ars,pars : vrai que par succession de temps nous changeâmes i' en /, et dîmes mont, front, font, pont, dent, art, pari. Il y en a d'autres de deux et de trois et dé quatre syllabes, (/uasl, itetn, instar, cadaver, examen, animal, contumax, tribunal, récépissé , et encore imperatri.v : mot qui a été toujours mis en œuvre par des Essars, en son .Imadis de Gaule, combieii ([ue nous eussions emperiere et impératrice, l'ajouterais volontiers ah intestat^ ; mais il recoitune syncope. 11 n'est pas que chaque faculté qui manie la plume n'en ait plusieurs dont elle use, comme purs français, que je ne vous veux ici représenter.

D'une chose principalement m'émerveillé-je en notre langue ; et c'est sur quoi je veux clore ce chapitre) , dont vient que tout ainsi que les Latins eurent leur verbe substantifs»^/?, es, est, que l'on accommodait selon les occurrences à toutes sortes d'autres verbes, aussi avons-nous le nôtre qui est avoir, ([ue nous employons aussi à tousautres verbesfrancais, // a fait cela, il a aimé, il a clé la, et ainsi des autres : car je n'ai jamais lu dans un vieux livre que sur le déchet de la langue latine on usât du mot hahere en cettefaçon \ Kt qui m'apprête

' Piérérablement iHi)iiu(er.' clinnger. qui n'a point fuit de lestainont : voy. i\

-Celte locution latine e,st usitée m ce sujet Vlnleiprélaiiott (Ira histiliilx

jurispruflenre. Hihiler nh inlestal nh d'- Jiislitiie» par rasquier, III, 1, 2, 4.

iniestalo , c'est hériter d'une personne ■' On peut voir loutcfois plusieurs

1)E LA FBA>CE. lOS

(I;ivai>tage à pouser, c'est que coiiibieu que ritalien et Kspagnol eussent leurs langues originaires autres que la nôtre, si se conforment-elles avec nous, en la rencontre de ce verbe. J'oubliais de vous dire que depuis les guerres que nous eûmes en Italie nous empruntâmes plusieurs mots ; mais je réserve cela au chapitre suivant.

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