‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 18 sur 82 · CLLV . D'hT. PAbOnr.l!. — T. II · texte numérisé non relu

CLLV . D'hT. PAbOnr.l!. — T. II

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cai" nous ovnns piiisi'Mirsmotsde mnnc parure ■ aranl-rianlc , (iran/ Jeu, aranl-byis, el (-rois i[u"il y avait plus de raison de dire ardiil-cliamhre que ce (juc nous disons, milklxniibre. Il voulut aussi iWmjiiriscnnsuUf lalin faire en notre langue un (Iroit-co)iseiUant ; mais il perdit son iVanrais. l'ia/J'er, que l'on approprie à ceux qui vainement veulent faire les braves , est de notre siècle; comme aussi aller à la picorée', pour les gens «l'armes qui vont manger le bon bomnie aux champs ; faire un affront, pour braver un homme; la populace, mot (}u"avons été contraints d'innover par faute d'autre, pour dénoter \\n peuple sot. Le premier où j'ai lu courtiser est dans la poésie d'Olivier de Magny : parole qui nous est pour le jour d'hui fort familière. Je n'avais jamais lu arborer une enseigne, pour la planter, sinon aux ordonnances que fit l'amiral de Cliàtillon, exerçrnt lors la charge de colonel de l'infanterie : mot dont Viginelle a usé en Y Histoire Aq Villhardouin. .\ous avons depuis trente ou quarante ans emprunté plusieurs mots d'Italie, comme contraste pour contention, concert pour conférence^ accort pour arisé , en conche ftour en ordre , garbe pour je ne sais quoi de bonne grâce, faire une siipcrcliprie à un homme, quand on lui fait un mauvais tour à l'impourvu.

En l'escrime nous appelons estramaçons des coups «le taille, \e pédant, pour un maître es arts mal appris, et façon pédantesqiie en conséquence de ce mot ; connue aussi nous avons quitté plusieurs mots français qui nous étaient très-naturels, pour enter dessus des bâtards : car de chevaieiie nou:' avons fait caralerie ; chevalier, caoalier ; embûche, embuscade; attacher l'escarmouche, attaquer ; au lieu de bataillon. nous avons dit escadron. Et pour nos piétons ou aventuriers anciens, nous ne serions pas guerriers si nous ne disions infanterie : mots français que nos soldats voulurent italianiser, lorsque nous possédions le Piémont, pour direqu'ils y avaient été; et de malheur aussi quitiames-nous nos vieux mots de fortifications, pour emprunter des nouveaux italiens % parce

' De ppCMS .giierrefaiteaiix bestiaux; étaient alors articulées piir M. i:tieiinp,

eu basse latinité, helliini peto/ni iw»i ,• danssu /'rficelletiecdu l'nKjiKir français,

aujourd'laii Moraud)'. l'intirni', pil- à la tin, et surtout dans ses Deii.c IHii-

Jard. l(Kjues du nowniu Innijnije fraiiiuis

' On s:iit «[lie les mêmes plaintes itnlionisr.

I)F, LA FllA>Ci:. 1 1 I

qu'en telles af^iires les ingénieurs d'Italie savent mieux débiter leurs denrées que nous autres Français. Il n'est pas que nayons nus souspiedsdes paroles qui étaient de quelque honneur, pour donner cours à d'autres de moindre valeur. Le mot de valet anciennement s'adaptait fort souvent à titre d'honneur près des rois : carnon-seulement on disait valels de chambre ongarderube, mais aussi valets Iranc liant s, et d'écurie; et maintenant le mot de valet se donne dans nosfamilles à ceux qui entre nos serviteurs sont de nîoindre condition, et quasi par contemnementet mépris : « Vrai est qu'il avait un valet Qu'on appellait v'ihil valet , » dit Marot en se moquant. La chambrière était destinée pour servir sa maîtresse, en la chambre; maintenant le.s damoiselles prendraient à honte d'appeler celles qui les suivent chambrlèrex^ ains les appellent serrantes : mot beaucoup plus vil que l'autre, que l'on approprie à celles qui servent à la cuisine. Le nom de grand bouteiller était m\ ot'llce de la couronne, comme celui de connétable : aujourd'hui nonseulement la uiémoire en est oubliée en la cour du roi , mais il n'y a rien de si bas que la charge de bouteiller; et pour cette cause ceux qui sont aujourd'hui en telles charges sout appelés sommeliers. Une vieille dotation faite à l'hôpital de iMàcon, en mai i 323 ', par Barthélemi de Chevrière, échansou du roi, l'appelle en latin Bartholomxus Caprarii, Scnncio damini nostri lleijis : qualité qui succéda à celle du grand bouteiller. INous avons accru notre langue de plusieurs nouvelles dictions tirées de nous tnêfues; comme pour exemple, de chemin., nos prédécesseurs firent acheminer, de compacjiinn acccumpagner, de raison ai'vaisonner : comme, au contraire, une négative en ajoutant de; car ils dirent de saison désaisonner '. Mais de notre temps nous y portâmes plus de liberté, parce que à'effet,

I Ui! exemplaire de l'édition des rail rivoir clé rare ; car on ne 1p

Recherches, de 1733, que j'ai sons le.s trouve ni dans le Tiésm' de Kicot, ni

jeux, porlei'i la marge celle observation dans le (iiossaire de Uoquefort. Ou di-

niannserite sur ce passage : «C'est une suit, d'après le même procédé de coni-

quittance de lauds ( droits étalUis sur position, rft'sni'.sect désaisr, qui est mal

les marchiindises ) de 1320, du mois de à l'aise ^d.'snimer, cesjer d'aimer ;dM-

juillel ; » je transcris lecorrcctif, sans r.'î//m(;r,ccsserd'estinicr,etc. Ce dernier

m'en porter garant. mot est employé par iMontaigne, l-nsiiis.

■' Ce verhe, qui signifiait sans donte 111,5 :« t'n galant Imiiimc eu e.ït plaint,

iiK-.ijiimodcr , déranger, troubler, pa- non pas (/''«'.v'miii' ii

il'J BLCIUaiCUliS

occasion, dolent , dl/igeitt, patient, médicament, facile, nécessité, tranfjuille, nous fîmes effectuer, occasionner, violenter, diligenter, patienter, médicamenter , faciliter , nécessiter, tranquilliter' ; je n'ai point encore lu possibiliter, de possible. Il n'est pas que IMonlaigne, en ses Essais, et Ronsard, en 1;» dernière impression de ses Œuvres (avant qu'il mourût) , n'aient par une nouveauté fait un nouvel ainsin : car, lorsque ce mot ♦'st suivi d'une voyelle immédiate, ils mettaient une n derrière, pour ôter la cacophonie. Si ces nouveautés eiîrichissent ou embellissent notre langue , j'en laisse le jugement à la postérité, me contentant de marquer ces caches ^ , pour montrer je ne sais quoi de particulier en nous, qui n'était point en nos aïeuls^. Chacun se fait accroire que la langue vulgaire do son temps est la plus parfaite, et cliacun est en ceci trompé^. De ma part, je ne doute point que Hugues de Bercy, liuon de lAîéry, Pierre de Saint-Cloet, Jean li Nivelois, Lamhert Licors^, et tous nos vieux poètes n'eussent jamais mis la main à la plume s'ils n'eussent estimé rendre leurs oeuvres immortelles : lesquelles néanmoins ont été ensevelies dans les ans par le changement du langage , ne restant plus de tous leurs écrits qu'une carcasse. Et Lorry même et Clopinet fussent aussi au tombeau si IMarot ne les en eût garantis par le langage de notre temps (ju'il leur donna. Quoi donc ? dirons-nous que les langages ressemblent aux rivières, lesquelles demeurant toujours en essence, toutefois il y a un continuel changement des ondes; aussi nos langues vulgaires demeurant en leur général, il y ait changement continu de paroles particulières qui ne reviennenî plus en usage.' Je vous dirai ce que j'en pense : je crois que l'abondance des bons auteurs qui se trouvent eu un siècle au-

' On disait également ti anquiUer : la variation continuelle qui a suivi

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