‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 20 sur 82 · CHAPITRE XLV11I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV11I

Nul n'est prophète en son pays.

Jamais proverbe ne fut plus véritable que cetui : car il nous a été donné de la main de celui qui, en l'un de ses principaux titres, se glorifiait d'être la même vérité ', comme aussi le devons-nous pour tel reconnaître, chacun étant sans lui plongé dans l'abîme des ténèbres. Et néanmoins encore reçoit ce proverbe quelque explication, parce que de le prendre crûment, et d'estimer que nul ne soit propliète en son pays, nous avons vu le contraire par plusieurs exemples, même par saint Jean-Baptiste, son précurseur, qui, non-seulement fut mis au rang des prophètes , ains estimé prince de tous autres prophètes : aussi en voyons-nous d'autres , dans la Bil)le, avoir prédit une infinité de choses sur l'avènement futur de Notrc- Seigneur, lesquels avaient pris leur naissance au lieu même où

• C"est le chap. XXVIII dn Hv. VIII. façon de parler du dixhiiiticme siècle = I/édition de 1723 porte/a uéniémr*- à celle du seizième. me; mais c'est à tort : c'est substituer la

DE L-i FRANCE. 1 I 7

ils exeroaieïit leurs prophéties. Donc la vérité est que sous cet adage \otre-Seigiieur Jésus-Cluist nous voulut enseigner (]ue naturellement le peuple méprise celui qu'il a vu en son pays venir (Tun bas lie-u en un grand rang, et fait plus d'état de l'autre, dont il ne sait les commencements et progrès, comme même cela se justifie par deux exemples, l'un tiré du Vieux Testament, l'autre du Kouveau.

Quand Dieu "eut appelé Saùl, fils deCis, conducteur d'ânes, à la couronne des enfants d'Israël , il lui départit par même moyen l'esprit et don de prophétie, lit comme le peuple le voyait au milieu des autres prophètes prophétiser, il commença de s'en moquer, disant : IN'est-ce pas ici le fils de Cis ? Comme s'il eût voulu dire : Se peut-il faire que cetui qui était extrait d'un si luis lieu, et auquel nous avons vu conduire les ânes, peut avoir atteint à ce haut point de prophétie.' Le semblable advint à Notre-Seigneur, lorsque faisant des miracles paradoxes ' devant tous, plusieurs ne se pouvaient induire à y croire. Comment! disaient-ils, n'est-ce pas ici le fils de ce Joseph, charpentier, que nous avons vu entre nous, qui se mêle maintenant de faire des miracles? Car ils avaient opinion que .lésus-Christ était vrai enfant de Joseph. Toutefois, en telles affaires, la longue habitude et continue ^ de nos actions fait puis après oublier au peuple la mémoire de ce que nous fûmes en notre jeunesse. Ceux qui se Teulent rendre plus admirables en leurs dévotions dorsent épouser une solitude, et ne comnuuiiquerpas d'ordinaire avec le peuple. Les fréquentations et privautés que nous avons des uns aux autres diminuent je ne sais quoi de l'opinion que l'on avait conçue de nous : soit que cela pïocède ou de nos imperfections , ou imperfections • des autres, qui nous mesurent à leur aune : je veux- dire qu'étant toutes choses selon le sens humain accomplies en nous, ils y trouvent à redire par une envie ou défaut qui est en eux. Cela est cause que notre sage Philippe de Commines, en son Histoire du roi Louis XI, défend sur toutes choses les entrevues des princes , comme n'apportant autre fruit , le plus souvent , qu'un rabais de la réputation (pi'ils avaient les uns des autres.

, '.Extiaoïdiuaircs... 2 Suite , coiilimiilc..

118 RECIIF.UCHKS

CHAPITRK XLIX'.

Du mot IltKjuenot '.

Le plus graud malheur qui puisse advenir en une re|)ul)lique, c'est lorsque, soit par fortune, soit par discours ', l'on voit un peuple se bigarrer en mots de partialités. Les Italiens en sauraient Lien que dire, ([uaud ils se ramentoivent ' les grandes ruines et pertes que leur apporta la division des Guelfes et des Gibelins; et les Anglais, par les guerres civiles qu'ils eurent pour le soutènement de la Pvose rouge et de la Blanche : comme en cas semblable les nôtres , pour les intestines dissensions qui eurent vogue sous les noms des Armagnacs et Eourguignons. Je n'ai point dit sans cause : soit par fortune, soit par discours; car il n'y a celui tant soit peu nourri aux histoires qui ne sache pour quelle raison les Armagnacs et Bourguignons furent ainsi dits ^. ÎMais au regard des Guelfes et Gibelins, encore que nous soyons assurés que ees deux paroles eussent pris leur commencement delà querelle du pape avec l'empereur Fédéric, si est-ce que quand vous aurez bien recherché tous les auteurs qui en ont écrit, malaisément que puissiez savoir qui donna la première entrée à ces deux mots <": tellement qu'il semble que la malédiction du temps , qui était en règne, les eût casuellement inventés pour apporter l'entière ruine de tout le pays d'Italie. I>e semblable s'est presque pratiqué de notre temps en cette France, quand les courtisans , se cuidant : moquer, voulurent appeler Huguenots ceux qui adhéraient à l'opinioij de Calvin, introduisant deux sectes d'hommes entre nous , l'un Pajuste * et l'autre Huguenot; et que tout honnne d'entendement pou-

' C'est le cliap. lv du liv. vni. losophie calhoUque au treizième si)c/c,

- r.approchezde ce chapitre les Let- in-S", 1839, p. 272 et suiv.

très de l'asquier, IV, 2-5. ' Croyant se, songeant à se...

^ Raison... >* Pour que celte cmistriiction pa-

< KappeUent... raissc régulière, il faut supposer qiic

■'\. les l{echerches,U\, 2Ç>, etW, 3. l'asquier a sous-entendu homme, u»

<" Cf. Id., VUl, 5G. Pour le sens et l'o- homme papiste, etc. : car des cette épo-

rif^ine assignés à ces deux mots, on (jr.r sff.'c était, comme aujourd'hui, du

peut voir M. (Jïauam , Dante et I» plii- féminin.

vait i)ronosti(|iier , lorsqu'ils ■ furent premièrement mis en usage , ne pouvoir rien apporter qu'une entière désolation de tout ce royaume, laquelle nous avons depuis éprouvée. Or nous est le mot de Huguenot très-familier, et plus qu'il n'en était besoin ; et toutefois peu de personnes se sont avisées dont il a pris son origine, et en parle mémement un chacun diversement : car ceux qui ont favorisé ce parti-là, d'autant qu'ils avaient juré inimitié capitale contre la maison de Guise, ont voulu soutenir qu'ils étaient appelés Huguenots parce qu'ils avaient pris la protection et défense du roi et de la maison de Valois, qui était extraite de la ligne de Hugues Capet , contre les seigneurs de Guise. Les autres se voulaient persuader que la faction d'Amhoise ayant été découverte, fut pris un jeune gentilhomme allemand , lequel étant représenté devant le cardinal de Lorraine , qui assistait lors le roi , interrogé sur le fait de cette conspiration , commença en tels termes latins : lluc nos, serenissime prlnceps , advenlmus, etc. ; et que quelques folâtres, de ces premières paroles, voulurent appeler Huguenots tous ceux qui furent de cette entreprise; qui est une chose ridicule. Les autres, qui estiment avoir fouillé plus avant dedans l'ancienneté, les renvoient à Jean Uns (qui fut défait * au concile de Constance), premier fondateur, comme ils disent, de cette hérésie: Et les derniers, qui ont voyagé es pays étranges, estiment que c'est un mot emprunté de Suisse , quasi comme liens quenaiix ^, qui signiûe en ce p:\ys-\agens séditieux. Bref chacun en devise à son appétit; et néanmoins, pour dire ce que j'en pense sans aucune flatterie , moquerie ou maltalent ' , je crois qu'il n'y a celui de nous qui ne reconnaisse franchement que la première fois que ce mot commença d'être connu par toute la France, ce fut après la faction d'Amhoise de l'an 15-59^. Et parce que sur ce mot fut entée la division générale de notre

' Ces nomx... roiifédiTc : voy. M. Ampère, fjistcirf

- Mis à mni-t : il fut condamne à être de la formation de la langue françaisf,

lin'ilé.en !4I0. p. 20G.

•* Des mots allemands /irc/-, sieur, et 'Colère, ressentiment, prcvei'fioii

ipier , de travers; mais il est phispio- liaineusc ..

halile que hiuiuenot vient du bas al- '• De mars l-V'O : v. au sujet de celle

leriinnd eiriqnolen , pn»r eidifennssen , date, lo 1. I , p. 178, n. -.

120 RF.CHF.RCUKS

royaume, jevoiisen(linilV;ui('lieint'nt<'e(jiie j'en pense: car cette liistoire mérite d'être cornée aux oreilles d'ime longue postérit(^ François deuxième, prince encore jeune, avait, dès le vivant du roi Henri, son père, épousé jMarie Stuart , reine d'Ecosse, nièce de messieurs de Guise : lesquels, soudain après la mort du roi Henri, par le moyen de cette alliance, empiétèrent le maniement de toutes les affaires du royaume. Ce nouveau ménage ne plut à plusieurs, les aucuns courroucés que l'on avait éloigné de ce jeune roi non-seulement les anciens favoris du roi son père , mais aussi les princes du sang , que le peuple de France aime, respecte et chérit naturellement; et l€s autres, par une crainte couverte de leurs personnes , telle que je vous déduirai présentement.

Dès le règne du roi Henri la religion avait commencé de poindre , qui par ses sectateurs fut appelée Réformée , comme celle qu'ils disaient avoir réformé les abus de notre Église; et parles autres, plus retenus en l'ancienneté, Opinion nouvelle. Le premier qui nous apporta ce divorce fut IMartin Luther, dans Allemagne ; et connne nos esprits , s'étant formé une nouvelle image de liberté, ne se peuvent arrêter eu un certain période, aussi de son même temps survint .lean Calvin. Cetui , natif de la ville de.Noyon, fit ses premières études dans Paris, puis Orléans; et de là prit son vol dans Genève, où il bâtit une nouvelle religion : car combien que Luther et lui fussent compagnons d'arme.^, en ce qu'ils comliattaient d'un commun vœu l'autorité du siège de Rome, si ne symbolisaient-ils en tous articles de foi, Calvin ayant apporté ores des ampliations, oresdes retranchements à la doctrine de Luther; et pour cette cause établirent deux diverses Églises, l'une à Augsbourg, où le Luthéranisme fut exercé, l'autre à Genève, où le Calvinisme. Et tout ainsi que Luther attira à sa cordelle une bonne partie d'Allemagne, dont il était extrait, aussi Calvin s'étudia défaire le semblable en notre France, lieu de sa nativité. Il survéquit longtemps Luther ; chose qui lui donna le loisir d'épandre sa nouvelle doctrine au milieu de nous et en plusieurs autres contrées : car aussi était-il homme bien écrivant, tant en latin que français, et auquel notre langue française est grandement

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redevable, pour l'avoir enrichie d'une inlinité de beaux traits. Et à la mienne volonté que c'eût été eu meilleur sujet! Au demeurant, honuue merveilleusement versé et nourri aux livres de la saiute Écriture , et tel que s'il eût tourné son esprit à la bonne vole il pouvait être mis au parangon des plus signalés docteurs de l'Église. D'ailleurs, au milieu de ses livres et de son étude, il était d'une nature remuante le possible , pour l'avancement de sa secte. Nous vîmes quelquefois nos prisons regorger des pauvres gens abusés, lesquels sans eiitrecesse il exhortait, consolait, confirmait par lettres; et ne manquait de messagers auxquels les portes étaient ouvertes, nonobstant quelques diligences que les geôliers apportassent au contraire. Voilà les procédures qu'il tint du connnencement, parlésquelles il gagna pied à pied une partie de notre France : tellement qu'après longue traite de temps , voyant les cœurs de plusieurs personnes disposés à sa suite , il voulut franchir le pas, et nous envoyer des ministres , qui furent par nous appelés rrédlcants , pour exercer sa religion en cachette , voire dans notre ville de Paris , où les feux étaient allumés contre eux. Le premier qu'il y employa fut Jean Macart , que j'avais autrefois vu disciple de Ramus au collège de Presle, jeune homme qui avait fort bien étudié, et depuis s'étant retiré à Genève en l'an 1548, se trouva si agréable à Calvin, qu'il lui fit épouser sa nièce , et quelques années après fut envoyé par lui en cette France pour prêcher; lequel se vint placer dans Paris, oïl, portant l'épée et la cape ', se faisait appeler Pianean , prêchant ses confrères de nuit en certaines niaisons de la ville; et de là ne douta d'aller faire le semblable au camp d'Amiens : vrai que soudain que traitâmes la paix avec l'Espagnol à Cercamp % il reprit le chemin de Genève, comblé d'or et d'argent comme on disait.

' Habit militaire, sarjum militare, où la paix ait été conclue entre la

traduit Nicot. C'était, suivant Hoque- France et l'Espagne. Mais ce fut dans

tort, uu gros manteau : de cupclln, l'aljljaye de Cercamp, prés d'Amiens,

parce que l'étoffe était de poil de cliè- que se réunirent, vers la fin de l'an-

vre. Mais il est probable que nous née 1558, les représentants de ces

avonspriscemot,ou aux Italiens, qui di- deux puissances, pour signer une

saient cop/ja, ou aux Espagnols, capa. trêve qui amena peu après la paix de

- A Orran, portent les éditions an- Cateau-Cambresis; voy. Le Corps dlplo-

térieures, ce qui est évidemment fautif, mniiqiieûe Dninont, iii-fol., 172(5,

On ne trouve aucun lien de ce nom , t V, p, 27.

1 22 RKCHIÎRCHES

Or le roi Henri, indigné de tous ces nouveaux remuements de consciences, auxquels il ne pouvait bonnement donner ordre pendant les guerres, délibéra de faire la paix à quelque prix <]ue ce fût, pour puis guerroyer à ses bons points tout ce nouveau peuple, comme il fit : car soudain après qu'elle fut conclue il vint au parlement de Paris en l'an 1559 , sous le prétexte d'une mercuriale; auquel lieu, ayant proposé combien il lui déplaisait de voir^l'hérésie de Calvin provigner ' en cette France, il les somma tous, tant en général que particulier, de lui donner les moyens pour l'exterminer. Là fut diversement discouru par uns et autres : tellement qu'ayant recueilli de leurs discours le fond de leurs consciences, il se saisit de plusieurs conseillers de la cour, et entre autres de maître Anne de Bourg, qui depuis porta la folle encbère pour tous. Telles manières de gens avaient été appelés dès notre jeunesse Lvihériena, à cause de Martin Lutber ; depuis, Calvinistes, et d'un mot général Sacramentaires : vrai que le nombre croissant à vue d'œil, le peuple, n'étant plus si effarouché encontre eux' comme auparavant, et néanmoins non réconcilié, commença de leur donner certains noms par forme de sobriquets. .Te les ai vu vers ce temps-là appeler par quelques-uns Chrisfodins, parce que, ne parlant (|ue de Cbrist , ils se publiaient cbanter particulièrement bynnies et psaumes à Dieu ; au pays de Poitou Fribours , où l'on avait forgé des doubles * faux qui furent décriés; et par hasard ayant été appelés Friboiirs , aussi appela-t-on les calvinistes Fribours , comme étant entre nous, par métaphore , une monnaie de mauvais aloi. Tout de cette même façon furent-ils nommés J/uguenots au pays de Touraine; et voici pourquoi : dedans la ville de Tours était dès piéca cette vaine opinion qu'il y avait un rabat ^ qui toutes les nuits rodait par les rues, qu'ils appelaient le roi Ilugon ; du nom duquel une porte de la ville fut premièrement appelée Fovgon , comme le feu Ilugon , et depuis par corruption de langage la porte Fourgon. Parquoi le peuple, entendant qu'il y avait quelques-uns qui faisaient des assemblées de nuit à leur mode, les appela Huguenots, connue disciples Ao Hu-

' Se proi):i^ir... laipnt deux (lenicrs.

- Petites inoiiiiaies dcciiivi-p qui va- ■■ Ivspi-it fdUct, lutin, ..

(jon, qui ue se faisait ouïr que de uuit : chose dont je me crois; car je vous puis dire que huit ou neuf ans auparavant l'entreprise d'Amhoise je les avais ainsi ouï appeler par quelques miens amis Tourangeaux.

Or, pour renfiler mon propos, le roi Henri étant décédé quel- (lues mois après la mercuriale, François , son fils, totalement possédé par François, duc de Guise, et Charles, cardinal de Lorraine, son frère, furent faits plusieurs édits encontre les calvinistes ; et mêmement , en reprenant les arrhements du roi Henri, le procès extraordinaire fut fait à maître Aune de Bourg, et par arrêt condamné d'être pendu et étranglé, puis son corps hrùlé et mis en cendres devant Thôtel de ville de Paris, et estimait-on que les affaires iraient encore de mal en pis contre ce peuple. Au moyen de quoi , quelques esprits plus hardis commencèrent de mêler l'État avec la religion , disant que ce n'était la raison de voir des princes étrangers manier toutes les affaires de France, au préjudice des princes du sang; les autres , passant plus outre , mirent en avant qu'il leur était permis de prendre les armes pour le soutènement de leur religion, non vraiment contre le roi légitime et le naturel , mais contre ceux qui, abusant de. son autorité, faisaient passer sous le nom de lui toutes choses par où ils voulaient : car en somme c'était le principal prétexte sur lequel ils fondaient leur querelle. Ilss'assemhlèrent pour cet effet au village de Vaugirard, près de Paris ; et voulait-on depuis faire croire à Louis, prince de Condé, qu'il y avait présidé ' . En ce lieu ces deux propositions furent approuvées. Le seigneur de la Renaudie et quelques autres entremetteurs coururent toute la France , négociant de sorte qu'ilssoulevèrent une infinité de gens, qui avaient leur rendez-vous en la ville d'Amboise, oii lors le roi séjournait. Y arrivant les uns en foule, les autres à la file, Dieu voulut qu'un avocat de Paris, nonuné des Avenelles, qui était de la partie, découvrit au cardinal de Lorraine cette entreprise, lorsqu'elle était sur le point d'être exécutée. Les seigneurs de Guise connnencèrent de mettre toutes sortes de gens aux ave-

' Cf. Biantôme, llotnmes il/u.itrts ci \'.4rt dr vérifier IfS dates, in-fol., t. I, 'irnnds '■•iiiH'iiues frmu-ni!:. Ml, 21 ; et p. G47.

124 RECHEBCHES

nues pour y obvier. La Renaiidie fut tué dedans la forêt d'Ainboise, et depuis sou corps mis en quatre quartiers. On reout avis que plusieurs gentilshommes étaient arrivés dedans Tours. Le roi commande au duc de JNemours d'y aller pour s'en informer, et se saisir de ceux qu'il rencontrerait ; ce qu'il fit : car il lui amena les sieurs de Ranné ', Noisé,Mazères, Castelnau. Dès lors toute la troupe s'écarte, les uns se sauvant par la fuite , les autres pris, qui noyés à tas, qui pendus aux créneaux du château : ces quatre gentilshommes décapités au carroi = d'Amboise ^.

Ainsi s'évanouit cette entreprise comme un estourbillon '^ : si vous en parlez à un Huguenot , il vous dira que c'était pour garantir ce jeune roi de la captivité des princes lorrains ; parlez-en aux autres , ils diront que tous ces mutins le voulaient réduire sous leur captivité et puissance^. Je n'entre point ici en connaissance de cause : bien vous dirai-je que ce fut la première source de nos malheurs. Or, parce que la ville de Tours fut celle où les principaux chefs avaient été pris , et que tous les courtisans se persuadaient que la nouvelle religion les avait induits à cette entreprise, ils les appelèrent Huguenots, ainsi que les autres : mot qui en peu de temps s'épandit par toute la France, se formant au- milieu de nous deux partis contraires, le Huguenot et le Papiste, que nous appelâmes depuis Catholique, desquels, comme d'une pépinière, furent produits plusieurs rejetons de partialités, tantôt de Catholiques associés, tantôt de Catholiques mal contents. Il n'est pas qu'en nos derniers troubles le parti Catholique ne fut encore subdivisé en Politique, que l'on estimait de pire condition queleHuguenot, parce qu'il plaidait pour la paix; et le Ligueur, qui se trouva encore diversifié en trois ou quatre sortes , l'un étant Ligueur zélé, qui voulait à feu et à sang ruiner tant \e Politique que \e Huguenot , l'autre Ligueur espagnol , lequel , par la clôture de guerre , désirait transmettre la couronne de France

' Ou [taunmj, de vent. Tourbillon était également

'^ Sur la place, ,. usité : v. Nicot.

5 Cf. l'asquier. Lettres, \\1, I; M. les jWém, de Condc : Journal de

Mémoires Ae C.asteliiau , 1 , 8 et t) ; do Brûlart, t.!, p. 8; et Mich. Suriano,

Thou , Ilisl., 1. XXIV. dans les lU'tiitions des ambassadeurs

* De estour, conflit , combat; on di- vrniliens , t. I, p. 025. sait : l'estoxtr des vciils, un esluurbillnn

DE LA FRANCE. 1 2,î

au roi d'Espagne ou à l'infante, sa lille, elle dernier qui eios et couvert demandait l'extirpation de la nouvelle religion , mais non la ruine ou mutation de l'État. Voilà comme Dieu trouble nos esprits quand il veut troubler un royaume.

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