‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 22 sur 82 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Que la Gaule, depuis appelée la Fiance, de loule ancienneté a été studieuse des bonnes lettres.

Puisque j'ai voué ce livre aux universités de la France, selon l'ordre de leurs créations, j'estime qu'il ne me sera malséant, premier que de passer outre, de discourir en peu de paroles combien nos anciens Gaulois se trouvèrent zélateurs des l)onnes lettres par leur usage commun , ainsi que nous apprenons de diverses pièces d'uns et autres, lesquelles je vous représenterai ici péle-mcle, non selon les ordres des temps , mais ainsi qu'il a plu à ma plume et à ma souvenance.

Gailia cansidicos docnit facunda lîrilannos, De l'un 2 ; et l'autre :

Aiit Lngdunensem ihelor dictunis adaram ^.

Sur ce même sujet , quelqu'un ayant écrit à Pline second , grand sénateur et orateur de son temps, que ses épîtres se vendaient publiquement en la ville de Lyon, il écrit à Geminius, sien ami, au neuvième livre de ses lettres : JJib/iopo(a.s l.iigduni esse non piifari i.

Et non loin de Lyon, il est certain qu'en la ville de Marseille s'exerçaient les bonnes lettres, et que c'était connue un ressort général de sciences à la jeunesse des gentilsbommes romains, avant que se mettre sur les rangs au barreau eu la \ille de Rome. Et combien que cette bistoire soit commune et familière à tous, ce néanmoins encore vous coterai-je ceci de Tacite, lequel décrivant Tiiistoire d'Agricole, de la vie duquel il fait un exemplaire de vertu : Parvulus (dit-il ) sedeiii ac maglstram studionoa Massiliam habiiit , Incvin (fruHut

' C'est le cliap. l*"^ du liv. I\. fliins la viUe de Lyon sous le titi-e A' J-

- Juvénal, Sat.^ XV , 111. Cf. Ausonc thenteum , et à laquelle fait allusion le ilosella, V. 383 : poêle, voy. Suétone, f'ie de Calkjula,

.+:m..la le laiiœ deoornt fjcnndi.i l.,>sn«-. '^■'^^ P' '>'"" f.assius, LIV, 32.

* Os mots .se trouvent dans la le*-

- Ce vers e.st encore de .luvenal , „.ç ,x ; seulement on lit «o,. putahnm. Sal., I , 44 : l'oui- r:iraden)ie fondée

comitate et provinciaU parcbnonia mixtum ac bene compositum • ,• l'Hercule qui était représenté par image es lieux publics (le la Gaule, étant âgé, revêtu de sa peau de lyon, ayant son carquois et ses flèches pendus à sa ceintiu^e et sa massue en sa main , et une inGnité de peuple qu'il attirait à soi par sa langue, à laquelle était une chaîne d'or, le tenant attaché par les oreilles : tout cela étant représenté au public, dit Lucian % pour montrer quelle était la force de réloquence, et eu quelle recommandation on l'avait es Gaules.

Eumène, qui avait été attiré du barreau pour enseigner l'éloquence en la ville de Clèves, oi'i l'on lisait publiquement ^•, adressa uu sien'panégyrique au gouverneur des Gaules pour le rétablissement des écoles 4, qu'il disait s'en aller à non-vaioir ; et porte le titre de sa harangue : Oratio pro scliolls rest-auraudis coram prœside Gallix ^. Et après avoir discouru du bien qui provenait des bonnes lettres , loue grandement les empereurs qui les avaient eues en reconnnandation, et signamment l'empereur Constance : In quo ego (dit-il ) nihil mex laudi Iribuo, sed domlid nostri Constantii jiwenis incredibilem ergaJHceutidem Galliaruin suarinn solUcitudinem atque indidgenfiam mirari salis nequeo : qui honorem litterarum liac quoquedignitate cumidavit, qui me, e/c.*^. Selon l'opinion de Beatus Rhenanus , il entendait parler de Constance qui avait été adopté à fils par l'empereur INIaximiau , compagnon de Dioclétian.

ÎMarcellin, au quinzième livre de son Histoire, dit qu'es Gaules : Figuere studia laudabilium doctrinarmn , inchoata per Ikirdos, Eiibages et Driàdas. El Bardi quidemfortia virorum illustrium facfa, heroicis composita versibus , cum dulcibus hjrx modulis canlubant. Eubayes vero scridantcs suinma et subliinia naturx pendere conabantur. Inter hos Druidx , ingeniis celsiores { ut aiœtoritas Pythagorx decre-

' C. 4. ■ (les Gaules : faute évidenle,

-■Vov.lemorceauiiititu)élff,oa/.a>,là -^ Voy. l'anegyrici veteres, édit. iul

y; 'Hpax).-?;; : t. 111, p. 82 et suiv. .le "«»>» Delphini ; Paris, I6/6, in-4 ,

iVdit. iii-4"<rAinstei-<lain,1743. p, 139-161.

3 Où il y avait des cou,; public..... '• ^<^y- '^> P- ^^^ de 5'ed.t. citée on

i Us éditions antérieures portent y lit <%no'*««e au lieu de rf!r,«,/«fc.

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vit), sodalitiis adstrkti consortiis, qusestionlbiis occultarum rerumaltarumque erecti sunt '.

Sidonius ApoUinaris, évêque de Clernioiit, à un seigneur nommé Joannes, au huitième livre de ses ÉpUres % Jui congratule de ce qu'il avait ressuscité les bonnes lettres es Gaules : i'redidi (dit-il) me, vir peritissime, ne/as in studia coût- Dutlere , si distulissem prosequi laudibus quod aboteri lu liiterasnon tuleras. Qitarum quodam modojam sepultanan suscitator , fautor, assertor concelebraris , teqiie per Ccdlias uno magistro , sub hac tempestate bellortan, Latina temieriint ora....

Saint Hiérosme, en une épître qu'il écrit à Piustique, moine • : Judio religiosam habere te viatrem, midtorum annorum cidua7n,qi(x allât, qux erudivit infantem, ac ,post studia Gailiarum , qux vel florentissïma sunt, misit liomam,non parcens sumptibus, et abscntiam fdii spe sustinens fut uroriim , ut xibertatemnitoremque gallici sernionis gravitate roinana condiref*...

Le même, écrivant à Paulin, De insfitutione taonachi : sanctus Ililarius Gallicano cothurno attollitur ^.

Je vous laisse un Favorin, Provençal , qui osa faire tête en matière de lettres à un Adrian depuis empereur'', auquel celte hardiesse ne déplut, ores qu'eu ces ambitions il fit état particulier d'être estimé très-savant. Je vous laisse le docte poète Ausone, Bordelais , précepteur de Gratian, lils de l'empereur Théodose le Grand 7, et pareillement unsHilaire et Sidon Apollinaire, évêques, Tun de Poitiers, l'autre deClermout, un Salvian, prêtre de IMarseille : tous lesquels nous ont diversement délaissé plusieurs œuvres de leur façon ; et entre autres, Favorin , duquel les compositions ne sont arrivées jusqu'à

1 Voy. la p. 56 de l'édit. in-i" , de ■> Voy. lett. XUI , t. 1 , col. 12i i:c

llamlioura, 1609. l'édit. citée.

'' C'est la deuxième lettre : -voy. '' Voy. les f-'ies des Sophistes |);ir

!>. 213 de l'édit. in-é» de Paris, 1652 : Pliilostrate, liv. 1 , p. 493 de l'édil.

nous avonsdû modificrd'aprcs ce texte in-f° de l'aris, 1608.

celui que l'asquier avait donné. ' Erreur grave : Gralien était lils

■' C'est la quatrième ; voy. le t. 1 de de Valeutinien 1"'; il lui succéda

ledit in-f°. de Paris, irjTO, col. 42, en 375, et associa Tliéodosc à l'cni-

* On lit dans cette cditiou ; gravitas pire , en 379. joniaua condirct.

nous, mais VOUS le voyez grandenieut célébré par Aulu-(je!k' '. Mais à quel propos tout ceci? Pour vous dire que nos Gaules , et auparavant et après qu'elles turent sujettes du Pvomain , tirent profession perpétuelle des bonnes lettres ; et néanmoins tout cela n'était point la république des lettres, que nous avons depuis appelée université par un titre particulier, non connu par nos premiers âges : grande promesse toutefois que les sciences et bonnes lettres floriraient es Gaules, lorsque les universités , par un bénéfice des ans , y seraient plantées.

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