‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 24 sur 82 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

Première institution et progrès <le l'université de I\iris, et de son ancienne situation.

Quant à moi, suivant ce que je vous ai discouru par un précédent chapitres rejetant la fondation telle qu'est la commune ignorance ^ , nous devons , à mou avis, tous estimer que l'université de Paris n'a été jetée en moule tout d'un coup; et est une chose digne d'être remarquée , qu'encore que l'us.ige des universités ne fût en cette France du commencement, pour les longues guerres qui y étaient survenues et avaient trouhie l'État ancien et ordinaire des Gaules , si est-ce que d'une bien longue ancienneté il n'y avait église cathédrale en laquelle n'y eût une prébende affectée pour le salaire de celui qui enseignerait les lettres ordinaires, et une autre pour celui qui vaquerait à l'enseignement de la théologie. Le premier était appelé Écolâtre, le second Théologal. En quelques églises n'y en avait qu'un , pour l'épargne '< , et es autres, deux. Du coni ■ mencement ces places étaient baillées à personnages de mérite, qu'on recherchait par honneur; et se sentaient les doyen, chanoines et chapitre bien honorés quand ils en avaient pourvu un homme sortable^. Mais comme, par malheur, il advient oidinairement que tous mauvais exemples prennent leur source avec le temps de beaux et louables prétextes, aussi advint-il au cas qui s'offre , que peu à peu ceux qui désiraient entrer en ces grades étaient contraints, avant que d'y être admis, faire présents, par forme de proliciat*^ et gratification , à uns et autres chanoines , qui avaient plus de voix et créance en chapitre pour la nomination : qui était une vraie corruptelle, revêtue du masque de louable coutume. Et de cet abus est parle au concile de Latran , tenu sous le pape Alexandre UV , en

'C'est en partie seulement le ch.v ^ Qui convenait à ce poste, digne do

du liv. l\. ces fonctions : on dirait aujourd'hui

■ A'oi/. le chap. IV du liv. IX. capable.

■'C'est-à-dire l'opiuion qui attri- * (profectus). C'était un droit que les

buait cette fondation à Charlemagne : évèques levaient autrefois sur les ecclc-

voy., dans le raèmelivre, le chap. 111. siastiques.

* Par économie...

ŒLV. D'KT. P.\SQL'TER, —t. II. 13

UG RECHERCHES

un article qui s'adresse expressément à notre Église gallicane, qui est tel : Quanto Ecclesia gallicana majorum personanon scientia et' honestate prxfulget, etc.; article depuis transplanté mot pour mot aux décrétales de Grégoire IX" , chapitre Quanto de Magist. Ext. Et est cette mauvaise coutume condamnée par le concile , et ceux-là anathématisés qui de là en avant en useraient.

Ni pour tout cela vous ne trouverez en tout ce concile être parié d'aucune université chez nous. Et est advenu que toutes nos universités qui se trouvent en notre France, elles ont été depuis établies en nos églises archiépiscopales ou épiscopales : hormis celle de Caen, qui ne fut institution française, ains anglaise, sous le peu de temps que le jeune roi Henri vr vint en France ; chose que je ne dis pas pour vilipender ce collège, auquel se trouvent plusieurs gens d'honneur y avoir siège, ains pour dire ce qui est de la vérité de l'histoire.

Or les choses se passant de cette façon, je ne doute point que notre Paris étant d'une longue ancienneté la ville métropolitaine de la France et siège ordinaire de nos rois , ainsi tant pour la commodité et situation du lieu , que respect qu'on lui portait, les gens plus doctes ne s'y habituassent, et ne désirassent d'avoir l'une de ces deux chaires , pour faire diversement montre et bannière de leur savoir; et qu'à cet effet la maison épiscopale fût expressément choisie, longtemps auparavant que l'uiiiversité eiit été créée "...

On y exerçait les études, tant de grammaire et philosophie <[ue de la théologie : qui fut cause que les libraires se vinrent loger là auprès; ce dont nous avons encore vu de notre temps (pielques restes et apercevances * en la rue de Notre-Dame, non éloignée de cette église ^...

' J'ai omis les détails qui aiiiveut, -' Traces...

li.iire (lu'ils ne sont que la répétition ^ l,a fin du chapitre est rfçalemcnt

(le re qui a été déjà vu dans le.c. XXIX supprimée, par le motif que je vieius

lin liv. in, t, 1 de cette édit., p. 111 et d'indiquer.

DU LA FRANCE. I4'i

CHAPITKE LIV.

Suite de la fondation de l'université de Paiis.

Lorsque les bonues lettres se voulurent habituer eutre nous .Tutres Français, nous eûmes quatre braves guerriers qui se mirent sur les rangs pour attaquer l'ignorance, un Yve, évêque de Chartres ', sous les règnes de Philippe P' et Louis le Gros, un saint Bernard , fondateur de l'Abbaye de Clairvaux , un Pierre Abélard, partie sous Louis le Gros, partie sous Louis VII, son fils : saint Bernard (dis-je), qui se fit enneuii formel d'Abélard , pour quelques propositions erronées qu'il soutenait, mais au demeurant grand et signalé personnage entre les gens lettrés de son temps; et outre ces trois , un Pierre Comestor, qui véquit sous le règne du même Louis VIT, l'an 1 17<S. Quant aux deux premiers , ils n'enseignèrent jamais les lettres dedans Paris. Leurs dévotes professions voulaient qu'ils résidassent , l'un en sa ville épiscopale de Chartres, l'autre eu son Abbaye de Clairvaux, sinon lorsque les affaires publi({ues de l'église etdu royaume les contraignaient de s'en dispenser: car quant à Pierre Comestor, il mit en lumière son Histoire ecclésiastique^ l'an 1172; et y a quelque apparence qu'il enseigna les bonnes lettres en l'Église de Saint-Victor, où il est enterré. Quoi que soit , son épitaphe qui y est porte ces mots :

Pelius eraiii, queiii petia legit ; dicliisque Comestor. Nunccomedor; vivus docui, etc. ;

Dernières paroles qui me font croire qu'outre les livres par lui composés , il était monté en chaire pour enseigner la jeunesse.

Or de ces quatre grands personnages Abélard est celui

' C'est le chap. vi du liv IX. na^'eau ch. xxixduliv. 111,1.1, p. H'J,

' .'■■îlint' Yves , qui njouiut en 1115, où il est signalé comme auteur d'une

-ipi'és viiiKt-trois ans d'un épiscopat i;Io- Histoire schoiastique : tel est eu effet

rîetix : \. sur ce savant prélat V His- le véritable titre de son ouvrage. H

tuile lillriuire de Fntiice par les Béné- parait que son surnom lui venait de

dictins, timi. X,p 1(I2, et t. XI, p. 2Ô7 ic (|u'il el.iil»;iand nKiii;,'eur ' 11 a été déjà question de ce persou ■

qui sans doute lut dedans Paris avec honneur ', accompagné toutefois de tant de traverses, qu'il fut contraint de quitter l;i partie , se faisant religieux profès de Saint-13enis ; et, coninie il était d'un esprit versatile , aussi changea-il depuis de diverses demeures sur nouvelles occasions, ores par nécessité en la ville de Soissons , ores pour sa commodité en Champagne , où il fonda l'Abbaye du Paraclit , depuis en Bretagne, oii il fut élu abbé, et finalement au monastère de Cluny, où il trouva la lin de sa vie et de ses maux , l'an 1 142. C'est de lui-même * , dedans les épîtres duquel nous trouvons quelques échantillons qui nous servent d'instructions et mémoires pour connaître en que! état étaient lors les écoles de Paris, quand il y vint pour étudier : car à vrai dire , nous serions lourches ^ sans lui au récit de l'ancienneté dont je vous ai ci-dessus parlé. Auquel temps la république des arts n'était encore en essence sous le nom d'université : vrai qu'elle croissait et augmentait grandement d'écoliers, étudiant diversement selon leurs capacités, qui de grammairiens, qui de philosophes et artiens 4, et qui de théologiens. Pour cette cause, afin de décharger de leçons la maison épiscopale, on choisit le lieu plus proche et contigu d'icelle ; ce fut l'église Saint-Julian, lors en vénérable réputation, comme celle qu'on réputait fille de la grande Église, par le consentement du roi Louis VII : n'y ayant qu'un petit trajet d'eau à traverser de l'une à l'autre sur un pont, qui dès le règne de Philippe-Auguste fut appelé Petit-Pont. Ainsi apprenons-nous de Rigord , qui était du temps de lui et fit l'histoire de sa vie .'iprès son décès, que l'an 1206 il y eut une grande inondation de la rivière de Seine, qui rompit trois arches du Petit-Pont de Paris : Très arc us Par ri Poutis /régit, et quamplures doiiios ibidem trertit''. Par ainsi, furent nos écoles mi-parties eu

' 11 semble qu'il faudrait lire : avec remarque qu'elle est empruntée au

/'■/)/».< d'honneur. Mais toutes les édi- jeu de trictrac et qu'elle est passée

lions de l'asquier présentent la ré- riiez les .\nglais avec la même signiti-

duction que nous avons conservée. cation (lurch ).

-Que nous le savons , faut-il sous- ''Les artiens ou ariisles, c'étaient

entendre. ceuxqui étudiaient les nWs, c'est-à-dire

-* Emliarrassés : cette expression as- les lettres, qui se préparaient à la iiini-

sez 7)ittoresquc , dont Pa,s<iutcr a sou- Irise es arts.

vent fait usage, ne se trouve ni dans •' Voy., dans le t. V du recueil de du

iNuot ni dans KuqueforI : Kurctiere Cliesne, la p. 4S.

DE LA FKANCE. 149

deux : dont celle de la théologie demeur.o fin la maison épisco- |)ale, son originaire demeure ■ , et celles tant de l'humanité que philosophie, au priorédeSaint-.Tulian ; et fut la cause pour laquelle, parles écoliers qui lors étudiaient aux arts, furent leurs recteurs élus à Saint- Julian, et nul docteur des Facultés de Théologie, Décret ^, Médecine, ne fut jamais élu , ni ne prétendit pouvoir être appelé à cette dignité de recteur : coutume qui s'est depuis continuée et perpétuée jusqu'à nous. Et est un^ chose digne d'être remarquée, qu'en ce même lieu se faisait l'acte le plus solennel pour les arts; ce que j'apprends d'un article de la réformation de l'université, faite par Jean Cardinal d'Estouteville 3, sous le titre des Artistes, qui est tel : Jtein statidmus et mahdnmus ut actus ilte solenmis de disputatione quodlibetorum ^ , qui dudum ad decus facultatis, exercitiumstudiorumac ingénia excitanda, fuit nobiliterinstitutus , observetur, mandantes id in vim sanctx obedîentix exercitium, juxta veterem morem, apud Sanctum-Julianum, omni excusatione postposita, redintegrari et renovari, per prmstantes ipsius facultatis magistros, per singulas nationes e/igendos ; qui nous montre que cette église fut du commencement le premier lieu où les maîtres es arts faisaient leurs premières leçons et exercices des lettres humaines. Vrai que cela ne dura pas longuement : d'autant que notre université s'étant enflée et accrue en grand nombre d'écoliers français, picards, normands, et anglais, sous lesquels plusieurs nations étaient comprises, furent bâties quatre grandes écoles en leur faveur, sous le nom de salles de France, Picardie, Normandie, Angleterre, et depuis furent ces dernières intitulées d'Allemagne, comme je déduirai en son lieu ^^ écoles qui furent bâties en la rue auFouerre ^, non grandement éloignée de l'église de Saint-

' Les éditions antérieures des flfc/ier- ^ Ternie d'école : il nous est rappelé

cAes écrivent ainsi ce membre de plira- par une phrase de Guy Patin, ainsi

se : « Dont celles de la théologie de- conçue ; « Le 10 de ce mois mon second

meurèrent en la maison épiscopale, sou fils Charles a répondu à sa première

originaire demeure. » question quudtiUctaiic dans nos écoles,

^ C'est l'enseignement qui traitait dei fort hien et au grand contentement de

anciens canons des conciles, des cons- tous ses auditeurs, n Lett. XCllI.

Ululions des papes et des sentences des ^ ('.. ,\,\l\ du liv. IX.

Pères: /"oi/. à ce sujet les flet-A., IX, Xl. '■ Fouerre, c'était un marchand rie

3 Le prénom dore cardinal était (juil- paille et de fourrage, et aus.si un ler-

Idunie, et non pas ,/t««. rassier.

lôO KECHEUCHES

Itilian : esquelles salles se firent de là en avant les Icdures tant en humanité ' que philosophie.

Quelque peu après fut introduite la Faculté de Médecine, qui choisit son domicile non loin de la rue au Fouerre. Kt d'une même suite fut hâtie l'église en l'honneur de Saint- ]Ni colas , ancien patron des écoles ; le collège des Bernardins , auquel se firent les anciennes assemblées concernant les grandes consultations , comme nous apprenons des avis qui furent baillés à messieurs de l'université de Rouen , au procès fait à Jeanne, dite la Pucelle d'Orléans ; le collège des Bons-Enfants, maison destinée pour ceux qui voudraient avoir part aux leçons qui se faisaient à Saint-Victor; et combien qu'avec le temps la Faculté de Décret fut logée au Clos-Bruneau , comme nous ••oyons , toutefois la vérité est que nos écoles , qui depuis pri rent le nom d'université, ne gisaient que en cette basse lisière que vous voyez se maintenir de l'une à l'autre, Notre-Dame , Saint-.Tuhan, rues au Fouerre, de la Bùcherie, jusques à l'abbaye de Saint- Victor, hors les murs *. Et n'avaient lors nos écoles rien de commun avec cette grande montagne de Sainte- Geneviève et Saint-Jacques et rue de la Harpe , où les muses se vinrent après héberger; chose même dont je pense avoir certain témoignage d'Abélard, lequel, se voyant, par le moyen d'une sienne maladie, chassé de la chaire qu'il pensait lui appartenir en la maison épiscopale , pour se revancher de l'injure qu'il prétendait lui avoir été faite : Extra civitatem (dit-il), in moule Sanctx-Genovejœ , scholarinn nostrarum castra posai, quasi eum obsessurus qui nostrum occupaverat lociim. L'université n'était pas encore bâtie, aius seulement commençait de poindre : mais le lieu dont Abélard avait été exterminé était la maison épiscopale, premier fondement de notre université qui fut puis après ; et le lieu auquel, malgré ses ennemis, il continua ses leçons fut près de Sainte- Geneviève : qui nous enseigne presque que ce lieu était auparavant inaccoutumé aux lectures. Vérité est que depuis , se trouvant plusieurs personnages d'honneur qui voulurent édifier des collèges pour

' litléi Hluif... diverses écoles, on peut coiisultei- le

'l'oiir reuiphieeiiioiil plus précis des cliup. .\III du liv. IN des Kccheirlirs.

DK LA l'HANC:i:. t •> 1

rinslruction de la jeunesse, ils choisireut le liaul de eelte montagne , comme celui qui serait à l'avenir un parnasse de notre France, auquel ils estimèrent y avoir plus d'assurance pour la santé; qui fut une nouvelle police d'étude, aucunement préjudiciable à l'ancienne institution : discours que je me réserve par autres chapitres , après que j'aurai déduit ce qye je pense de l'ancienne institution.

CHAPITRK LV '.

Veisfiiiel temps les études de Paris prirent le nom et lilic (l'iiiiivers^ili'.

Par les choses par moi ci-dessus déduites, je vois aux règnes de Louis le Gros et Louis le Jeune, sou fils, un commencement d'écoles dedans Paris; et sous celui de Philippe-Auguste, (lis de Louis le Jeune, le nom et titre d'université y être planté. Louis le Jeune fut après le décès de Louis le Gros, son père, appelé à la couronne, l'an 1 137, et mourut l'an 1 180. Alexandre III« fut fait pape l'an 1159, et décéda l'an 1 181 : pendant tout lequel entrejet de temps souvenez-vous qu'il n'y avait aucune ville en ce royaume qui portât nom et titre d'université . ains étaient seulement préparatifs de ce que nous avons depuis appelé université. Le pape Alexandre IIP eut pour successeurs I ucius, Urbain, Célestiu IIF, Innocent, Honoré IIP et Grégoire IX*^ " : dont je ferai ci-après mon profit, selon que les occasions se présenteront. De tous lesquels le premier auquel vous commencez de reconnaître particulièrement les études qui commençaient de s'exercer dedans Paris , vous le trouve/, en un écrit de Célestin, depuis inséré dedans les Décrétales de Grégoire IX*^ : in cap. Quod clerici. De fora compet. Lorl. Mandamus , quatemis si quas causas pecuniarias clerici Pnrisius commorantes habent contra aliquos, vel aliqui contra illos, ipsas Jure canonico decidatis. Voilà un privilège exprès que le pape Gélestin leur baille : qui montre qu'ils com-

<.'e»t le cliap. \U du liv. IN. lice : I luiii.s 111, Lrl.aJii 111, liié

Cette listedcssucccssrur.sd'Al<]iun «niie \ Il I , (Icniciit 111 , Célestin 111, 111 est iiitumplftei la voici recii- hinutciil III, llonoiius 111, (jrégoiie l-\.

f.')2 BECHEKCHES

iiieiicaient de faire corps général d'étude. Nulle mention d'université; niais Innocent IIF, son successeur immédiat, qui fui fait pape eu l'année 1198 et mourut l'an 1216', voulut suppléer ce défaut par un autre écrit par lui décerné, pareillement dep:iis couché dedans les Décrétales recueillies par l'autorité de (irégoire : in cap. Qux de procurât. Ext. Quia in causis qux pro vobis et contra vos moventur, vestra unicersilas ad agendum et respondendum commode interesse non potest, postulastis a nobis ut procuratorem instituere super hoc vob's de nostra permissions liceret. Licet igitur de Jure communi hocfacerenon valeatis , instituendi tamen procuratorem super /lis auctorHate prœsentium vobis concedimus facultatem. Philippe-Auguste fut roi l'an 1180, et mourut l'an 1223; Innocent fut fait pape l'an 1198, et mourut !'an 1216 : donc sous son règne fut faite expresse mention de cette université , dout auparavant je n'en trouve nulle.

Aussi est-ce lui qui, premier de tous nos autres rois, donna ordre de faire paver la ville de Paris, et signamment de la ceindre de murailles, depuis la Tournelle jusque vers l'autre part de la rivière , comme nous apprenons de Rigord ^ , qui est l'endroit de la ville que depuis nous appelâmes université ^\ aussi trouvons-nous en ses archives-lettres de lui, de l'a^i 1200, dans lesquelles vous ne trouverez pas le mot d'université y être porté, ains la valeur d'icelui : car comme ainsi fut que cinq écoliers de Paris eussent été occis par quelques matois et hommes malgissants 4 , et que Thomas, prévôt de Paris, se fut nonchalamtnent porté à la vindicte publique de ce délit , il en fut démis de sa charge. Et par les mêmes lettres , le roi défend à ses juges de prendre juridiction des délits communs qui seraient commis par les écoliers de Paris , dont il veut la connaissance appartenir à l'évêque, ains seulement qu'ils connaissent des

1 Les éditions antérieures portent ^ Ce membre de phrase paraît , dans

fautivement 1217. Ce fut dans l'an- l'édition de 1723, être changé h toi-t ,

née 1216, comme l'asquier le dira ainsi qu'il suit : « Et c'est là l'endroit

liii-mèrae un peu plus has,qu'lnno- de cette ville , lequel depuis nous ajjpe-

cent termina le 16 juillet sa glorieuse lames université. » IJans ce chapitre la

existence, après un pontificat de même édition offre encore quelques al-

dix-huit ans et six mois. térations non motivées du texte ori-

' Voy., dans le (. V du recueil de ginal.

duChesne, la p. 31; cf. ibid., p. 52. ' Malfaileurs...

crimes atroces , qui est ce que depuis nous avons appelé cas privilégiés : Adumapud BeslUiacum ■ (porte le texte des lettres ), amio Incarnationis f'erbi millesimo ducentesimo, regninostri anno quadrageslmo primo , adstantibus in Palatin quorum nomina supposita sunt et signa. Dapifero nulle, signum Guidonis buticularii, signum Matthsei camerarii, signum Drogonis constabularii ; et au-dessous est le nom de Philippe...: qui est le premier et plus ancien titre de tous nos rois que nous trouvions concernant les privilèges de l'université de Pai'is , combien que ces mots n'y soient en paroles expresses apposés...

Quanta Rigord, je le vois par tout le discours de son histoire célébrer les écoles qui étaient à Paris. Louis, fils de Philippe , étant grandement malade , on fit une procession générale de Saint-Denis à Saint-Lazare lez ^ Paris, où les autres églises les allèrent trouver, Et infinita scholarium et populi multitudo nudis pedibus ^, porte le texte, i^ retour de la victoire obtenue par Philippe en la journée de Bovines , l'auteur récitant avec quelle joie ce prince fut accueilli parles Parisiens, il ajoute : Maxime veto scholares cum maximo quidem sumptu convivia, choros , tripudia , cantus indefesse agere non cessabant*. Et qui est la pièce de plus belle marque de cet historiographe, c'est cette-ci : In diebus illis (dit-il), studium litterarumjloi'ebat Parisius ; nec legimns lantam aliquando fuisse scholarium fréquent iam Athenis , vel yEgtjpti, vel in qualibet parte mundi, quanta locumprxdictum, studendi gratia, incolebat. Oi/od non solumjiebat propter loci illius admirabilem amœnitatem , et bonorum omnium superabundantem affhtentiam, sed eliam propter libertatem et specialem prxrogativam defensionis , quam Philippus rex et pater ejus an/e ipsum ipsis scholaribus impendebant^.

De là vient que Guillaume le Breton , parlant de cette ville de Paris, au premier livre de sa Philippîde, disait qu'elle était Doctrix totius orbis ^ ; et au dixième, parlant du retour de Phi-

' Béthisy : c'est un bourg du départe- "* Voy. T. V du recueil de du Chcsne,

nient de roise. p. 65.

'' Près... s Ibid., p. 50.

•' Voy., dans le f, V du recueil de du '■ Voy. Cette cilatiou dans la paj;c

Clicsnc, la p. 33. 138 de ce volume.

lippe à Paris, après sa grande et inespérée victoire de Bovines, et comme chacun à l'envi le congratulait :

l'raîcipue (dil-il) quos Palladiae dulcedo laborum Allicit aima sequi vit* documenta beatae ' .

Le premier des papes que je vois avoir fait mention expresse des études de Paris est Célestin IIF , ainsi que je vous ai ci-dessus coté. Ce pape siégea depuis le jour de son élection, qui fut l'an H 85, jusqu'au jour de son décès, 1198'. Entons ces passages ci-dessus cotés vous voyez être parlé des études et des écoliers de Paris sous Philippe-Auguste : nulle parole de l'université. Celui qui suppléa ce défaut fut Innocent III , successeur immédiat de Célestin, qui fut créé pape l'an 1198, et mourut l'an 1216, pendant le règne de notre Philippe, sept ans auparavant son décès. Le semblable trouverez-vous dedans Rigord, parlant de l'hérésie d'Amauri , oîi vous verrez être faite mention de l'université à cœur ouvert : Ciim igitur in hocei ab omjvbus catholicis universalUer contradiceretur, de necessitate accessit ad summum Pontificem, qui audita ejns proposi/ione et universitatis scholarium contradictione, sententiavit contra ipsum. Redit ergo Parîsius, et compelUtur ab universitate confiteri ore quod in contrarium opinio?ii sux prxdictœ senfirei .-oredico, quia corde nunquam dissensit^. En ce passage le mot d'université latin est pris en deux divers sens : le premier en ces paroles universitatis scholarium, etc., voulait dire la plus grande et meilleure part des écoliers ; au second , le mot de universitas est pris pour ce que nous avons appelé université dans Paris. Je vous représente ceci par exprès , pour vous dire qu'avant le règne de Philippe- Auguste la ville de Paris ne reconnaissait l'usage des lettres sous le nom d'université, par nous depuis tant respecté, encore que le roi Louis Vil auparavant favorisât les gens doctes. Ri-

' Non pas au dixième, mais au dou- 1191, où Célestin 111 reçut la tiare

zième livre , v. 269, 270. J Voy. la p. 50 du volume cité de du

- Le premier de ces chiffres est fort Cliesne. Cf. let. WII du flecueî'/des //iainexact. Conformément à la liste que torkns de France par I). Brial, p. 83 , nous avons rétablie pins haut , trois qui attribue ce passage, ainsi que plupapes se succédèrent sur I? siège de sieurs des précédents, à (iuillaunie le saint Pierre depuis 1185, époque delà l!re(ou , le continuateur de Rigord. mort de l.ucius lli, jusqu'à l'année

DE LA FRANCE. l-5->

gord, par le long passage que j'ai ci-dessus emprunté de lui , ditquele roi Piiilippe et Louis son père avaient honoré les écoliers étudiant à Paris de certains privilèges : toutefois vous ne trouvez en notre université titre plus ancien que celui de Philippe-Auguste.

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