‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 25 sur 82 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

Conclusion de tous les discours précédents, concernant l'Université de Paris.

Par tout ce que je vous ai ci-dessus discouru vous avez pu entendre que l'université de Paris ne prit tout d'un trait sa fondation ni grandeur, ains s'accrut petit à petit par divers moyens; qu'elle prit son premier plant en l'église de Notre- Dame, son second à celle de Saint-Victor, son troisième à Saint-Julian , son quatrième aux quatre grandes écoles de la rue au Fouerre , son cinquième aux écoles de Décret et de la INlédecine pour l'enseignement de ces deux facultés, son sixième en unes et autres ^ des particuliers , lesquelles étaient louées par les maîtres et docteurs qui avaient permission du supérieur d'enseigner. Je parlerai ci-après des collèges qui furent depuis introduits ; mais tant y a qu'auparavant leur introduction la commune police de nos études était leçons qui se faisaient publiquement à tous les écoliers s'y trouvant.

Et afin que ne pensiez que ce soit fable , cette même disciplinefut observée, sur la fin de ce temps-là, ailleurs. Dieu voulutque l'empereur Fédéric, IV de ce nom, roi des Deux-Siciles, institua pendant son règne une nouvelle université dedans Naples, ville capitale de son royaume, en laquelle vous trouverez avoir été par lui ordonné cela même qui était par nous pratiqué en cette université. Vrai qu'il y a une particularité qui n'était chez nous; car tous les sujets du royaume étaient dé fendus d'aller étudier ailleurs qu'à Naples : défenses qui ne se trouvent avoir été faites en faveur de l'université de Paris. Au demeurant, je trouve l'autre conforme àcette-ci. .Te vous co-

' i. f :>t le iliiip. viv (lu liv. IV. - M/iiivns esf sous-entendu.

IÔ6 RECIIEUCHES

pierai ici le passage que j'ai tiré de messire Pierre de Vineis ', chancelier de cet empereur, au troisième livre dese^ ÉpUrcs ' : Disponimus {dit Fédéric) apud Neapolim, amopiiissiinain clvitatem, doceri artea cnjuscumque projessionis et vigerestudia, ut jejuni et famelici doctrînarum in ipso regno iii reniant unde ipsorum aviditati satisfiat, neqne compellantur, ad investigandas scientias , peregrinas nationes expetere, nec inalienis regionibus mendicare. Et quelques pages après : J'olumus igitur et mandamus vobis omnibus qui provincias regitis, quique administrationibus prxsidctis, id hxc omnia passim et publiée proponatis et injungatis sub pœna personarum et rerum, ut nidlus scholarium , legendi causa, exire audeat extra regnum , nec infra regnum allquis addiscere audeat alibi vel docei'e; et qui de regno sunt, extra regmim, in scholis, sub pœna prxdicta eorum parentibus injungatis, ut usque festum S . Michaelis, tumproxime, revertantur. Conditiones aidem quas scholaribus concedimus erunt istse : Imprimis, quod in civitate prsedicta doctores.et magistri erunt in qualibet facidtate ; scholares aident, undecumque venerint, secure reniant ^ morando , standoet redeundo, tant in personis qiiani in rébus , nidlam sentientes in aliquo Ixsionem. Hospitium, quod melius in civitate fuerit, scholaribus locabitur, pi'o duarum unciarum auri annua pensione, nec ultra aestimatio ejus ascendet. Infra prxdictam autem summam, et usque ad illam, omnia hospitia œstiniatione locabuntur duorum civium et duorum scholarium. Et combien que l'empereur, par son édit, semblât faire commandement que les études ne fussent ouvertes aux Siciliens ailleurs qu'en l'université de Naples. toutefois par l'épître treizième du même livre il déclare n'avoir entendu y comprendre les enseignements qui se faisaient de toute ancienneté en la grammaire es villes de son obéissance : Propter quod{ dit-il ), ftdeliiati lux prœcipiendo mandamus , quatenus magistris quibuslibet qui per terras Jurisdictionis tuxjjueros in arfis grammaticx principiis edocent, nullam occasione prxdicta

I Pierre (les Vignes. Ul, 11, p. 413 de l'édit. iii-S'' de Bàle.

' Voy. L'etri de Vineis C/i/.s^ lib. VI; 15Wi.

DE LA FRANCIi. l'>7

molesHam inferas , sedparticularia eorumstudia regere sine impedimento quolibet patiaris '.

Voilà quel fut l'édit de Fédéric, auquel, en établissant lors une nouvelle université, vous ne voyez aucun établissement de collèges, ains salles générales et communes, esquelles se doivent faire lectures communes et publiques aux écoliers , à l'instar de ce qui se faisait eu l'université de Paris : cbose qui n'y est vraiment exprimée; mais tant y a que l'usage commun était tel en notre université, laquelle nous devons estimer grandement louable, d'avoir eu lors un si grand personnage que Fédéric II, qui à l'instar d'elle voulut forger sa nouvelle université.

Il naquit l'an 1194. Dès l'instant de sa naissance, à l'instigation de l'empereur Henri son père, la noblesse de Sicile lui jura le serment de fidélité et obéissance. Le père meurt en l'an 95 2; Constance, mère de ce jeune prince, se met aussitôt avec son enfant en la protection et sauvegarde du pape Innocent IIF, le plus grand pape, à mon jugement, qui fut jamais dedans Piome, tant en matière régulière que séculière (j'entends toujours excepter la sainteté de saint Pierre). Ce jeune prince, par l'avis de son protecteur, est couronné roi à trois ans, sous le gouvernement de sa mère , appelé à la conduite de l'empire en Page de vingt ans, et ores qu'en sa jeunesse toutes choses lui vinssent à souhait , toutefois venant sur l'âge il sentit plusieurs traverses desquelles il fut affligé; mêmement en la ville de Panorme, l'an 1250, surpris d'une maladie, sous ce prétexte Mainfroy, son fils bâtard, ne douta de le suffoquer avec un linge et le faire mourir : prince , au surplus, que Pandolpho CoUennicho ^ ( qui a diligemment écrit Y Histoire de JSaples ) nous pleuvit pour personnage très-accompli , tant de corps que d'esprit , qui parlait le vulgaire italien, la langue latine, allemande, française, grégeoise et sarrasine.

Je trouve l'université de INaples avoir été par lui bâtie; mais non en quel temps, quelque recherche que j'en aie faite. Mais

' Pétri de Vineis Epist., p. 415. raître en 1539 l'^tre^p de l'histoire du

' 1/empereur Henri VI, fils de Frédé- royaume de Naples, depuis son origine

rie Barberousse : il mourut non pas eu jusqu'en 1459. r.et ouvrage, écrit en

119.0, mais en 1197, empoisonné, dit-on, italien, a été fréquemment réimprimé

par sa femme. et traduit.

' l'andolplie CoUenuncio : H fit pa-

tant y a qu'étant né l'an • 1 194 et mort l'an 1250 , c'est dedans l'entrejet de ce temps , pendant lequel florissait l'univereité de Paris sans collèges, ains seulement en l'exercice des leçons (ju'elle faisait es salles publiques : tellement que, pour conclusion de ce pourparler, je veux dire que notre université avait été merveilleusement heureuse, ayant eu ce grand prince qui se régla sur son modèle, et ce prince avait été grandement sage d'avoir réglé son nouvel édit sur la police de notre université.

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