‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 28 sur 82 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Aulre plant des écoles de l'université de Paris.

La discipline qui s'observa en ces pauvres écoliers boursiers qui étaient reclus fut trouvée si bonne , que la plupart des pères et mères , envoyant leurs enfants à Paris pour étudier, les voulurent aussi loger dedans les collèges, pour éviter la débauche; et cetui est le septième ménage de notre université ^. De là vint que les collèges s'enflant d'écoliers, on fut contraint d'y faire des classes ( mot dont Quintilian usa au premier livre de ses Institutions oratoires^, au fait des jeunes écoliers ), et y avoir divers précepteurs , pour enseigner les enfants , selon le plus ou le moins de leurs capacités. Ceux-ci furent appelés régents d'un mot emprunté du concile général tenu dedans Rome , en l'ègUse de Saint-Jean de Latran, sous le pape Alexandre IIP 4; où, au chapitre dix-huitième, exhortant les archevêques et évêques de notre Église gallicane ( ainsi le trou-

' C'est le chap. xvii du Uv. IX. tribueranf, ( praecepfores ) ordinem di-

'^ C'est la septième face qu'elle prit, ccndi secundum vires iiigeniidahaiit;...

la septième organisation qu'eUe reçut : àucere \ero classe.m mulio piilclierri-

les six autres ont été exposées dans les mum. »

chapitres précédents. ^ C'est le onzième concile général : il

' ('.. 2: «('.uni pucros in cinssex dis- eut lieu «n 1179.

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vorez-vous en propres ternies ) , on y njoute : 1 1 qiiicmnque l'iri lUlerati voluerint regere studia litterarum , etc., c'està-dire , que les hommes doctes qui voudraient régir ' eleuseijçner les bonnes lettres, etc. De là nous avons non-seulemenl appelé régents ceux qui enseignaient la jeunesse en humanité et aux arts, mais aussi docteurs régents en décret, en médecine, et aux lois.

Depuis cet ordre ainsi établi , parce que les régents devaient être passés maîtres es arts, celui auquel le fondateur du collège avait donné le nom de maître pour avoir l'œil dessus tous les écoliers boursiers , fut ores appelé Magister Pxdagogus, ores /'rhicipalis Pœdagogus ; antiquité que vous recueillerez tout entière d'un article de la réformation de M. le cardinal d'Estouteville, sous le titre de Artistis : Item, mandamus etprxripimus ut qinlibet magister pxdagogus assumât sibi régentes, et quoslibet submonitores , viros bonos et graves et doctos, qui sint discipulis ad exemplum , et qui taies sint utpro mérita suarum virtutum et scient iœ revereantur a scholaribus , est entra metus et reverentia nervus scholasticx disciplinse. Et ut taies apud se habeant, volumus eisdem regentibus et suhmonitoribus, per principales pxdagogos , de competenti salaria cum victu pravideri ; nec liceat quoquamoda principali pœdagago aliquem in submonitorem accipere, a quo pensionem vel quantamcumque summam pecunix, pro suo rictu, cum. labore docendi exigat aut recipîat : nec e7iim facile est putandus idoneus, qui non sux industrie mercedem c.rpetit, sed ipsesui laboris solvit usuram. Quodsi qiiis reperiatur qui pro docendo vel regendo quidquam dederil , a regentia et omni honare facullatis arceatur.Je vous ai voulu représenter le passage, non-seulement en considération des mots dont je parle, mais beaucoup plus pour la prudence qui se trouve en cet article et en quelque autre ensuivant : Item, circa prxdictos pxdagagos et damorum principales mi ni s iras , etc., et tout d'une suite : Quia bonor'um virorum relatione comperimus nonnullos magistros régentes in arfium

' Les éiiitions de 1621 et U;33 insèienj là un sp fort nijil ;i projxis : qui se voudraient lésii'...

DE LA FRANCK. ITf

faciiltatc, ah antiquo inorc legendl et reç/endi, etc.; de tous lesquels passages vous apprenez que les souverains des collèges f-ta\entappe\ésjMagisfriPgedagogi,aut Principales Pxdagogi, et ceux qui enseignaient les enfants aux classes, tantôt Régentes, tantôt Submonitores. Et comme le temps seul donne la vogue aux paroles, aussi estseulement demeuré le mot derégent, et au principal gouverneur, celui de principal seulement.

Kt ainsi que les affaires des collèges vont , il y a trois sortes de maîtres, le superintendant de tous les autres, que nous appelons principal , les régents qui enseignent aux classes , et les autres, qui sans faire lectures publiques tiennent chambres ;i louage du principal, que l'on nomme pédagogues, parce qu'ils ont la charge et gouvernement sur quelques enfants de maison. De ces écoliers nous appelons pensionnaires ceux qui sont à la pension du principal, et caméristes • les autres qui sont nourris parleurs pédagogues. Outre ceux-là, il y a encore des écoliers qui demeurent en ville hors les collèges, qui vont ouïr les leçons d'uns et autres régents, selon que l'opinion leur en prend ou aux maîtres qui les gouvernent; les jeunes appelés martinets par nous , et les autres du nom de galoches ^ : recherche vraiment plus curieuse qu'utile, non toutefois à négliger, quand vous entendrez que cette police ne fut pas jetée en moule ni tout d'un coup par l'université, ains petit à petit jusques à nous. Bien vous dirai-je qu'elle était en usage dès le temps du roi Charles V, comme nous apprenons par les statuts du collège des Dormans, fondé par son chancelier^, dont l'un des articles était tel : que tous écoliers forains 4 pourront aller étudier en ce collège, à la charge que chacun d'eux payera par chacun an la

'( <.aniera) élèves en chambre... par une allusion maligne aux châfi

' (;e nom venait, d'après les auteurs ments que ces écoliers novices eucou-

<hi Dictwnnaire de Trévoux , t. IV, raient plus souvent que les autres, p. 394, » de ce que ces jeunes fjens, n'é- ^ jgan de Dormans, cardinal, évèquc

tant pas logés danslecollége, portaient de Beauvais et chancelier de France,

des (jaloches pour se défendre du froid donna naissance à ce collège en 1370;

et des crottes... Au reste, ajoutent les le nom de Dormans est celui d'une pe-

niênies auteurs, après avoir cité le pas- lite ville de Champagne, dont la famille

sage del'asquier, ces distinctions entre de ce cardinal était originaire : v. Ju

les différentes espèces d'étudiants se Description historique dr Paris , pav V'i-

trouvent encore, mais lesnoms ne suh- ganiol de la Force, t. V, p. 361. sistent plus. )i Ouant aux )ii(()7i>(p/s, il '(Foras) du dehors: externes, di-

I st probable qu'on les désignait ainsi rait-ou aujourd'hui.

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somme de quatre sous parisis ' pour le profit eteiitretènement du collège. Ni pour cela n'étaient lors, ni assez longtemps après, discontiuuées les leçons que l'on faisait aux grandes écoles de la rue au Fouerre , singulièrement en la philosophie, pour y passer les maîtres es arts. Mais, comme les leçons en humanité se fussent peu à peu plantées dedans les collèges , aussi firent le semblable celles de la philosophie : chose dont le cardinal d'Kstouteville, en la réforniation de notre université, se plaignait comme je vous ai ci-dessus montré : ne nous étant rien resté de cette longue ancienneté, sinon que l'on y donne encore le bonnet de maîtrise aux arts; qui était la clôture ancienne de la philosophie, en laquelle on y avait étudié. Et est advenu , en l'économie de ces collèges, ce qui advient ordinairement aux Blanques*, esquelles les bénéfices ne tombent souvent aux gens de mérite. Ainsi virent nos prédécesseurs des collèges s'être avantagés avec le temps en réputation, ores que leurs statuts originaires fussent faibles; et les autres être demeurés en friche, bien qu'ils fussent fondés en plusieurs beaux et notables statuts , de quelle marque sont les collèges de Laon , maître Gervais , Saint-Michel , Boissy, et entre ces quatre celui de maître Gervais 3. Je vous ai dit que le collège de Sorbonne est le premier et le plus ancien de tous , lequel commença d'ouvrir sa porte dès l'an 1253; et le dernier est celui des Grassins , fondé l'an 1569 par maître Pierre Grassin, conseiller au parlement de Paris ^ : cela s'appelle trois cent seize ans de l'un à l'autre.

' Le sou parisis, suÏTant le calcul de s'il y en avait quelqu'un de noir et niar

l'asquier lui-même, Recherches, VIII, que de quelque meuble en étalage, on

l.x, représentait quinze deniers tour- le gagnait; s'il n'y en avait point , on

nois : il valait le quart en sus du sou perdait son argent, et alors on disait

tournois, c'est-à-dire frappé à Tours. qu'on avait trouvé blauque ( c'est-à-

^ Aux loteries ; l'asquier lui-même dire billet blanc ). »

nous apprend ce que c'étaitqueles6/ara- 3 Sur ces collèges , la plupart dési-

i/iies, ce jeu introduit en France par gnés par le nom de leur fondateur,

les Italiens pour épuiser nos bourses, nu peut voir la Description de Paris,

Recherches, VIII , xlix. Voici de plus par l'iganiol de la Force, t. V, p. 167;

l'explication que nous eu donne Furetiè- VI, 46, 270; VU, 61.

re : « A ce jeu de hasard on achetait un '" V, ibid., t. V|, p. 48 et suiv. certain nombre de billets, dans lesquels,

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