‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 29 sur 82 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Introduction des professeurs tlii roi, autre plant des écoles de l'université de Paris -'.

Je vous ai ci dessus discouru deux diverses manières de levons qui se liient en l'université de Paris , l'une qui gisait es grandes écoles , et lors les écoliers étaient épandus par la ville avec permission de vaguer où il leur plaisait, l'autre aux collèges, dans lesquels la jeunesse fut depuis enfermée, pour y étudier. Et n'est pas certes une question petite, desavoir laquelle des deux est meilleure. La première a pour ses garants les études d'Athènes, esquelles on voyait les écoles publiques des académiciens, péripatéticiens, stoïques, épicuriens, et plusieurs autres, sous la conduite de ceux qui , par une abondance ou présomption de leur sens, se faisaient chefs de part^ en leurs sectes; que cela même fut soigneusement observé, lorsque les bonnes lettres, quittant leur séjour d'Athènes, se vinrent loger dedans Rome, spécialement sous les empereurs, et entre eux sous l'empire d'Alexandre Sévère , lequel ordonna auditoires publics 4 non-seulement à ceux qui enseignaient les arts libéraux, ains aux mécaniques^ mêmes, quand ils se trouvaiei t exceller en leurs manufactures. Et à peu dire, les anciennes villes esquelles les sciences furent en vogue n'eurent jamais connaissance des collèges , tels que nous avons dedans Paris : desquels on pourrait dire ce que disait le Déméa de Térence, que, letouthien calculé, l'âge, le temps et l'usage nous faisait souvent trouver mauvaises les choses qu'avions auparavant embrassées, et bonnes celles que vilipendions''. Que ceci se vérifie au cas qui s'offre : qu'eji l'institution de la jeunesse il n'est

' c'est le chap. xviii du liv. IX. blics ; c'est ce que rapporte Lampride

- Pour plus d'éclaircissements sur dans la vie de ce prince, v, l'édit des

cette matière, on pourra consulter le Écrivains de l'Histoire Juguste douncu

Mémoire historique et liiiéraire sur le, à Paris par Robert Etienne, in-B",

Cvltéije de France, par l'abbé Goujet , 1541, p. 273.

Paris, 3 vol in-é", 1758 ; et la Descrip- * Artisans, ouvriers...

fion de Paris, par Piganiol de la Force, *> Déméa est un personnage des Jdcl-

t. V, p. 379 et suiv. phes de Térence : la pensée que cilo

■' l'e parti... l'asquier se trouve dans l'acte \, au

' .\ssigna des salle» pour cours pu- rouinicuccnicnt de lu scène 11.

174 lîlXlIliUCHES

pas seulement question des lettres , ains des mœurs ; que celui qui est logé eu chambre par la ville peut plus aiséuient làcliec la bride à sa débauche ; partant que le conseil des pères et mères fut plus sage d'enfermer leurs enfants dedans les collèges, qui parce moyen seraient contraints de s'accoutumera l'étude, et tout d'une main imprimer l'image des bonnes mœurs en leurs âmes. Mais à quel propos tout ceci ? Non pour autre , si non pour me condamner, et vous dire que ce sont de beaux j)ropos dressés mal à propos ; car comme les affaires de notre université sont composées , nous y exerçons l'une et l'autre police : enfermant les enfants de bas âge dedans les collèges pour y étudier, et s'étant par quelques années accrus d'âge et de sa- \oir, nous les envoyons aux leçons publiques des professeurs du roi, qui est le sujet du présent chapitre , dans lequel et autres suivants, je me délibère discourir de fond en comble connue les chosesse sont pour cet égard passées et conduites jusques à hui. Nous eûmes sur nos jeunes ans un roi, François I'"^ de ce nom, zélateur des bonnes lettres, lequel le renvia non-seulement sur tous ses ancêtres, ains en rapporta le laurier. Le malheur du temps avait voulu qu'ores que l'université de Paris fût en honneur par-dessus toutes les autres de l'Europe ; toutefois on n'y connaissait la langue hébraïque que de nom , e' quant à la grecque, bien que l'on en fit quelque état, c'était plus par contenance que d'effet : car même, lorsqu'il était question de l'expliquer, cette parole courait en la bouche de plusieurs ignorants : Grxciim est, non legilur ' ; et au regard (le la latine ( exercice ordinaire des régents ), c'était un langage goffe ^ et grossier. Ce roi était, comme j'ai dit, naturellemeni adonné aux lettres, dont dès sa jeunesse ( portant le seul titre de duc d'.Vngoulême), il avait fait si belles preuves, que le gentil Balthasard de Châtillon, en son Courtisan ^, se promel-

' Du Verdier, dans la préface de sa Di- ^ Sans grâce...

ftiio/ftèi^ite, déplore la même içnorance, -^ iialdassare Castiglione, auteur du

ei rappelant cette parole qui était pas- livre // Curtegiano. le Courlisaii, ou

sée eu proverbe.On eu fait remonter l'o- l'.-trte dicortegiana, l'art devivreà la

rigiue jusqu'à François Accurse, cèle- cour: v. le liv 1^', et dans l'édit. de

lire jurisconsulte florentin , qui vivait Venise, in-S", 159.3, les f. 35 v" et 36 ;

dans le treizième siècle : V. à ce sujet cf. la traduction .française iniprimèe

\k Air moire de Goujft sur le Colli'cje en gothique , in-B" , Paris, Se rteiia.s ,

de Fraïur, t. I, p. 8. 1537 , f. 51.

DK LA FKANCE. 17.)

tail lie lui qu'etunt roi il rélablirait les bonnes lettres dedans son royaume : espérance dont il ne fut trompé; car quelques années après (jue ce prince fut arrivé à la couronne il pourpensa d'ériger un nouveau collège de doctes hommes , par les- (|uels les langues grecque et latine, ensemble les sciences, sei-aient diversement enseignées.

Je. vois quelques-uns, discourant par avis de pays ' sur cette affaire, attribuer ce nouveau ménage, les aucuns au docte (luillaume Budé seulement , les autres à messire Jean du Bellay, cardinal , et Jean Lascaris; et que par leurs avis le roi fut uiduit à ce faire. Non, il n'eut en ceci autre instigateur que soi-même : il était ( comme j'ai dit ) naturellement adonné aux lettres; aussi fut-il naturellement de soi-même inspiré à cette noble dévotion. Bien reconnaîtrai-je que depuis Budé servit (le (idèle instrument au public pour l'y maintenir. Kt afin que l'on ne pense que je parle maintenant par cœur, ains par livre, Christophe de Longueil , l'autre Cicéron de son temps , ayant sommé Budé par lettres de lui mander comme il gouvernait ses études : « elles sont ( lui répondit-il ) en friche ^ ; j'ai quitté ma maison de Marly, qui était leur séjour ordinaire, pour m'habituer à la cour et suite de mon roi. Que si je voulais maintenant reprendre la route de ma maison, l'on dirait que par une fétardise de moi ^ je serais déserteur de mon devoir envers ma patrie. Savoir pourquoi? Depuis que j'ai eu cet honneur d'haléner -i le roi, il lui est souvent advenu de déclarer publiquement, non par hasard, ains de bon sens et propos délibéré, qu'il voulait bâtir dedans Paris les villes de Rome et d'Athènes, pour v planter à bon escient la langue latine et la grecque, et tout d'une main immortaliser sa mémoire dedans la postérité \ oyant cette belle opinion née en lui , je n'ai depuis douté, en le gouvernant, delà lui ramentevoir, non une, ains plusieurs fois, selon que les occasions s'offraient. Chacun se repaît de cette belle promesse; elle court par la bouche de tous , et cha-

' C'est-à-dire au hasard , sans roii- latin, molesta, impedita. »

n 11 issance certaine des choses : V. pour -'Par ma négligence, ma noncha-

I ette locution proverbiale, le Diction- ianre ..

iinire de Trévoux, au mol Pays. ' Oc fiéqnenter, d'avoir des rapports

-' Aulrenieirt dit ; embarrassées, airè- avec... téf.v. » Ralio vilœ, lilou dans le texte

Clin par un vœu et souhait commun me remet ' la coiuhiite et tlirection de cet ouvrage, se faisant accroire que j'en étais le premier auteur. Au moyen de quoi, si maintenant je m'absentais tant soit peu de la cour sans le congé de mon maître, on m'imputerait cela à une faute inexcusable : d'autant qu"il pourrait advenir que cependant l'ardeur royale et divine du roi se tiédirait tout à fait. Quoi faisant, on dirait que j'avais sous faux gages gagné la faveur d'un prince, lequel ayant de son propre mouvement et instinct embrassé cette sainte institution , je me devais du tout dédier à l'entretenement et augmentation d'icclle. Ce que n'ayant fait, je tomberais en la maiebouche ' de tous, si tant était (ce que jà à Dieu ne plaise), que ce beau projet réussît à néant. »

A tant Budé : je me suis étudié d'habiller à la française et rendre, non mot pour mot, ains à ma guise, le sens de ce passage que j'ai extrait de la première du troisième livre de ses Lettres latines^. Et parce qu'elle porte seulement la date du mois et du jour, non de l'année, cette faute est suppléée par une autre subséquente du mois de décembre 1520, qu'il adressa à Jacques Tusan, depuis professeur du roi en la langue grecque, de laquelle le commencement est tel 4 : « .Te crois facilement ce que m'écrivez, que la promesse faite par le roi d'ériger un nouveau collège, dont je vous ai donné a\is par mes lettres, a réveillé en vous et vos semblables un désir indicible d'étude. Kt combien que depuis on n'en ait rien fait ni parlé, toutefois je ne fais aucune doute que ce nouveau projet sortira son effet tel que je souhaiterais , sinon qu'il advienne quelque désastre généralement à la France, et à moi particulièrement, et à ceux qui avec moi ont embrassé cette affaire. »

De ces deux missives je recueille, premièrement que le roi fut induit à cette noble entreprise de son propre instinct, puis entretenu en icelle par Budé et quelques autres seigneurs , et

' Les éditions précédentes des /îcf/ifc- ^ La calomnie...

cftes portent ici /jromef, ce qui ne sem- ^ v, l'édition in-l" de Paris, 1.531 ,

ble pas s'accorder avec ces mots de la Ap. Badium Ascensium, f. L.xiv v'' et

lettre orij;inale : « public;e expectatio- LXV.

iiis consensus speiquc. ad niejloclri- ^ Lett. V|n du liv. III : V. f i.A.W

napelesantioris palioeinium animi des- de l'édit. citée, tinutiouc dclulil. »

DE LA FUAINCE. 177

Unalement que ce collège n'était encore créé en l'année 1520. Les coadjuteurs de Budé furent, ainsi qu'est la connnune voix, inessire Jean du Bellay, cardinal, et Jean de Lascaris, de la famille des derniers empereurs de Constantinople.

I.a fuite du connétable de Bourbon, l'expédition en Italie pour le recouvrement du IMilanais, la prise du roi François I" , sa prison en Espagne, otages de messieurs ses enfants, allées et venues pour la négociation de sa rançon , tout cela , dis-je , fut cause de mettre en surséance ce beau dessein, jusques à ce que les affaires de France s'étant, par un traité de paix assez fâcheux, aucunement raffermies de mal en bien et de bien en mieux, le roi enfin se trouvant délivré de corps et d'esprit, revenant à son premier penser, ouvrit la porte à ce collège , non toutefois tout d'un coup, ains selon et à mesure que Budé ( sur lequel il se reposait) trouvait gens sortables pour lui présenter : sur la nomination duquel ils obtenaient leurs lettres de provision, chacun aux gages de deux cents écus, valant quarantecinq sous pour pièce '. Son premier dessein n'était, pour le fait des langues , que de la grecque et latine , comme vous voyez par le passage de Budé. Toutefois, mettant la main à l'œuvre, il y ajouta l'hébraïque '; chose dont Vultéius, qui lors avait acquis quelque nom de poëte, congratulait à la France, au secondlivre de ses Épli/ retînmes, écrivant à Etienne Dolet ;

Nunc ubi gyranasium, Schola niiiic ubi, quœso, trilinguis? Gallia nunc liabet hoc nobile Régis opiis.

' Ces traitements, il est Trai de le avait, par un long travail de quarimte-

«tire, n'existaient guère que sur le par- cinq ans, tiré de son épargne sept cents

«■liemin. Plus tard Sully promettait livres de rentes à prendre sur l'iiô'el de

aux lecteurs du roi de Varcjent; enfin viUe de Paris, dont il légua cent livres

Louis Xlll leur donna des appoiu- à un sien oncle maternel, cent autres a

lements réels : l'otj. M. Rebitté, Essai un sien neveu , enfant de sa sœur uté-

liistoi-itjue sur Guillaume Budé, in-8°, rine, et les cinci cents livres restants à

1846, p. 137 et p. 258. celui qui par son savoir se trouverait

- Les particuliers eux-mêmes par la plus digne de la chaire de matliema-

suite tondcrent sur ce modèle de niiu- tiques..,: lirave, grande et magnifique

vellescliaires, par une libéralité rf(V/Hp ordonnance, qui mérite d'être gravée

d'un roi ( roii. les tleilirrcli., I\, 19 >, en en leftres d'or au plus haut du temple

particulier Uamus : « Ce docte liomuie d'iionneur. »

(/S RlZCllKHCIIKS

Et eu quelque épigrainine suivante, qu'il iidresse au roi :

Baibiities Latfi quidquid serinx)iiis luihclianl

Abstiilerat Gntlis rnslicilate sua.

.liissisli renovare aitos, ot crescere lingiia.'*;

Te rince jus retiiiet linj^jua Laliua siiiim. Ausonias, Gr.iecas, resoiial {.jens Gallica voces,

Hebraeastjue tuo niunere docla colit.

Iliic miratnr opns lerrarnm maxinius orliis,

m loqnilur mores Barbara ferra tuos.

Civsaris Augusti cecinit niiracula Maiciis,

Aiii^uslo nobis C;psare major eris.

.lamciue Minerva snos fe pravside servat honoris,

Exsnllal Pylbo iion)iiie clara tuo.

IJarbaries contempla gémit te principe, victus

l'^xiilat impo.stor, monstraipie cuncta jacenl. Vivediu Cehx, Francisée, iioc nomine Kegem Quem primum nostro fata dedere bono; Viveiterum, atque iterum telix , iMancisce : Minerva

Ut vivas felix et moriare cupit.

lïpigramme que je vous étale tout de son long , non que j'y liouve aucun nez ; ains seulement d'autant que vous y trouvez l'établissement des trois langues en ce collège, par celui qui écrivait en ce temps-là : car ses épigrammes furent imprimée.s à Lyon, l'an 1537'.

Au demeurant, il n'y eut sous le règne de François F' qu'onze places destinées à ce noble et royal exercice , et la douzième érigée, à la postulation et requête de Cliarles cardinal de Lorraine , par le roi Henri H en faveur de Pierre Ramus, sous le titre de professeur du roi en l'oratoire et philosophie =*. El le premier de tous fut Pierre Danès, depuis évêque de Lavaur, et ambassadeur pour le roi au concile de Trente, lequel fut enterré, l'an 1577, en l'église Saint-Germain-des-Prés , aux f;uibourgs de Paris. Combien que son épitaphe le qualifie premier lecteur royal es lettres grecques (ce qui pourrait apporter quelque obscurité sur le fait de cette primauté, pour dire

' KUes sont divisées en quatre livres et son Mécène » ; par Ini il avait réel suivies (te quelques autres poésies; couvié « la liberté de la plume et iu-8'' : v., pour les passages cités, les pa- de la langue » (Orntici luihiln 1.%1 ! ■ gesUl et 114. aussi lui dédia-t-il ses rthiifiilts dF.it

■^ l.e cardinal de Lorraine était, com- ilidc. nie il le dit lui-même, «son protecteur

D\: 1,A rUANCE. 17i)

(|iril fut spuleinent le premier au tait de cette prolessioii , non (les autres ), toutefois la vérité est qu'il fut le premier de tous les autres professeurs pourvu p;ir le roi Franeois. Et voici comment : Budé, directeur de celte couipagnie , faisait singulière profession de la langue grecque, comme vous peuvent témoigner les cinq livres de ses Kpitres latines , qu'il parsème ordinairement, non d'une simple parole grégeoise, ainsi que faisait anciennement Cicéron écrivant à son bon ami Atticus , ains de douze et quinze lignes , et quelquefois d'une page entière : chose fort familièrement par lui exquise et affectée. Même composa un livre de dépédies en grec, et finalement nous lit part de ses Commentaires de la langue grecque ' . C'est pourcpioi il mit premièrement cette profession en avant, et par même moyen en fit pourvoir Danès de la première pla^e, de lecteur. Quoi que soit, nous ne lui révoquâmes jamais en doute cette primauté sur tous les autres pendant notre jeunesse ; ni même Alonantheuil, professeur du roi ancienès mathématiques, Tan 1594, après la réduction de Paris, en la harangue qu'il lit en Ihonneur des professeurs du roi , à la première ouverture de ses leçons. Kt pour ne m'éloigner du temps de leurs créations, encore en trouverez-vous quelque remarque dedans le même Vultéius par moi ci-dessus allégué, au premier livre de ses Épigrammes : où ayant dressé un épigramme^* à Budc comme porte-enseigne de cette compagnie, il en adresse tout soudain après un autre à Danès, puis à ïusan^ puis à Vatable, Oronce Fine, Stragelle^ etSilvius ^ Et y a bien grande apparence qu'il les honora tous selon l'ordre de leurs réceptions.

Cette notable compagnie, sur sou avènement et depuis, produisit diversement plusieurs personnages d'honneur ^ : en la

' Ouvrages souvent réimprimés : voy. ' Ou Sfrazel, comme Goujet écrit ?oii

particulièrement, pour le premier, l'é- nom, t. I, p. 139 du Mémoire sur le

dit. in-4° de l'aris, 1567, ap. Joannem Colli'ge de France.

Kene natum ; pour le second, l'édition •'' Ce dernier savant était d'Amiens et

donnée aussi à Paris par Robert Éticn- s'appelait du Bois; il latinisa son nom

ne, 1548, in-P. suivant le goût du temps. V. pour les

'^ On a vu tout à !'heui-e f'pfgrammc épigrammes mentionnées le liv. de

avec le féminin : ainsi il y avaitdoule Vultéius, p. 67 etsuiv.

:ilnrs pour le genre de ce mot, comme '' (tans la suite, néanmoins, elle dé-

pour celui de plusieurs autres. généra beaucoup, comme Pasquiernou»

^ On l'appelle plus ordinairement l'apprend à la fin du c. X\x et dans le

liiussaiu. c. .\'X du même livre.

f80 RECHERCHES

langue grecque, uns Danès, Tusan, Stragelle, Chéradanie , d'Aurat, lambin, Hélias ; en T hébraïque, Vatalde, jMercerus, à nous plus connu sous ce nom que sous celui de IMercier, Génébrard ; es mathématiques, Oronce , Maignan, Péua, Forcadel; en la médecine, Silvius, Goupyl, Duret^ès lettres humaines et philosophie, Gallandius, Tournebus , Regius ' , a Quercu', Charpentier, Passerai, et entre ceux-ci principalement, Tournebus ^ et Ramus : celui-là admirable, tant en la langue grecque et latine qu'en la connaissance de toute l'ancienneté, comme nous rendent certain témoignage les livres par lui intitulés Jdversaria^\ cetui-ci d'un esprit universel, comme on recueille par ses œuvres concernant tant les lettres humaines que philosophie ^ . J'ai autrefois appris de trois Allemands, gens d'honneur, qu'en plusieurs universités d'Allemagne, lorsque ceux qui sont en chaire allèguent Tournebus et Cujas, aussitôt mettent-ils la main au bonnet, pour le respect et honneur qu'ils portent à leurs mémoires; et qu'es universités qui sont sous la domination du landgrave de Hain'^ ils ont banni la philosophie d'Aristote, pour embrasser celle de Ramus , se donnant ceux qui étudient en dialectique le nom et titre de Raniistes. Entre les professeurs du roi que je vous ai ici touchés, je ne nomme point les vivants, qui trouveront dedans la postérité leurs trompettes, s'ils s'en rendent dignes.

Les troubles de notre temps, advenus sous le nom de la Ligue et sainte Union, avaient effarouché de notre université tous les écoliers vrais Français : mais le feu roi Henri le Grand, quatrième du nom, y ayant été réintégré en l'an 1594, aussi commença-elle à se repeupler; et l'an d'après, Monanlheiiil , professeur es mathématiques , ouvrant le pas à ses leçons , fit um harangue , comme j'ai dit ci-dessus , en Ihonuf^ur de tous

' Fins connu sous le nom de l,e Roi. tures,ses notes et sescorrcctionssiir un

2 Aiili-enient dit du Chesne. grand nombre d endroits de ces ccri-

^ \1 semble quele nom de Tournebus vains,

ou lurnèbe ait été par inadvertance ^ On peut consulter sur lui le Mi-

cilc une première fois. moire cité de Goujet, t. Il, p. 9 et suiv.

* Auiiombrede trente, imprimésà Ta- <■ Landgrof, provincife prHfectus :

ris en 1580 : c'est un recueil précieux ou ici d'ailleurs il faut lire l.andgrave de

l'auteur rapporte tout cequ'il a trouvé Hesse, comme le remarque liajle,

de bon, en parcouraut divers écrivain.s dans son liirtioiituiiie liixtui UjUP , Hnt-

anciens et modernes, avec ses conjec- lerdam , 1715, in-f», t. III, p. 3i'.j

1)1- l,A 1 KAMiR. ISJ

les proressf'urs du roi, (|ui avaienl toujours etti diversenieiiL (^pars par la ville. Ayaul d'un couiinuii concours ciioisi le collège de Cand)rai, nondnil de i'iniiversitc , pour y l'aire gratuitement leurs leçons publiques, collège ciuluc et antique, cela fut cause que cet iionnete homme , en sa harangue, souhaita que nos rois voulussent honorer cette compagnie d'un nouveau collège : souhait qui depuis a sorti effet , parce que le <locte cardinal du Perron moyenna cet ouvrage envgrs notre Henri IV ', duquel il ètaitgrand aumônier; et par son conseil .fut arrêté que des deux collèges de Cambrai et Trèguier, qui s'attouchaient, en serait fait un : lequel, sons la conduite de lui, a ètè commencé d'un si superbe arroi, qu'étant parachexe il ne trouvera son pareil en toute l'Europe '.

Il y avait au collège de Sorbonne, d'une bien longue ancienneté, deux bacheliers en théologie, qui enseignaient sans g.iges la théologie. Ramus, dedans les remontrances qu'il fit au roi Charles IX'', quelque peu auparavant nos troubles de l'an t.')01 , le supplia très-humblement qu'il lui pli'it appointer de bons gages non des simples bacheliers, ait»s deux docteurs (pii seraient tirés des plus doctes théologiens, dont l'un enseignerait les saintes lettres en hébreu, et l'autre en grec. Cette requête fut un souhait pendu au croc, jusques à ce que, Henri le Grand étant rentré dedans Paris , le même cardinal du Perron, étant lors seulement èvêque d'Évreux, obtint de lui que pour cet effet il y aurait deux chaires en la Sorbonne , aux gages de trois cents ecus; et qu'en celle de la matinée serait faite une leçon de la théologie contemplative , et en celle de l'apres-dinée, de la morale. VA sur la nomination faite par ce docte prélat, fut donnée la matinée à Duval , et l'après-dînèe à Gamache , tous deux superlatifs en ce sujet ; et voulut qu'avenant

I Ufiiri |V, jicconipagné (le Sully et l'raiice. En voyant s'élever ce liâtimeiit

(lu président (le Thou, vint, peu de Pasquier commen(;ait toutefois à crain-

temps avant .sa mort, reeonnaitre le dre, nous dit-il avec une remariiuabl»-

terrain, et ,se fit .soumettre le plan de énergie, « que ce fût un corps sans âme

l'édifice, où il se proposait (le réunir aux et un magnifique collège de pierres, au

salles construites pour les cours publics lieu de celui qui aval tété premièrement

un emplacement destiné à recevoir la bfiti en hommes par le roi François: »

bibliothèque du roi: mais ce fut le jeune ^,ecll.^\X, 20.

Louis XIII, alors âgé de neuf an.s, qui ^ Cf. Félibien , Histoire de Paris,

posa la première pierre du Collège de livre XIX, t. 11, p. 985-987.

ŒU\. D'ÉT. P,\bQ(Jll:R. — '1. II. 16

182 RKCHEECHES

la mort de l'un d'eux, il fût procédé par le commandement de révéquede Paris à nouvelle élection , sans brigues, appelés tous les docteurs de la Sorbonne, et les deux plus anciens du collège de Navarre : lettres en forme de cbartres, du mois de juin 1597, vérifiées au parlement le buitième d'août, et en la cbambre des comptes le quinzième septembre ensuivant.

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