‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 30 sur 82 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

Chancelier de l'Uiiiversilé.

Ce chapitre, concernant les magistrats, semblait avoir du ctre mis soudain après la création de l'université; mais tout ainsi que je l'ai principalement dédié à ceux qui font profession des arts et de la pbilosophie, que j'ai mis au quatrième lieu de nos facultés ^, suivant en ceci l'avis du cardinal d'Estouteville ; aussi, voulant parler du recteur et de sa suite , fondement de cette quatrième faculté, je parlerai auparavant de l'autre magistrat, que nous appelons cbancelier; car en autre lien plus commode ne pourrai-je le faire.

Or, combien que sous le règne de Louis Vil le nom de l'université ne fût en usage, et n'eût pris les plis dont elle fut depuis honorée , si est-ce que dès lors on commença d'avoir quelque image de magistrature en l'église de Paris, pour la direction des écoles, chose que je recueille d'Abélard, lequel, récitant combien d'un côté il était favorisé de la commune des écoliers, et d'un autre disgracié de plusieurs prélats, jaloux du grand nom qu'il avait acquis , et comme il s'était rendu religieux profès en l'abbaye de Saint-I)enis , dit ainsi : Cnm autern in divina Scriptura non minorem gratiam quant m .sxculari mihi Dominus contulisset, cœperunt admodum scholx nostrx multiplicari ex xdraque lectione , et cseterx omnes vehementer attenuari; unde magistrorum invidiamatque odium adversum me conci/iavi, qui in omnibus qusc poterajït mihi

' C'est le rliai). X.\I du liv. I\ la soiiliennent , sur les quatre faeultés

-' « Notre université, il (lit Pas(|iner, de lliéologie, décret, niédeeiiie et des est assise sur quatre furts pilulis fjui arts» : v. Ilrrheirlws, l\, V).

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dcrogaules , d/io pnecipi/e absenti mi/ii objich'bcvd : quod acUicet proijosilo monachi valde s'd contrarium sxcularium librorum studio detmeri, et quod sine magistro ad rnaçjisteritim divirnc lectionis accedere prxsiimpsissem , ut sic inde omne mihi doctrinsc, sxcularis exercifium interdiceretur ; ad quod incessante) archiej)iscopos, episcopos, abbates et quaseumque personas religiosas excitabant.

Abélard, qui lors était religieux de Saint-Deuis, se douuait par ce passage tout jeu qu'il lui plaisait, pour faire tomber Ittort sur ceux qu'il disait être ses malveillants , lesquels empêchaient ses lectures , rejetant sur une envie ce qui était , selon mon jugement , de la raison : car de dire qu'on lui eût voulu imputer à faute qu'il s'était fait grand théologien de soi-même et sans ministère d'autrui,Je pense que ce lui eût été grand honneur, moyemiant que sa doctrine ne se fût écartée du vrai chemin. C'est pojirquoi je tire de ce passage deux notables anciennetés : la première, qu'ores que sur l'avènement de notre université le religieux pût faire lectures tant en lettres humaines que divines (car ainsi lé" voyons-nous avoir été fait par Guillaume de Champeaux au monastère Saint-Victor, comme aussi par Pierre Abélard ), toutefois dès lors on commença d'y vouloir mettre quelque bride , et fut par progrès de temps ordonné et religieusement observé en l'université de Paris que nul religieux ne montât en chaire pour enseigner les lettres humaines; et quant à la seconde, elle n'était pas moindre , ains paraventure plus recommandabie que la première : car comme ainsi fût que sur la première ouverture de nos écoles, il fût loisible à tous ceux qui avaient quelque assurance de leur suffisance , d'entrer eu chaire avec la permission de l'évéque, si est-ce que puis après on y apporta cette discipline, qu'il n'était permis à aucun de lire en la théologie qu'il n'eût été préalablement avoué par un maître qui avait charge de cet affaire' parle supérieur; et c'est ce que veulent dire ces mots , Qiiod sine magistro ad magistei ium divinx lectionis accedere pru'suiapsissel. Et de là sont depuis venus les érections et établissements des docteurs en théologie : police par

' Substantif employé le plus souvent alors avec le ^cnrc masculin: v. Nicot.

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laquelle étaient faites défenses, pour la conséquence et le darigei- (|u'il y avait de mettre ce glaive entre les mains d'un furieux, pour s'en jouer; comme de fait il advint en la personne même d'Abélard , qui, pour se fier trop à l'abondance de son sens, fit un livre par leqiiel il soutenait que la vraie foi ne pouvait résider en nous , sinon étant vérifiée par boiuies et valables raisons : livre qui fut depuis condamné par le jugement du concile tenu à Soissons.

Far ce que je vous ai ci-dessus déduit vous voyez que ces défenses étaient faites expressément pour le fait de la tliéologie; et y a bien grande apparence que ce fut par un cbanoine, qui auparavant tenait le lieu de tbéologal. Mais connue l'université fut depuis divisée eu deux , les uns étudiants eu la tliéologie en la grande église, les autres es arts et pliilosopbie en celle de Saint-Julian ; aussi la nécessité des temps produisit en eux deux <livers magistrats : celui de cbancelier en la grande église, qui se donna avec le temps l'œil sur les quatre facultés, mais singulièrement sur celle de tliéologie, comme étant le fond de sa première et originaire institution ; et l'autre , le recteur.

I^t tout ainsi qu'en la grande église ( premières écoles ) le cliancelierpritsapremière naissance, aussi cellede Saint- Victor, qui la secondait en ce noble exercice des lettres, en produisit avecle temps un autre ; et voici comment : T/église Saint-Pierre et Saint-Paul , fondée par le roi Clovis, depuis nommée Sainte- Geneviève, était sur son commencement servie par cbanoines séculiers, eiitre lesquels la débaucbe extraordinaire s' étant logée, le roi Loujs VII'" les en extermina ' par l'avis etentremisc. de Suger, abbé de Saint-Denis, et y mit en leur lieu douze cbanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, tirés de l'abbaye Saint-Victor. Or est-il que l'université croissant à vue d'œil là part ^ où nous la voyons assise, le roi Pbilippe- Auguste la lit clore de murailles : dedans le pourpris et alignement de laquelle fut comprise l'église Sainte-Geneviève, à qui J'on donna quelque temps après un cbancelier, comme nouvelle peuplade de celle de Saint-Victor, laquelle ne fut bonorée

Ml'es) Ip sens dri latin rxicnnhiiii)!: - A l'cnUroit.,.

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de cette dignité d'autant que son malheur avait voulu qu'elle fût demeurée l)ors les murs. Création qui apporta depuis diverses jalousies entre les deux chanceliers, celui de Notre-Dame ne voulant avoir compagnon ; et l'autre, nul supérieur : de manière que le pape Grégoire X délégua , en Tan 1271, l'ahhé de Saint-Jean-des-Vignes et l'archidiacre de Soissons pour les régler. Kt se passèrent les affaires de cette façon ; que tout ainsi que l'église Notre-Dame passe sans comparaison celle de Saint- Victor, aussi est demeurée au chancelier de Notre-Dame la faculté et puissance de créer lui seul les docteurs de théologie, décret, et de médecine, aprèsquelesactes ordinairesy ont passé ; et quant aux maîtres es arts , à l'un ou l'autre chancelier, selou le choix qui en est fait par celui qui veut prendre sa licence. Le chancelier de Notre-Dame est celui auquel le pape Innocent IV adressa, du consentement du roi, sa commission, pour mettre taux aux loyers des chambres, et bannir la supercherie que les propriétaires exerçaient contre les écoliers locataires, comme il sera déduit en sou lieu ; chancelier (dis-je), auquel le cardinal d'Estouteville , légat en France, dedans sa réformation, permet d'absoudre du lien d'excommunication, en certain ■ cas, lorsque Ton serait en l'article de la mort , Jqua non possint absolvi ( porte le texte ^ a cancellario parisiensi, pni'Icrquam in mort'ts articula; lui qui , des membres de l'université, fut particulièrement appelé à la réformation d'icells par les cardinaux de Saint-Marc et Saiut-jMarlin-aux-i\îouts, et eu celle du cardinal d'Estouteville ; en la première un Boniface, en la seconde un Cibolle, tous deux chanceliers. Et à peu 'dire, toutes les bulles qui s'adressent de Rome au chancelier s'entendent au chancelier resséant à Notre-Dame, étant conçues sous cette adresse : Dilecto Jitio cancellario parisiensi salutem et apostolicam benedictionem ; et à l'autre : Dileclo filio sanctx Genovefœ : reconnaissant taisiblement par cela le premier avoir plus de part en l'université que le second.

Il y a bulles du pape Grégoire X*^^ par lesquelles il ordonne que le chancelier de l'université élu jurera es mains de l'évéque et chapitre de l'église : Quod ad reijinien thcolofjix et docto-

' Duus iiu cas deleiminc...

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riun , bona Jîde , secundum con.sclenliam suam, loco e( lempore, secundum statum cirltatts , et /lonorem, hoiiestatein facuUatum dictarum, non nisi dignis licentiam largietiir , vec admittet indignum. Et plusieurs lignes après : Magistri rero theologiae, et decretorum, quando incipient légère , prsestabiint publice juramenfum , qnod super prœmlssis fidèle testimonhan perhibebunt. Et peu après : Dephysicis aufem,, et artistis , ac aliis, cancellarius bona Jîde promiltet examinare magistros\ et non nisi dignos admittens, indignos remit f et. Vous voyez là le chancelier avoir toute connaissance sur les quatre facultés.

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