CHAPITRE LX1V
Que nos Rois ont eu, sur tous autres, bonne part en la création et (ti rection des Universités de France, et que de toute ancienneté ils ont qualifié l'Université de Paris leur fdle.
Ne pensez pas, je vous supplie, que par le précédent cha- |)itre je voi^| aie déduit que nos rois s'étaient attribué 4 connaissance sur la réformation de nos universités : car, ôtée la ville de Paris , dont nous ne voyons point de titre exprès de son origine , toutes les autres doivent leurs créations et fondations à nos rois ^, ainsi que je vous vérifierai ci-après par le discours de ce mien livre ; et pour demeurer aux termes de l'université de Paris , qui est mon présent sujet, le plus ancien passage auquel je trouve être faite mention d'icelle est du pape Célestiu III, au chap. Çuod Clerici. De fora compet. Ext. Nous ne voyons point la date de cette constitution décrétale; mais il mourut l'an 1192^ : donc notre université était auparavant ce temps, et de nom et d'effet, en essence. ISous eûmes une ordonnance faite l'an 1200 par notre Philippe-Auguste concernant le règlement de cette université, (|ui est la plus ancienne de toutes celles que j'ai vues : entre le temps de la décrétale et de cette ordonnance il n'y a pas grand entrejet. Davantage , tout ainsi qu'en cette université il y a un conservateur apostolique, aussi y en a-il un royal, pour
' Ou nia/ie«()(;, bandit, pillard : Foi/. Pasquier, dans le chap. 37 du mènic
5urceniot le Dictionnaire Étymologique liv., « fut un ouvrage du roi Henri VI,
tte Ménage. roi de France et d';\ngleterre. » Ce
^ Et bien plus... jeune prince, qui reçut ce double ti-
3 C'est lechap. jcxvi du liv. IX. tre à l'âge de moins de dix mois, en
* Sans raison, sans juste droit , tdul- 1122, la fonda en 1431 : elle fut deil suppléer ici , pour compléter le sens, puis confirmée en 1450par Charles VU.
* Exceptez toutefois encore l'iinivcr- >• Successeur de Clément III en 1191, silé de f'.acn , dont il a été déjà ques- Célestiu III uemourul qu'en II'JS. tiou , I.N , ô , et qui , conune Ir répète
connaître des dilïérends des suppôts de l'université : vrai qu'en l'apostolique encore y a-il une restriction, que le suppôt ne peut faire citer sa partie adverse, resséaut ' outre les (|uatre diètes =* de la juridiction de l'apostolique ; mais, en vertu d'une commission du conservateur royal, il peut appeler de toutes parts , quand c'est en et au dedans du parlement de Paris. Belles certes et aobles jalousies entre deux grandes dignités ! Que l'Église prétendant être la mère, nos rois prétendent être les pères; non qu'elle ait pris sa naissance de l'empereur Charlemagne, connne j'ai dit ailleurs^, ains d'autant (|ue l'Kglise lui donnait son être, et la majesté de nos rois son bien-être : chose que ne trouverez étrange quand vous considérerez que dès et depuis le règne de Clovis, pren^er roi clirélien des nôtres, nos rois estimèrent leur couronne avoir telle part aux affaires de l'Kglise, que c'étaient choses inséparables. Ainsi, sous cette première famille, avant que les maires du palais se fussent, sous le masque de leur dignité , impatronisés de l'État, les conciles tenus en la France étaient la plupart du temps ouverts par le commandement de nos rois , lesquels de fois à autres y assistaient. Et combien que sous la seconde lignée Pépin eût été proclamé roi de France par l'avis du pape Zacharie , toutefois avec tout l'honneur et soumission que lui et ses successeurs portèrent au saint-siége, ils ne déchurent de l'ancien privilège de leurs devanciers tant que la puissance royale fut vraiment par eux exercée. Ktqui fait grandement à noter, c'est que nous avons un canon d'un concile national tenu en ce temps-là dedans Paris , rapporté par Gratian, dedans son Décret 4, sous ces mots, Prin-
' Domicilié, résidant: Rcsséanlir, deflécrei, et qui paruten 1151, fsl une
c'était, îiii propre, l'aire sa résidence compilation on se trouvent rénni.s des
dans un lieu que l'on ne pouvait quit- textes de l'écriture sainte, le.s canons
ter sans le consentement de sou sei- dits des apôtres et ceux d'environ cent
gneur. OuJre, qui suit, veut dire eu cinq conciles, les décrétales des papes,
(.lehors, au delà de. des extraits de plusieurs pères et i-u-
' Dièle , en style de cliancellerie ro- tenrs ecclésiastiques, des capitulairf>.
m aine , désignait le chemin que l'on de nos rois, etc. Gratien avait intitulé
pouvait faire eu un jour, c'est-àdirc son livre Concordia discordait littm ni -
viiipt mille pas ou prés de dix lieues, nonum-y parcequ'il s'y attache en effet,
' V. t. \'' de cette édil. |i. 111. avec un savoir et une critique lièsre-
' l/ouvr,i};p auquel ce ranonistc dut niaripiahles pour l'époiiucoii il vivait,
siutout sa célébrité , connu sous le nom à concilier, soit jiar 1 autorité, suit pai
DE LA fRAKCE. 199
cipes sxculi , par lequel il fut conclu (jue les rois et princes séculiers devaient et pouvaient avoir l'œil sur la discipline ecclésiastique ; constitution canonique non faite à autre fin qu'en l'honneur de celui qui commandait souverainement en ce royaume : auquel nous voyons , mémeinent sous la troisième lignée, nos rois avoir eu tellement leurs cœurs à l'Église , qu'en plusieurs églises cathédrales et collégiales il y a une préhende inséparahlement affectée à leur couronne ; et non-seulement leurs cours de parlement souveraines être miparties de conseillers clercs et séculiers , mais en outre les premières et plus grandes dignités de France , comme furent les magistratures de nos pairs, qui étaient de six pairs clercs, les uns archevêques, autres évêques, et les six autres lais, trois ducs et trois comtes. Tout de celte même façon veux-je dire l'université de Paris être un corps mixte, grandement redevable à l'Église, mais non moins à nos rois, qui en ont été non-seulement tuteurs, fauteurs et protecteurs, mais aussi l'ont intitulée de ce mot de fille , comme ayant été par eux créée. JMaitre Jean Gerson, prêchant l'an 1415, la veille de Pâ^ (]ues fleuries ', devant les prélats qui étaient au concile de Constance, parlant de l'université de Paris : Celeberrima Parisiensis universitas (dit-il), cuUrix et amotrix eor'um omnium qiise christianx religionis pielatem, qiise sanam doctriiiam respiciunt, ipsa ad exemptai' christianissimi Francorum régis, patris sid dixjnissimi, etc. Tout de cette même façon trouve-l'on dedans ses œuvres une épître adressée au roi Charles VI, sous le nom de l'université de Paris, par laquelle elle le supplie très-humblement, comme sa fille, vouloir exaucer ses défenses contre les fausses imputations de ruiiiversité de Tholose. Si cette qualité ne lui eût été d'une longue main acquise, ce grand personnage eut été merveilleusement impudent de la lui bailler; comme aussi ne la fautil révoquer en doute, par l'ordonnance du roi Charles \\ du 18 mai 1366 : Quamvis de jure nostro regio, pedagior/iiii' cl immimitalum ad nos et forum nosfriim spectet et
11- i.iisiiiiii(iiiciit,'lfscunuiis ■nii se Clin- ' frétait le (Uiiianclie des riainraiix.
lieilisciit. ' l'edaijiuiH désignait un tribut, une
speclare dignoscatiir, tcuneu JUlx noalrK universUati ParisleHsicoiicediiniis, quod conseroafor prioi/egiorum de priEmissis cognoscat, etc. Gerson vivait sous le règne de Charles VI, duquel nous voyons deux lettres patentes, l'une de l'an 1383, sur la conservation des privilèges de l'université : si donnons en mandement ( portent-elles ) à nos féaux conseillers, sur le fait des aides ' ordonnées pour la guerre, que notre très-chère ettrès-amée fille l'université de Paris, les recteurs, maîtres, bacheliers , écoliers , lisant et étudiant , etc. ; l'autre de l'an 1391 , aux gens tenant l'échiquier de Rouen , dont les mots sont tels : notre amée fille l'université de Paris, etc. I^éfenses aux officiers de Normandie de connaître des causes des écoliers et suppôts de ladite université , ni les troubler en leurs privilèges.
Charles VIII, par autres lettres de l'an 1488 portant même confirmation, l'appelle pareillement sa très-chère et très-amée fille. I,e semblable fait le roi Louis XII, par son édit donné a Blois, le 9 avril 1513. Kt le roi François, I" de ce nom, par ,son édit du mois d'avril 1515, l'appelle non-seulement sa très-chère et très-amée, mais aussi sa fille première aînée ^ ; et fait encore le semblable par autre édit du 5 juin 1543. Rt son fils Henri , IF du nom , suit ses mêmes traces par son édit fait à Fontainebleau au mois de septembre 1547, et par autre du mois de mars 1554. Henri : etc. ; « combien que les maîtres principaux des collèges, nos lecteurs ordinaires et précepteurs de notre très-chère et très-amée fille aînée l'université de Paris... » Et afin que je ne»m'éloigne de ce qui s'est passé par mes mains, quand en l'an 1564 je plaidai la cause de l'université de Paris contre les jésuistes (depuis appelés jésuites), maître Pierre Versoris, leur avocat, ayant ou par mégarde ou peut-être par artifice occupé le barreau des pairs (qui est du côté des conseillers lais), pour y faire sa propo.sition et demande pour faire incorporer ses parties au corps de l'u-
redevjiiice ; de là péage : Voy. sur ce ' Ainsi portent les divi'rses édilions ;
mot lliiC.anKe, GInssarium merl'ui: et mais ne faudrait-il pas lire plutôt /»■«-
infitiue laliriiliitis , I. V, roi. 322. tiiièri' ni'e (à rcx('m|ilcd» laliii juimo-
' liiipnsitinns : r'rliiient K'sroiitrilui- 'jenilui)!
tiens par lesquelles on nidnH le roi '
niversité de Paris, je m'arrêtai de propos délibéré contre lui, et soutins que c'était la place de l'université de Paris, lille aîuée du roi. Et comme il eut fait quelque instance au contraire, et soutenu qu'il pouvait plaider eu ce même lieu, M. de ïhou, premier président, après nous avoir ouïs d'une part et d'autre, en communiqua à tous messieurs les conseillers au conseil ; et par arrêt donné par jugement contredit, il fut ordonné que Versoris désemparerait ce barreau ; et le lairrait à l'université, tout ainsi comme es causes des pairs. Ce fut notre première démarche; et ne me repentirai jamais de croire que les premières études en ' sont dues à l'Église, mais la création d'université à nos rois , puisqu'ils s'en disent les pères et l'appellent pour leur fille aînée : aussi est-ce la vérité que c'est la première et plus ancienne de toutes les universités de la France.