‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 38 sur 82 · LETTRE VII · texte numérisé non relu

LETTRE VII

A M. de Fonssomme , gentilhomme vermandois. Commencement des troubles de la France.

Je vous raconte une métamorphose fort bizarre : l'empereur Charles , qui tout le temps de sa vie avait fait vœu et profession adrairahle des armes, s'est depuis quelques mois en çà contîné en une religion, où il mène vie solitaire, s'étant démis de tous ses royaumes et pays, sur le roi Philippe son fils; en contre-échange, le pape, qui dès le temps de sa jeunesse avait fait contenance d'une religion frès-austère, et qui (comme l'on dit) avait introduit en l'Italie l'ordre des théatins, est devenu nouveau gendarme, soudain qu'il a été appelé à la papauté'. Le capitaine Caraffe, son neveu, a étépar lui fait cardinal, lequel il a envoyé soudain après par deçà pour apporter au roi, non les clefs de saint Pierre, afin de nous ouvrir la porte de paradis, ains l'épée de saint Paul. Vous estimez que je me moque. Il a fait voirement^ présent au roi d'une fort riche épée; et quand et quand '' Ta convié au recouvrement de l'État de Naples, qui est le jouet des |)apes et amusoir des princes étrangers. Ce n'est pas cela qui le pique, ains l'envie qu'il a de réintégrer les siens dans les biens de Melfe , dont ils ont été dès pieçà '■" spoliés par l'empereur. Il promet de fournir gens et argent à cette entreprise. MM. de la maison de Guise tiennent la main à cette nouvelle légation , comme ayant , ce leur semble, part à la querelle. Que vous dirai-je plus ? M. de Guise est destiné lieutenant général du roi pour ce voyage : toute la fleur de la noblesse de France se prépare à sa suite. Chacun y court à l'envi : M. le connétable seul ne s'en peut résoudre , et dit haut et clair que nous irons tous à cheval, pour nous en revenir à pied. On se moque de sa philosophie, qui n'est pas peut-être vaine ; parce que je ne vois point que rilalienous ait servi d'autre chose que de tombeau, quand nous l'avons voulu envahir. Ceux qui nous facilitent du commencement le chemin pour la commodité de leurs affaires saignent après du

' C'est la lettre !■'« du liv. IV. Tout alors âgé de soixante-dix-neuf ans; il

ce livre, consacré au récit des affaires mourut à quatre-vingt-quatre,

publiques, est fort important. ^ Réellement : il est certain qu'il a

-' Jean Pierre Caraffa, ancieu cvèque fait...

de Tbeata (f.liieti), devenu p^pe .sous * En même temps. .

le nom de Paul IV, en lôô9 ; il rtait ^ Depuis longtemps...

nez. lis sont bien aises de nieltrc les choses en désordre, pour parvenir à une bonne paix avec ceux qui les affligeaient. S'ils voient un heureux succès en nous, les potentats se liguent ensemblenoent, ne voulant pas aisément permettre qu'un grand roi de France , proche voisin de l'Italie, y mette le pied. Bref, tout ce nouveau conseil ne nous promet rien de bon, que celui qui , comme chef de l'Église, dut être le premier père de la paix, soit le premier auteur et promoteur des guerres entre les princes chrétiens. Toutes et quantes fois qu'en l'Église saint Pierre a pris le glaive, Dieu atout aussitôt làehé la bride aux schismes et hérésies. Suspendons notre jugement jusques à ce que nous voyions quelle sera la catastrophe de ce beau jeu. Je ne faudra! ' de vous mander comme les choses se passeront, quand j'aurai messager en main. Écrivez-moi, s'il vous i^lait, quel jugement on en fait à Bâle; et si ce nouveau remuement de ménage ne met point la seigneurie de Berne en cervelle 2. Adieu.

LETTRIi VIII 3.

A M. de Fonssomme, gentilhomme vcrmandois.

M. de Guise retourne en cour, ligué avec le connétable et le maréchal de Saint-André.

M. de Guise, après avoir reçu les lettres du roi de Navarre, a rebroussé son chemin en cour ; et à son retour, passant par la ville de Vassy, les siens, prétendant avoir reçu quelque injure par les autres, ont fait passer pliîsieurs au fil de l'épée, lorsqu'ils vaquaient à l'exercice deleur religion ^. Bèze en a voulu faire instance : mais silence lui a été imposé par le roi de Navarre ^. Quelques jours après, M. de Guise est arrivé dans Paris, côtoyé des connétable et

' Ferai pas faute, manquerai pas... et les Mémoires de Castelnau , III, 7,

- En éitioi : voy. plus liant le sens de avec les Additions, On n'oubliera pas,

cette expression, p. 228, n. 1. du reste, que jusque sur son lit de

' C'est la lettre 15 du liv. IV. Cf. les mort le duc de Guise a déclaré que le

Discours poliliijiies et militaires de La conflit qui s'éleva entre sa suite et les

Noue, Bâle, in-4", 1587, p. 545 et suiv. réformésavait été purement accidentel.

' Sur ce massacre de Vassy , arrivé = C'est alors que de Bèze lui dit licrc-

<'n février 15t)2, et qui fut, suivant l'ex- ment: «Je parle pour une religion

pression du président de Thou, le pre- qui sait mieux supporter les injures

mier son de la trompette , donnant le que les repousser ; et souvenez-vous,

signal des guerres civiles, on peut voir, sire, que c'est une enclume qui a déjà

entre beaucoup de relations du temps, usé bien des marteaux. » les Mrmoirei de Cnndé, t. 1 1 1, p. 1 11-1 10,

maréchal de Saint André, avec une grande troupe de gendarmes. Il a été reçu magnitiquement et avec un grand appareil par les Parisiens,: le prévôt des marchands et les échevins sont allés audevant de lui pour le bienveigaer>. Ce même jour le prince de Condé, qui était en la ville, est allé au prêche avec grande compagnie, en une maison des faubourgs Saint-Jacques que l'on appelle Jérusalem ; deux jours après est arrivé le roi de Navarre, et le lendemain, jour de Pâques fleuries, a été faite une procession générale , où il était : qui a donné quelque assurance au peuple de voir rétablir les choses en leur ancien état. Pour cela, les ministres ne laissent de prêcher. C'est un vrai chaos et confusion : toutes sortes de gens, tant de l'un que de l'autre parti, s'assemblent dans la ville, leurs chefs et principaux capitaines y étant; les coups de pistolet et canon nous servent de carillon ». Les armes nous ont été rendues, lesquelles peu auparavant avaient été portées en l'hôtel de ville, parle commandement du prince de la Roche-sur-Yon' . Quelque peu après , il a été capitulé entre ces seigneurs que le primce de Condé viderait le premier de la ville pour éviter aux séditions, et que le lendemain de son partement le roi de Navarre et ses partisans feraient le semblable. Le prince s'est retiré à Meaux, où, après avoir fait la Cène, i la fait un grand amas de gens : le sem- 4)lable ont fait l'amiral , les sieurs d'Andelot et La Rochefoucaut. (irammont remue toute la Guyenne, et Montgommery la Normandie. Quelques-uns avaient conseillé à la reine-mère de se retirer de Fontainebleau dans la ville d'Orléans, avec le roi et messieurs ses frères, et là se tenir clause et couverte contre tous jusques à ce qu'ils fussent entrés en quelque bonne réconciliation. EÎlle n'y a voulu ou osé entendre, tellement que le roi de Navarre l'a retrouvée à Fontainebleau : lequel, averti que le prince de Condé était passé le lundi de Pâques au rez4 des murailles de Paris avec quinze cents chevaux, et s'était logé à Saint-Denis, prit résolution de retourner dans Paris, encore que l'opiuion de la reine ne fût telle. Le prince de

' (Benevenire) saluer, fompUraenter. Montpensier, et neveu par sa mère du

On écrivait aussi en deux mots bien connétable de Montmorency.

veignez, soyez le bienvenu. * Au pied : « Kez, dit Nicot , c'est

- On chercherait vainement dans un une superficie rase , c'est-à-dire en laaiitrc contemporain une peinture aussi quelle il n'y a nul bâtiment élevé, vive des premiers troubles de Paris et C'est le sol , hase et fondement de tonde la France. tes choses. » He là rez-de-chaussée,

■> Charles de Bourbon, prince de la éta};e inférieur d'une maison, celui qui

Boche-snr-Yon, frère puîné du dut de touche à la terre

Condé prend de là argument et prétexte de son entreprise , disant que le roi étant détenu prisonnier par les autres, il a chargé les armes pour le délivrer de cette captivité. S'il m'était permis de juger des coups , je vous dirais que c'est le commencement d'une tragédie qui se jouera au milieu de nous à nos dépens ; et Dieu veuille qu'il n'y aille que de nos bourses. Mais tout ainsi que tous les spectateurs connaissent aisément les bien ou mal séances ' de ceux qui jouent' ; aussi, si j'osais bonnement juger des coups, entre vous et moi je dirais volontiers que M. le prince a fait ici plusieurs fautes : je ne vous dirai point d'avoir changé de religion, et moins encore d'avoir pris les armes : ce sont fautes qui sont trop lourdes : mais, puisqu'il lui était advenu de franchir le Rubicon, il ne devait désemparer ni la ville de Paris ni la présence de son roi; car celui qui demeurera en possession de l'un ou de l'autre aura de grands avantages sur son ennemi. Le premier pas de clerc que lit Pompée en la guerre civile qu'il eut contre César fut quand il quitta la ville de Rome pour la laisser à son ennemi. Le prince reconnaît aucunement qu'il s'est en ceci mépris , et pour y donner ordre a surpris la ville d'Orléans, dans laquelle il pourra fort aisément assembler ses forces : ville vraiment à lui fatale, en ce que peu auparavant il s'y était presque vu au-dessous de toutes affaires , et maintenant il y tient rang de souverain. Cela a étonné aucunement^ les princes et sieurs^ catholiques : qui a été cause que le roi étant à Mclun ils ont résolu de l'amener dans Paris. M. le connétable y est arrivé le premier à basse noise ^, et le lendemain de son arrivée, qui a été le 4 avril 1562, il a fait faire montre^ aux citoyens avec une bien grande joie et allégresse de tous : dulce bellum inexpertis. Ce même jour il a fait brûler tous les bancs, sièges et chaires de Popincourt et Jérusalem : en ce tumulte , la maison de Popincourt même a été brûlée ; et dès lors ont cessé les prêches des huguenots dans la ville de Paris. Le tout, non sans grandement af-

' séance voulait dire conveuaiice, Heuri 11: » I.a reine-mère est grandeaptitude : voy. Nicot. On écrivait aussi ment éplorée, 'et tout le peuple en un mot malséance : nous n'avous étonné, » Lettres, IV, 3. conservé que l'adjectif malséant. ■" l'our seigneurs.

2 Si ceux qui joueut remplissent •'' Tacitement, sans bruit : noise, que-

l^ieu ou mal leur rôle... relie, et, par extension, bruit. Uelàcette

^ N'a pas laissé que d'effrayer... plirase citée par Nicot :« Ils ouïrent la

Étonner avait beaucoup plus de force noise et le cri des chevaux, strepituui

qu'aujourd'hui; souvent il signifiait et hinnituni equorum.»

consterner, dans le passage, par cxem- ^ Passer une revue... pie, oii l'asquier raconte la mort de

fligcr ceuxtie la religion, l'espace dequatieou cinq jours : pondant lesquels le roi est entré dans Paris , sans forme d'entrée roj^ale , parce que les affaires présentes ne le portaient pas. On ne parle plus que de guerre : chacun fourbit son harnais. M. le chancelier s'en centriste : tous les autres y prennent plaisir. Quand il en a voulu parler, M. le connétable lui a dit que ce n'était à gens de robe longue d'opiner sur le fait de la guerre ' ; mais il lui a répondu que combien que telles gens ne sussent conduire les armes , si ne laissaient-ils de connaître quand il en fallait user : réponse qui ne me semble pas moins vraie que hardie ; car il n'y a rien tant à craindre en une république qu'une guerre civile, ni entre les guerres civiles que celle qui se fait sous le voile de la religion, mémement^ pendant qu'un roi, pour son bas âge, n'a puissance de commander absolument.

n y a trois choses que l'on doit craindre infiniment en toute principauté, immensité de dettes, minorité d'un roi, et remuement de religion ; car il n'y a celle de ces trois qui ne puisse particulièrement apporter mutation d'un Étal. Combien donc ces trois, se trouvant aujourd'hui concurrer^ ensemble, nous doivent-elles apprêter de peur! Je sais bien que tous ceux qui ont pris en main la défense du parti catholique n'apportent en celle cause qu'une sincère dévotion : toutefois, en tels accidents de guerres civiles on doit craindre de tous côtés les événements d'une victoire absolue. Celui qui obtient une bataille , soit pour ou contre sou roi , en affaiblissant son ennemi, gagne de grandes autorités et prérogatives, non-seulement sur tout le peuple, ains sur son maître même. Et c'était la raison pour laquelle ce bon citoyen Caton d'IJlique, après avoir fait tout ce qu'il put pour rompre les troubles d'entre Pompée et César, et n'y ayant su atteindre , s'élanl par jeu forcé rendu partisan de Pompée, qui soutenait l'aulorilé du sénat de Rome ,

' On pent voir, dans la rie de l'Ho- 1560, fut portée une ordonnance sur

pUal que renferment les Nouveaux le fait de la justice, dont un des ar-

ilélanges historiques et littéraires de ticles ôtait aux liaillis et sénéchanx

M. Viliemain, in-8°, 1827, p. 62, la l'administration de la justice , en or-

régittance patriotique opposée par le donnant qu'ils seraient désormais dc-

chancelier aux conseils violents du robe rourte , au moyen de quoi l'exer-

connétable de iMontmorency , qui dé- eice de la justice est resté à leurs lien-

daignait fort , comme on sait, les (inns tenants , ce qui a achevé la distinction

de robe longue. Sur celte dernière qua- de la robe courte et de la robe longue ,

lilicatiou , consulter l'.Jrt de vérifier c'est-à-dire de Vépée et de là robe. » les dates , t. I , p. 6-lS ; on y lit ce qui ' Surtout...

suit : « Sous Charles IX, dans la tenue ^ Dès lors rare pour concourir ; de

des états qui se termina avec l'année là conçu rrr ni.

loulel'ois il redoutait autant que Pompée vint au-dessus de César comme César de Pompée : prévoyant que de quelque côté que fiil fa victoire c'était non-seulement la désolation et ruine de la réjiublique de Rome, maisaussi le préparatifde nouvelle tyrannie à celui (jui serait le victorieux '. Je crois que ces mêmes considérations font (|ue M. le chancelier ne peut trouver bon que l'on prenne maintenanJ tes armes ; mais il ne considère pas que quand il s'agit de la mutation d'une religion ancienne chacun y court comme au feu, pour empêcher la nouvelle : l'on estime que c'est pécher contre le Saint- Esprit de vouloir en ceci ménager toutes les propositions politiques, et qu'il faut hasarder l'État pour le garantir d'un plus grand hasard qui frappe au corps et à l'àme, et à peu dire, que c'est une vraie folie d'y vouloir apporter altrempanee. Certainement, lorsque tels malheurs nous adviennent, c'est là où les plus sages mondains ^ perdent le pied; aussi ne les voyons-nous jamais que quand il plait à Dieu de nous toucher vivement pour nos péchés. Au de meurant, ceux qui conduisent entre nous principalement le parti catholique sont le roi de Navar,re, les seigneurs de Guise , connétable, et maréchal de Saint-André; et pour le parti huguenot, M. le l)rince, Tamiral ,. les seigneurs d'Andelot et de La Rochefoucaut. Et combien que tout se fasse de deçà sous le nom ou du roi ou bien du roi de Navarre, toutefois M. de Guise a la plus grande part au gâteau : comme en cas semblable , de delà , l'amiral , ores que M. le prince soit le chef. Ce sont en somme deux grands princes du sang. Il ères, dont les autres (diacun en son endroit) se targent^, pour parvenir au dessus de leurs intentions ^. Adieu, lôCl '•'.

A M. de Fomsomme, gentilhomme Vermandots.

siège devant Paris par les liuguenots ; bataille de Dreux ( 1362).

Depuis mes dernières, le raarédial de Hès, Allemand, a amené grande quantité de retires au prince de Condê, lequel, se voyant

' Voy., là-dessus, la XCV* des i>/7c«s te, puisqu'il est question dans le coude Sénèque. rant de la lettre de ce qui s'est passé au

- Ceux qui -possèdent au plus haut commencenient de l'année 1562.

degré la sagesse liumaine... '' C'est la lettre 18 du liv IV. Cf.

•' Se couvrent ( tarçie, bouclier)... ^\atthieu. Histoire des derniers troubles

* Au but de leurs désirs de la France sous Henri Illet IJeurilf,

= Cette date doit être réputée iuexac- in-8", 1594.

LETTKES. 2.)J

,i«gmenlê de toicos, a pris son chemin vers Paris. Vrai qu'au[),iiMvantque d'y arriver il a assiégé la ville de Gorbcil, dans laquelle il a (roiivé le maréchal de Saint-André, qui lui a lait tête : au moyen de quoi, contraint de lever le siège, il s'est venu camper devant Paris, où il a trouvé M. de Guise et tous les autres seigneurs qui l'ont reçu on bonne dévotion d'être protecteurs de la ville. On s'est moqué de cette entreprise, que lui, qui avait failli de prendre Corbeil, se vint aheurter encontre Paris; et pour cette cause court maintenant un commun proverl)e, iirendre Paris pour Corbeil : quand, après n'avoirpuvenira chef d'une petite entreprise, on se promet de parvenir à une plus grande. Le siège y a été mis le premier jour de décembre. Les huguenots campés aux villages de Lai, Ercueil ' , Cachant, Gen-tilly et autres des environs, on a remis sus^ plusieurs propos de paix , mais pour néant. Pendant tous ces pourparlers , les Gascons et Espagnols sont venus au secours des catholiques. L'Anglais est arrivé en Normandie pour les huguenots, qui lui ont livré pour gage et assurance le Havre-de-Gràce. Depuis, les huguenots ont levé le siège, en délibération d'aller recueillir les Anglais et les joindre à eux. M. de Guise ne les a voulu perdre de vue, ains les a suivis à la trace. Le 19^ de décembre, se trouvant les deux armées proches, ils se sont baillé une bataille fort cruelle, près delà ville de Dreux ^ : on laquelle, d'entrée*, les huguenots voyant que notre artillerie jouait, et qu'en peu de temps elle les pourrait mettre en désordre, le seigneur de Mouy, accompagné de soixante chevaux, s'est débandé' di; ses escadrons, et avec une émerveillable résolution s'est venu jeltr pcle-méle, non dans l'avant-garde, ains droit à la bataille*' où com-

' Aujourd'hui Lahi , Arcueil... qu à la fiu du vol. Il en existe aussi une

• Ed avant... relation curieuse , demeurée inanu.s-

■' Un chapitre des Essais de Mon crite, dans une lettre du secrétaire d'il-

taigne(l,45) traite de la bataille de tat Robertet àM. deNeniours: Bibliotli.

Oreux. Cf. les Mémoires du temps, Nat. ros. Bei/iitne , u° 8688, f. 74. et en particulier ceux de Casteinau, ' Dès l'abord... liv. IV, chap. 5 et 6, avec leurs ylddi- '" Ecarté, éloigné... lions ; le Discours merveilleux de la vie, ''Au corps d'armée, ou plutôt an

actions et déportements de la reine Ca- centre... Sur l'ancienne acception de

theriae de Médicis, § xix ( on tt trouve ce mot , ou peut voir l'Histoire de don

;ui t. Il du Journal de Henri III : voy. Pédre pav M. Mérimée, Revue des deu.r

la p. 338); La Noue, Discours cités. Mondes, livraison du 1^'' février 1848,

p. 591 et suiv. : <i De six choses reniar- )>. 4.57 : mais on remarquera avec Nicot

quables advenues à Ja bataille de qu'au seizième siècle « ce terme était

Dreux » ; les Mémoires de Coudé, qui généralement restreint au seul escadron

renferment deux récits de cette bataille, auquel le roi, ou son lieutenant gèné-

attribués,le premier à l'amiral de Co- rai, en son absence, était rangé; étant

ligny, le second au duc François de ledit escadron précédé de l'avant-gardc

«iuise, t. IV, p. 178 et sniv., p. GBô jus- et suivi de l'arrière-gardc ».

maail.iit M.Ac fonnélable : qui a fait cesser l'arlilleric. Ce que voyant le co^établé, et que tout le fort de la cavalerie le venait charger, il s'avança avec graiule hardiesse pour les recevoir; mais la charge a é(é m furieuse, que cjuelque devoir de vaillant capitaine qu'il y ait apporté, son cheval a été tué, lui blessé et pris, et le seigneur de Beauvais avec lui ; le seigneur de Monlberon , son quatrième fils, le seigneur duc de Nevers, le seigneur de Givri,lués; M. d' Au maie porté par terre et fort froissé, l'artillerie prise; toutes les troupes de la bataille, tant de cheval que de pied, mises en roupie ' , même les deux régiments de M. d'Aumale et du maréchal d'Ampville -. Les huguenots, enorgueillis de cet heureux huccès, poursuivent leur victoire jusques au logis^ de quelques catholiques fuyards , et pillent le bagage. Quelques-uns disent que la vaisselle de M. de Guise y a été perdue; mais je n'en sais rien au vrai : de là ils rechargent le bataillon des Suisses, qui s'étaient ralliés. Cela donne occasion à M. de Guise , qui commandait à l'dvant-garde et qui, pour ne mettre ses gens en désordre, les avait tenus cois et serrés en rang de bataille, de débusquer de furie contre les huguenots, où la charge a été si à propos, qu'ils ont été rompus , et le prince de Condé pris par M. le maréchal d'Ampville^. Ses lansquenets étonnés , qui étaient en nombre de deux mille, se sont rendus à la merci de M. de Guise, lesquels s'étaient peu auparavant retirés eu une cour entourée de murailles. En quoi est allé tant de temps, que la cavalerie des huguenots a eu quelque loisir de se rallier et de recharger leurs pistoles^ dedans un vallon couvert d'un petit taillis. Et ayant été rapporté à M. de Guise qu'ils

' Rompues, mises ea fuite : La Noue, l'édit. Lefèvre , déjà citée,

dans un de ses Discours, p. 307, prétend ^ Les mots de pistolet et pistole étaient

établir « qu'il est profitable à un chef alors également usités. « Ce sont, re-

de guerre d'avoir reçu une roupie n. marque Borel, dans son Trésor, p. 384,

^ Ou UamviUe : c'était le second des des armes ainsi dites de la ville de Pis-

lils du connétable. IJeveuu duc de Mont- totje , prés de Florence, où on faisait

nioreucy après la mort de son frère aîné, des dagues qu'on appelSL pistoyers , se-

il fut lui-même fait connétable, eu 1593, Ion H. Ktienae : et puis, par abus, on

par Henri IV, et mourut eu 1614, com- donna le même nom aux armes à feu,

lilé d'honneurs et de gloire, à l'âge de et aux petits écus et petites arquebu-

sdixante-dix ans. ses ; et enfin cela passa aux petits hom-

J Quartier... mes , selon des Accords , eu ses Bigar-

* Celui-ci avait voulu s'assurer ainsi rures.n Suivant ISicot, « lepislolet était

un gage qui lui répondît de la liberté une espèce d'arquebuse , plus courte,

de son père : sur les procédés courtois plus légère et plus maniable que la pis-

(lu duc de Guise à l'égard du prison- tôle ». L'un et l'autre étaient d'inven-

nier, cons. r^r( rfe vérifier les dates, tion allemande; celle-ci étaiU'arme des

iu-f, t. 1, p. 649, et iM. de Cbateau- reîtres, c'est-à-dire des gens de cheval :

luiaud , Éludes liisloriques , p. 718 de Trésor de la langue française , p. 482.

LETTRES. i-YA

pouvaient être de quatre ou cinq cents , il délibéra de les aller rompre avec le maréchal de Saint-André; mais comme ils marchaient ils voient sortir beaucoup plus grand nombre , montant de quinze il seize cents chevaux en deux troupes, qui sont vivement soutenus; même nos arquebusiers catholiques arrivent tout à point pour les recueillir. En celte rencontre ont été lues plusieurs grands seigneurs d'une part et d'autre : le seigneur de la Brosse, vieux capitaine, bien aimé de M. de Guise ; davantage, le maréchal de Saint-André, qui avait apporté à cette journée là de très-grands devoirs, y a été pris, puis mis à mort de sang-froid '. Le malheur a voulu qu'il soit tombé entre les mains d'un gentilhomme, duquel il s'était, pendant sa grande vogue, fait donner la confiscation pour un homicide commis'' ; et combien que ce don ne lui eût réussi, pour les empêchements qui s'y trouvèrent , toutefois ce gentilhomme couvant de longue main dans sa poitrine une vengeance. Dieu a permis que ce grand seigneur soit tombé lors à point nommé entre les mains de son ennemi, qui l'a traité de cette façon que je vous écris ^ : qui est une belle leçon aux grands de n'abuser de leur crédit contre les petits, lorsqu'ils ont le vent eu poupe. Que voulez plus ' ■' L'obstination du combat a duré, par diverses charges et recharges, avec variables et douteux succès , depuis midi jusque presque à la nuit close, quand les huguenots, quittant du tout la campagne avec la perte de leur chef et de leur artillerie, et laissant plus de huit mille des leurs, que morts, que pris, que blessés sur la place, ceux qui restaient se sont retirés à deux lieues de là, ne permettant l'obscurité que M. de Guise les ait pu poursuivre. Ni pour cela l'amiral ne perd le cœur, ains met (comme l'on dit) le lendemain en délibération de retourner au combat ; mais les reitres, qui viennent en France pour s'enrichir et non pour mourir, n'y ont voulu entendre : occasion pour laquelle ils ont repris le chemin d'Orléans.

' Au temps de Pasquier on écrivait tué les autres, mais aussi de ceux qui

de préférence et plus justement peut- s'étaient tués eux-iiièmes. On lit dans

être : de sens froid. les Mémoires de Pangeau, Supplément

■ Le maréchal de Saint-André, favori de Léniontty , 6 août 1689 : n le roi a

voluptueux de Henri 11, d'un caractère fait un don à madame la princesse

faible et vain, s'était enrichi, en effet, d'Harconrt d'un homme qui s'est tué,

du produit de beaucoup de confisca- dont elle espère tirer beaucoup : on dit

tiens. — Ces odieuses confiscations, qu'il a plus de 20,000 livres de rente. »

avec leur emploi encore plus odieux , ^ t'ne autre cause est assignée ix sa

devaient être en usage jusque dans les mort dans Alézcray : voy. t. X , p. 2f>7

ppoques les plus brillantes de notre de l'édit. in-8° de 1830.

monarchie : non-seulement le prince '' C'est la concision du tour Inh'u :

donnait les biens de ceux qui avaient quici phira ? Que vous dirai je «nriuf '

'KUV. D'KT. PA!<QI'1ER. — T, If. 22

!>.') I LKITHKS.

Or, voyez, je vous prie, combien chacun csl aujourd'liui aheurtc ' ù sa propre ruine. Tout ainsi que les calholiques se sont fait accroire (l'avoir eu le dessus de leurs ennemis , aussi les huguenots se flattent (l'une m(?me opinion de victoire : disant que si le prince de Condc, leur chef, a été pris, le semblable en est advenu à M. le connétable, chef des catholiques; et en outre, que M. le maréchal de Saint-André est demeuré sur la place, avec plusieurs autres grands seigneurs. Parquoi, tout ainsi que les catholiques ont fait procession générale (leilans la ville de Paris , aussi ont fait les huguenots dans Orléans prières publiques, rendant action de grâces à Dieu de ce qui leur était advenu. Toutefois, s'il y a aucun qui ait rapporté quelque victoire, j'oslime en ma conscience que c'ait été M. de Guise, en deux sortes , tant par la prise de M. le connétable , sien ami, que de M. le prince, son ennemi : j'ajouterai encore , si voulez, par la mort de M. le maréchal de Saint- André, parce qu'il n'aura désormais aucun compagnon et personnier^ de ses victoires. Adieu.

A M. (le Fonsso)iinie , (jcntilhommc ]'cimandois. Mort de M. de Guise.

0 admirable changement et mutation de fortune! Celui dont je vous ai tant écrit, sur lequel le peuple fichait principalement ses yeux, ce guerrier inexpugable, est mort... : mais entendez, je vous puie, comme tout ce malheur s'est passé. Voyant que les forces de ses ennemis étaient divisées, une partie étant allée avec l'amiral en Normandie , et l'autre demeurée avec M. d'Andelot pour la garde d'Orléans, il met le siège devant la ville '^, où les choses lui succédèrent si à propos qu'il prit d'emblée le faubourg du Portereau, qui était un hébergement fort commode pour ses gens, parle moyen duquel il pressait grandement le seigneur d'Andelot, quoiqu'il fût

' Mot énergique : obstiné... ihègue historique de la France , t. 11,

• .'associé : voy. celte expression déjà p. 213 et 244. Voy. particulièrement

employée p. 241. son éloge dans les Grands capilaincs

■' C'est la lettre 20 du liv. IV : toutes fraïujais de Brantôme, Disc. 78 : Celui-

les lettres de ce livre sont adressées au ci, dans son épitaphe, se félicitait d'a-

iiième correspondant. — Sur les nom- voir fait la guerre sous lui, u ne dési-

hreuses publications qui se rapportent rani autre gloire et los ».

a la vie ou à la mort du duc Trançnis '' Vny. à ce sujet les Piscours de Iji

ileliuise, on peut cous. I.clong, lUf/liu- Xiiiic, p. 008 cl suiv.

Iros-vaillanl capilaiiio : quant à lui, il était logé au village de Saiul- .Mcsmin.

Or voici un nouveau dessein que l'on brasse encontre lui. Dedans la ville de Lyon commandait , sous l'autorité du prince , M. de Soubise, qui avait à sa suite un ^gentilhomme angoumoisin , natif d'Auhelerre, nommé Jean Poltrot, seigneur de Méré : celui avait de longue main précogité la vengeance générale de tout son [)arli, laquelle il n'estimait pouvoir accomplir que par la mort du seigneur de Guise ; il s'en découvrit à son maître, qui l'envoya vers lamiral avec lettres de créance. Si cela est vrai ou non, je m'en rapporte à ce qui en est : mais pour le moins le bruit commun est tel ; dont l'amiral ne s'est pas étonné grandement, encore que par un manifeste il s'en soit voulu depuis excuser'. Ayant communiqué avec lui, et le conseil pris entre eux, Poltrot vint trouver devant Orléans M. de Guise.et, lui ayant fait une révérence profonde, lui dit que mal conseillé il avait suivi M. le prince; mais que, mu d'une juste repenlance, il se venait rendre à lui , avec un ferm'> propos de faire un bon service au roi. M. de Guise, estimant que. cette parole vint du fond du cœur, le recueillit d'un œil favorable, et même lui donna tel accès en sa maison , que souventefois il buvait et mangeait à sa table. L'on dit (je ne l'assure pas pour vrai) que la débonnairetc de ce prince eut tant de pui.ssance sur l'autre, que pour ce premier coup il perdit le cœur, et retourna tout court devers l'amiral , beaucoup moins résolu que devant, même en dé libération d'en oublier le retour, n'eut été qu'il fut redressé par un ministre plein d'entendement et de persuasion : sous la parole duquel, après qu'on lui eut fait présent d'un bon cbeval d'Espagne, et de cent écus et d'une bonne pistole ', il reprit le chemin dOrléans, où, pour le faire court , il sut si dexfrement jouer son personnage, que ce pauvre prince, retournant du Portereau, après avoir passé la ri-

' A cesujet, cf. j;t. rasquier, Lc//)i's, directement ou indirectement n. On

IV, 21 et 23. Un arted'iin grand intérêt, distingue au bas les signaturei dr

relatif à ce fait, est mnscrvé dans la « Henry de Lorraine, Charles de l-nr-

Bibliothèque du Louvre : c'est la pièce raine, Lojs de Lorraine»; pIusieiiK

autographe, dressée à Reims le 12 mai autres, rongées par le temps, sont il-

1572, et trouvée à Vassj- , par laquelle lisibles. — La mort violente de Oligny

les enfants, frère et neveux du duc n'en fut pas moins considérée comme

François de Guise acceptent l'arrêt une expiation poursuivie par l'ini-

«lonne par le roi en son conseil, à placal>le ressentiment de Henri de

Moulins, le 29 janvier 1566, pour la Guise.

décharge de l'amiral au sujet du crime - Ce terme a été expliqué p. 252. —

■ommis par Poltrot, et « promettent de De là l'homme de cheval qui combat l«i'.

ne jamais contrevenir au susdit arrêt avec cette arme s'appelait pislolier.

vière du Loirel, accompagné du seigneur de Uoslaiiig, il le choisil si à propos par derrière au lieu le nioinsaruié, à la jointure de l'épaule, que ce vaillant prince, tombant de son cheval , fut emporté grandement navré ' à son logis, où madame de Guise, sa femme, était.

Pollrot jusque-là était demeuré eu cervelle^; mais soudain (pi'il eut fait le coup , se trouva tellement éperdu, qu'ayant pris la garile ^ pour se sauver, quelque tracassemeut qu'il fit toute la nuit, <]ui fut de plus de dix lieues, il se trouva le matin au milieu du rampdes Suisses, où, s'étant blotti l'espace de trois jours entiers en une cassine d'un pauvre vigneron, dans les vignes, Le Seurre, secrétaire du seigneur de Guise, qui s'était mis en quête, le prit par un soupçon violent, tant pour l'avoir vu souvent au logis de son maître, que pour le trouver vêtu d'une mandille •* de couleur perse, lelle que le seigneur deRostaing avait ligure celle du meurtrier. Cejiendant ce pauvre seigneur, blessé à la mort, est allé de vie à trépas, après que la reine a recherché tous moyens pour le garantir. Mourant il a fait plusieurs belles remontrances et exhortations au seigneur prince de Joinville, son fils aine ^. Son corps apporté dans Paris avec grandes lamentations, au mois de mars 1562*', aune journée près de celle qu'il y était, l'année précédente, entré trèsglorieusement, on lui a fait une grande pompe funèbre : son corps porté à Joinville ', tombeau ancien de ses prédécesseurs; et pour reconnaissance des bienfaits qu'il avait procurés à l'Église , le doyen, chanoines et chapitre de l'Église Notre-Dame lui ont ordonné pour trophée un obit annuel , qui se célébrera tous les ans le seplième jour de mars, qui fut le jour de son décès.

Ainsi est mort ce grand capitaine et guerrier, aimé et haï d'uns

' Nous avons conservé ce mot, mais Études historiques , p. 718, « bien que

seulenieut dans le seus moral. connues de tons, ne doivent être ja-

- Fort agité: ou plutôt , avait été mais omises; il faut les redire en vers ,

soutenu par son émotion, par l'attente : pour rappeler à la fois la mémoire

voy., plus liaut, l'explication de ce mot, de deux grands hommes :

1^- -^23. jjçj dieux que nous servons connais la dif-

^ C'est « proprement, dit Nicot, un [ Mrence :

lieu de refuge... : de là ce mot se prend Le tien t'a commandé le meurtre et la veii-

pour fuite , et aussi pour une route dé- , , . t . ;„„t ,i„ f.'î'.î'.'ll'

, • ■■•[•■. r. Le mien, lorsque ton bras vient de m assas-

iDuruee qui mené a lecart. » En espa- ^^ "•"="• =^" [siner,

giiol , quarida. M'ordonne île te plaindre et de te pardon-

' Petit manteau ou ca.saqae ; en bas- [ ner.

breton, muiu/ilben. liorel dérive ce mot Voltaire, ^llzire . art. V, se. dernière. »

(lu grec [ACcvôovri , qui a le même seus i: 1563, suivant la manière actuelle

que |J.av5û; (plus usité), vêtement de compter les années : voy., à cet

épais, manteau de laine. égard , le t. i, p. 178 , n° 2.

' « Les dernières paroles de Guise à ' Ancienne ville de rbampague

Voltrot, » dit M. de Cliateaubriand , ( llaute-.Marne ).

cl autres d'une même balance, accompli certes de plusieurs grandes parties tant de la fortune que de sa valeur. Car, quant à la fortune, il me semble qu'il eut, en tout le cours et teneur de sa vie, un heur qui l'accompagna jusques au dernier soupir : parce qu'étant appelé aux plus grandes affaires du royaume sous le roi Henri second , jan)ais il n'en entreprit une qu'il n'en retournât avec son honneur. Quelques ans après l'avènement de ce bon roi à la couronne, il lui conserva la ville de Metz contre un long et obstiné siège de l'empereur Charles V^, acculant' toutes ses victoires de telle façon, que, iionteux d'avoir failli à une promesse qu'il avait faite en une diète aux princes d'Allemagne de ne lever jamais le siège qu'il n'eût pris la ville , il se dépouilla des ornements et joyaux de l'Empire, choisissant une vie solitaire et privée. Depuis ayant été par le même roi commis pour le vo5-age d'Italie ^ , ores qu'il n'en rapportât tel fruit comme il espérait, si ramena-il son armée saine et sauve ; ce qui n'était auparavant advenu à autre Français que lui : étant l'Italie un pays qui allèche les Français à sa conquête, pour puis leur servir de cimetière. A son retour, il réduisit sous l'obéissance du roi Calais, ville auparavant estimée inexpugnable^. Tout d'une suite prit Thionville, que l'on estimait aussi imprenable * : montrant qu'il ne lui était rien impossible. Puis , pendant nos guerres civiles, reprit les villes de Bourges et Rouen, combien que ses ennemis eussent établi en l'une et l'autre l'un des principaux magasins de leurs forces ; gagna la journée de Dreux , qui lui vint si à propos, que d'une même défaite il eut victoire de deux, ne lui étant pas la prise de M. le connétable, corrival de ses louanges ^, moins avantageuse (|ue celle de M. le prince, contre lequel il faisait profession d'hostilité tout ouverte. Et au bout de tout ceci , comblé de toutes ces \ ictoires, il mourut d'un coup de balle proditoirement, ne l'ayant ni son ennemi ni la fortune osé tuer de bonne guerre; car même, au recouvrement de Bologne contre l'Anglais, il reçut un coup de lance entre le front et le nez , qui lui outreperça le chef ^, dont tou-

' Arrêtant... ■"'Son rival degloire : primitivement,

■ .Sur ce l'oyage en Italie on peut on appelait corrival celui qui avait

voir, avec une iettre précédente de un ruisseau commun avec une seconde

l'.isquier, le Journal de Henri III, personne. De là le sens figuré de ce

édit. de La Haye, t. 111 , p. 3-31. mot, qui n'a conservé de nos jours que

■* L'Hôpital a chanté cette conquête : ses rienx dernières syllal)es.

Ilosiiilalii Curmina , édit. d'AmsIer- '■ Ite là le surn<mi glorieux de fca/d-

darn , p. 105-199; cf. p. 375. fri, que mcrila aussi sou lils.

^ Voy.ibid., p. 199 203,

tcfois il éch.ippa : afin cependant que je n'oublie que ce ne fut pas peu d'heur pour lui de mourir en ce période, lorsqu'il était audessus du vent, et que la fortune journalière ne lui avait encore joué aucun tour dont elle sait écorner les plus braves.

Et s'il eut un heur qui lui fit perpétuelle compagnie en toutes ses actions, encore l'çn avait nature rendu plus digne; car il fut seigneur fort débonnaire, bien emparlé ' tant en particulier qu'en public , vaillant et magnanime, promptà la main, quand le besoin le requérait, ne sachant que c'était de crainte , et néanmoins si attrempé ' on toutes ses actions, que jamais la témérité ne lui tit outrepasser les bornes de ce qu'il devait : comme de fait il en fit preuve Irésamplc en la prise de Rouen ; mais beaucoup plus en la journée de Dreux, en laquelle il se donna le loisir de voir mettre ses ennemis en désordre d'eux-mêmes, en pourchassant la victoire qu'ils avaient (lu commencement obtenue, lesquels il chargea de telle furie, quand il vit son appoint, que le champ de bataille lui demeura. Et qui est un point de prudence admirable, sachant que c'était contre lui que los huguenots jetaient principalement leur visée, et qu'il ne faisait nulle doute que son armée ne fût pleine d'espions, le soir de devant la bataille, il déclara en plein souper sur quel cheval il voulait monter, et de quels armes et appareil il serait le lendemain : toutefois , avant que de venir au joindre ^, il résigna et le cheval et l'accoutrement dont il avait parlé à son ccuyer. Dont bien lui prit : car son écuyer fut tué ; et quant à lui, il réchappa pour ce coup.

Au surplus, prince qui savait choisir et user de ses occasions à propos, ne les laissant aisément écouler quand il les avait en main ; comme il montra bien lorsqu'il maria la reine d'Ecosse, sa nièce, au roi Dauphin ', et quand il vint saluer le roi à Fontainebleau au commencement de ces troubles : toutes lesquelles parties le firent infiniment reluire entre les princes et grands seigneurs. Or, encore (ju'il fût tel, si ne se put-il pas garantir des médisances de ses ennemis ; d'autant qu'ils lui impropéraient que le voyage d'Italie par lui brasse avait été le commencement^, et son dernier retour

' Disert , habile à maiiier la parole ; ■> U'en veuir aux mains...

terme fort ancien ( on le trouve plu- ^ Marie Stuard au jeune l'ranooi-;

sieurs fois dans Villehardouiu ), et qui depuis François il.

n'a pas été remplacé. « U avait la pa- i (les critiques sont très-vivement

rolc fort à la main », disait dans ce exprimées dans des vers énergiques de

sens le dnc de Saint-Simon, -l/t'rtioircs', la Coëtie : voy. l'édition des OEurrcs

tM,p. 190. rompirtes àc celui-ci, p, 380-3^-.',

Moli'ié, prudcnl , circonspect... (.f. Ifoxpilalil C'irniiii'i., p, i(j'2.

LETTHliS. Sôt)"

Cil la cour du roi , l'accomplissement île nos maux : disant ([wc tout ainsi que sa venue nous avait apporté les troubles , aussi sa mort nous avait tout aussitôt moyenne ' une paix. Mais ceux qui , sans exception et réserve, voulaient faire trouver ses œuvres louables , disaient que pour le regard du voyage d'Italie il n'en avait été l'auteur, ains le pape , et qu'il n'.ivait été que l'exé cuteur en ceci des commandements du roi ; et quant à ses déporlemenls derniers, ceux qui en faisaient mal leur prolit ne considéraient pas que si, par une nouvelle liberté de leur conscience, ils s'étaient dispensés d'exercer à huis ouvert ' par tout le royaume leur religion, auparavant qu'il y eut édit qui leur en donnât la permission , et contre les inhibitions expresses de celui du mois de juillet^, il ne fallait pas trouver étrange que ce prince, pour la manutention de ' l'ancienne, n'eût rien oublié en arrière.

Mais pour laisser les particularités qui le concernaient, m'étant :-ans y penser mis à l'essor, l'on a fait le procès à Poltrot, lequel , j)ar arrêt, a été condamné a être tiré à quatre chevaux en la Grève. Aussi, quelque peu après le décès du sieur de Guise, on a mis en. délibération de faire une paix, pour à laquelle parvenir il n'y a pas eu grande résistance, parce que M. le prince et M. le connétable prisonniers n'appréhendaient point tant^ la querelle du public, que leur liberté ne leur fût plus chère. La paix a été faite dans la ville d'Amboise, le 19'^' de mars 1562 ^, vérifiée au parlement le 27*, par laquelle toutes les injures provenant des troubles sont remises et |)ardonnées; tous arrêts et jugements donnés contre ceux de la religion cassés ; chacun d'eux remis en ses biens, prérogatives et dignités ; le prince de Condé, l'amiral, et autres seigneurs de leur association, tenus pour bons et loyaux sujets du roi; et tous les deniers par eux levés pour le défrai de la guerre alloués; qu'ils remettraient èsmainsdu roi toutesles villes par eux prises, esquelles toutefois il leur serait loisible d'exercer leur religion; et quant aux autres, leur serait assigné, en chaque siège présidial , une ville pour l'exercice d'icelle, fors et excepté dans la ville, prévôté et vicomte de Paris, en laquelle néanmoins nul ne pourrait être recherché de sa conscience pour le fait de la religion : i)ourraicnt les

' PriHiué... ' V.ii vue de maintenir..

- Permis d'exercer ouvertement... ^ Ne .se préocciipnient p:is 1:int de...

> Voy. pour cet cdit la lettre 10 '■ 10(53 : lomiiu- plus liant, dn liv. IV ; rf.,ib.,la lett. 13 .

•:go lettres.

barons, châtelains, hauts-justiciers, et seigneurs tenant plein fîef de haubert ', exercer leur religion en leurs maisons avec leurs sujets, qui librement et sans crainte s'y voudraient trouver, et autres seigneurs ayant simples fiefs, pour eux et leurs familles seulement. Défenses à ceux de la religion de ne troubler les ecclésiasliques en leurs bénéfices, ni en leur service divin; et prend le roi les uns et les autres d'une même balance en sa protection et sauvegarde, comme ses vrais et loyaux sujets. Cet cdit de pacification publié, on a diversement délégué par les provinces uns et autres conseillers du parlement, jusques au nombre de deux en chacune, pour l'exécuter promptement sur les plaintes qui se pouvaient présenter des particuliers, pour lesquelles un parlement seul n'eut pas été suffisant, qui eût voulu tirer les choses au train ordinaire de justice. Et par même moyen ont été remis en pleine liberté MM. le prince de Condé et connétable ; ensemble les prisons ouvertes à tous autres prisonniers ; et tous, d'un commun accord , tant d'une t|ue d'autre religion, se sont acheminés à la recousse de la ville du Havre-de-Gràco, occupée par les Anglais, laquelle leur a été quelque l-eu après rendue. Adieu.

LETTRE XP.

A M. de Querqw'ijinen , seujneur d'Ardivilliers. Commencement des troubles de la Flandre.

Vous estimiez paraventure que les Flamands ne dussent contribuer comme nous aux calamités et misères de ce temps : il» y ont même part que nous. Après la conclusion du concile de Trente, qui fut en l'an 1564^, le roi d'Espagne voulut établir l'inquisition et

' « c'est , dit Kicot, le fief pour le à la retraite de la régente des Pays-Bas.

service duquel le feudataire est tenu ^ Ce concile, le 21° des conciles

lie fournir un homme d'armes. » Tou- généraux, dont la convocation avait )e

Iftois, ajoutc-t-il , « cette appellation double but de réunir les protestants à

n'est usitée qu'au pays de Normandie , l'Kglise et de réformer l'Eglise elle-

ou l'on appelle aussi ce genre de fief même ( ce dernier objet fut seul reni-

plein fief de chevalier. » I,e haubert pli ), où lul'rauce, et en particulier

était, d'après le même auteur., « une le cardinal de Lorraine, jouèrent un xi

cotte de mailles à manches et gorgerin grand rôle, fut réellement terminé,

(hausse-col).» * après avoir duré près de dix-huit ans,

2 C'est la lettre 1" du liv. V. Cf , en décembre 1563. Uu pontificat de

entre autres ouvrages qui roulent sur Paul 111 il s'étendit à celui de Tic IV .

le sujet de cette lettre, Vllisloiiv de la voy. de Thou , 1. XXMI, cl Ira l'aolo,

dèfcclion drs Pays-Bas par Schiller, ///s/. </« '•oiici/c r/c J'ie"'*'. I. VIII, par-

qui parut en 17S8, Leipjig, in-S" : ou licul à la p. 6i;i du t. Il de la Iraduct.

sait d'ailleurs que cette histoire s'arrête de Le Courayer, Londres, in-f'^, 173(.-.

y apporta tous les préparatifs à ce requis, estimant, par cette extrémité de servitude de conscience, obvier à l'autre extrémité, en laquelle les Français, par une relàclie trop grande ' de liijerté , étaient tombés. Ceci ne pouvant être bonnement digéré par plusieurs du pays (caria religion nouvelle y avait déjà pris grand pied ), le comte d'Aiguemont ^ fut délégué par la duchesse de Parme par devers le roi, pour lui remontrer l'inconvénient qui en pouvait advenir : lequel rapporta bon visage de son prince, avec promesse de passer toutes choses doucement et en surséance ', en attendant une résolution générale de ce qu'il avait à faire. Toutefois, par quelque mot du guet qui courait ^ avec la duchesse, elle ne laissa de tenir la main à la rigueur de nouveau mise sus * : chose qui a occasionné une partie de la noblesse de prendre les armes, et se liguer dedans la ville de Bruxelles. Et comme s'ils ne faisaient que se jouer, ils se sont appelés Gueux : d'autant qu'il était advenu aux principaux chefs et ministres du roi catholique de dire en colère qu'il ne se fallait étonner de ce nouveau remuement, parce que ceux qui embrassaient cette querelle n'étaient que gueux. Ce qui ne tomba pas à terre : car les autres, se moquant de ceux qui les avaient ainsi nommés, prirent ce même nom; et quelques-uns même des plus signalés d'entre eux s'habillèrent de couleur grise, convenable à l'épithète qu'ils se donnaient, disant en leurs festins et banquets, par forme de gausserie : tirent les gueux. Mot certes de très-sinistre présage, et qui ne pronostique autre chose que la ruine des Pays-Bas, et qu'à la longue cette faction les mettra tous à la besace^.

Cela arrêta un peu la duchesse, et leur permit de n'être recherchés en leurs consciences; mais, pour cela?, elle n'a pas empêché qu'ils ne se soient donné des prêches publics : qui a été cause que cette dame, feignant obtenir de gré ce qui lui était jeu forcé ^, leur a , par l'avis des plus sages , en août 1566 , accordé prêches hors les villes, à la charge qu'ils n'entreprendraient rien sur les églises catholiques. Ce que venu à la connaissance du roi catho-

' Par une trop grande latitude , par c'est-à-dire à la rigueur des mesures

un excès : ReUiche , dans ce sens, est nouveUement adoptées...

aujourd'hui masculin. ^' A la mendicité.

■^ Lamoral, comte d'Egmont. '' Par cette conduite , malgré cet

■' Avec délai, de différer... adoucissement...

' Mot d'ordre convenu, convention s Pour faire croire qu'ils obtenaient

occulte faite... de son libre consentement ce qu'elle

" A la rigueur imposée récemment, n'accordait que malgré elle ...

2()1* LETTRtS.

Jii|ue, il a clcpèché le duc d'Albe, pour se reiiilie le plus lort ; lequel, à son arrivée, a pris la charge et gouvernement du pays, rétabli l'inquisition , désarmé le peuple , surpris quelques-uns des princijjaux, feignant de les festoyer, même le duc d'Orne' et lo comte d'Aiguemont, par la sage conduite duquel le roi son maître avoir fait de si braves exploits contre nous ^ Il leur a fait couper la tête ^; et autant en eùt-il fait au prince d'Orange, s'il ne se fût , plus par hasard que par conseil, évadé. Le même duc d'Albe s'est emparé de tous les forts et principales villes, où il a disposé garnisons à sa dévotion. Comme Espagnol, il se persuade, par tels moyens extraordinaires, de racoiser'* toutes choses en un clin d'œil ; et de fait il a vu quelque éclair de son espérance en ce premier et inopiné étourdissement de chacun : mais je me doute qu'a la longue il mettra son maître au hasard de perdre tout l'État de Flandre.

Si nous étions bien avisés, il y aurait maintenant matière de le réunir au nôtre, pendant ces divisions: mais la folie de ceux qui pensent être les plus sages ne le permet pas. Nous le reconnaissons être de l'ancien estoc et domaine * de notre couronne : il est, si ainsi me permettez de le dire, aux portes de notre ville de Paris, et par manière de dire un faubourg. Toutefois, jamais ne s'est préparée occasion pour le recouvrer, que nous ne l'ayons laissée échapper, pendant que , par discours fantasques*^, nous amusons à la conquête d'Italie, que nature a séparée d'avec nous, de mœurs, de langues et d'un haut enlrejet de montagnes. Adieu.

' Philippe de Montmorency, duc ou à ce sujet, la tragédie à.' Egmont , dans

plutôt comte de Horn. le tliéàtre de Gœtbe.

- U s'était distingué au service de ' D'apaiser, ramener au calme..... Charles-Quint, en Afrique; ensuite à "^ Du domaine ancien et originaire:

celui de l'iiilippe H , particulièrement estoc , source , origine ; primitivement,

dans les batailles de Saint-Quentin et c'est la souche d'un arbre, la tige d'une

de Ciravclines. plante. Jlénage lui attribue pour racine

3 A Bruxelles, le 5 juin 1568. Mon- le mot allemand stock, bâton, laigne parle également de « cette tra- '■ Par des motifs frivoles , capricieu-

gédie que le duc d'.\lbe nous fit voir à sèment, follement: discours, comme

liruxclles es comtes de Borne et d'Ai- /.oyo; en grec , avait autrefois la dou-

puemond i> , Ess., 1, 7 ; t. 1 , p. 110 et bie acception de parole et de raison., m de redit, in-18 citée. Voy. aussi.

LETTRES. Stio

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