‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 43 sur 82 · I.oudun, Urbain Grandier, reçut sesder- Pasquicr, XIV · texte numérisé non relu

I.oudun, Urbain Grandier, reçut sesder- Pasquicr, XIV

iii»rs soupirs et prononça en fraucais ^

(Ire, sans parler, avec quelle dévotion il était semons', et que le roi n'était en bon ménage avec les princes lorrains, l'ambassadeur ne leur avait point dit adieu. Toutefois, contre l'opinion de tous les sages mondains, ce conseil produisit deux effets contraires: car d'un côté ces deux princes , se yoyant vilipendés , partirent de la cour très-malcontenls; d'ailleurs, le roi de Navarre, qui avait été une autre fois échaudé, estimant que tout ceci fût un second piège pour l'attraper, refusa de venir : tellement que , demeurant en son cœur la défiance empreinte , et aux deux frères le dédain , se formèrent les deux partis que nous voyons aujourd'hui , et spécialement celui de la Ligue. Il n'y avait presque homme d'entendement qui ne vit ^ celte nouvelle pratique. Toutefois nul de nous jamais ne la vit : que dis-je, ne la vit? au contraire chacun se bandait les yeux pour n'en avoir connaissance. Salcède l'avait tout au long découverte et par le menu : ce néanmoins non-seulement on ne l'écoute; mais pour avoir trop parlé, il est tiré à quatre chevaux ^. Le Breton , avocat , fut pendu et étranglé , pour avoir trop inconsidérément écrit '^. Huit jours après, c'est-à-dire à l'on verlureduparlemeutàlaSaint-Maitin lùSi, le roi supprima soixante édits, partie au parlement, partie en la cour des généraux des aides, qui étaient à la foule du^ peuple; et tout d'une suite décerna une, commission , par laquelle il était enjoint à son procureur général de faire niformer contre tous ceux qui sans son aveu s'étaient ligués : qui montre bien que dès lors on avait en cour quelque sentiment (le la révolte. Mais par toutes ces prédictions nous n'en devînmes Pas plus sages : parce que tout cet hiver-là ce ne furent que danses, ballets et mascarades ; il n'est pas que le premier dimanche de carême on ne vaquât à cette débauche en la maison épiscopale , pendant que les chanoines chantaient leurs matines dans la grande Eglise. Plusieurs personnes en murmuraient dans leurs âmes : mais nul n'en eût osé sourciller ; et Dieu voulut que deux jours après le roi reçût nouvelles, de la part du sieur de Bouillon , que sous le nom de la Ligue M. de Guise s'était emparé de la ville de Chàlons en Champagne. Et puis nous serons si fous d'estimer que ce ne soit

' (Participe de semondre) invité, citée. Cf. L'Étoile, Journal de Henr.

appelé... ri III, t. I, p. 260-364, 371 et 372, not.,

2 Qui ne dût voir... t. III, p. 230-2C5 ; et Mézeray, t. XIII,

3 La conspiration et la mort de Sal- p. 145-160 de l'édit. de 1830.

rede est de 1582, Voy. à ce sujet VHis- " Voy. de Tliou , I. LXXXVI , t. IX , foire du président de Thou, liv. lAXv, p. 613-H15 de la traduction, t. VllI, p. C21-636 de la traduction ^ Oppressifs pour le. ...

204 LKTTRES.

un jeu de Dieu ! Il faudrait élic sans yeux ou sans juiiemenl. Quand il veut exercer sur nous un trait admirable de sa vengeance, il bande nos yeux , éloupc nos oreilles et tous nos sens , alin que son coup soit plus tôt frappé que prévu.

Maintenant les seigneurs de^la Ligue font courir un manifeste par lequel ils s.e plaignent de trois points : premièrement des (ailles , aides, subsides extraordinaires, qu'ils requièrent être reformés; secondement que plusieurs gentilshommes étaient promus et avai\cés aux premières dignités de la France, au désavantage des princes : et pour troisième, on y a glissé sur la fin une clause concernant la religion nouvelle, qu'ils requièrent être bannie de la France. Vous ne croii-iez pas comme à un instant les cartes ont été mêlées : le roi a envoyé de toutes parts commissions pour lever gens , tant de cheval que de pied ; on garde les portes par les villes; et spécialement, pour assurer la nôtre, il a créé des capitaines qui sont .ses officiers, et sous eux des lieutenants, qui sont à sa dévotion. Bref, nous sommes maintenant devenus tous guerriers dans Paris. Le jour nous y gardons les portes; la nuit faisons guets, patrouilles cl sentinelles. Bon dieu ! que c'est un métier plaisant à ceux qui en sont apprentis. L'Espagnol fournit au défrai de celle guerre, à buis ouvert ', comme celui qui ne désire que le brouillement de notre État : disant que nous avons troublé ses Pays-Bas en renards , par l'entremise de feu M. le Duc ^, et qu'il ne douterait désormais de nous traiter en Lion. Tout ainsi que le roi s'arme, aussi fait la Ligue , qui a jà surpris une infinité de villes , tant en Champagne qu'en Normandie.

Et en cette nouvelle révolte et surprise inopinée de villes , sans avoir fait aucune requête au roi , avant que de prendre les armes , les hommes plus retenus ne peuvent bonnement juger si c'est à l'État qu'on en veut , ou bien à la religion nouvelle. Et sont quel- (jues-uns d'avis que l'on mêle l'un et l'autre ensemble. Quant à moi , je ne le crois : bien dirai-je que les trois diverses propositions du manifeste tiennent un chacun en cervelle ; le menu peuple lièscontent que l'on combatte pour sa liberté ; les princes poin- leurs dignités, et qu'ils aient tous part au gâteau, sans qu'il soit seulement distribué à deux ou trois ; et tous généralement ne sont

' Ouvfilenient , sans se radier... p.Tgcs OT8 et siiiv., ryi7, 528, 601 et

■i Voy. dellioii , liv. l.XXll , IXMV, suiv. ; Mnnoirts de Sully, liv. Il , t I , l\XV, t. Vlll de la tiaduclion, avix y. 07 SI.

Page 1