‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 49 sur 82 · LETTRE XXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXIV

A maître Nicolas Pasquier, son fils, conseiller et maitre des requêtes ordinaire dti roi..

Divers discours sur les dérèglements de la Lisiie après la mort de M. de Gnise.

.... C'est ici maintenant un empire de Galiénus^. Une infinité de villes se demanteilent de l'obéissance de leur roi : Amiens, Abbeville , Laon, Soissons,Péronne, Troyes, Rennes, Rouen, Nantes, Bourges,

365; et de Thou, liv. LXXV, t. VIU , < On peut voir, dans Aurelias Victor,

p. 582-590 de la traduction. Cf. Bran- queUe fut sous Galien la désolation

tome. Grands Capitaines français, Disc, de l'empire romain, combien de ty-

89, art. H. rans et de peuples barbares s'en dispu-

' On montrait par plusieurs exem- tèrent la possession: De Casaribus ,

pies l'application de cette maxime... c. 33. La France, en proie aux discor-

^ Suit, à l'honneur de la feue reine, des civiles, n'offrait guère alors un

une épitaphe en vers, que nous épar- moins affreux spectacle. De Là les cris

dînerons au lecteur. de douleur que le vertueux P. Pithou

■* C'est la dernière partie de la let- faisait entendre dans ces vers : tre 9 du liv. Xlli. Rapprocher de cette

lettre, ainsi que de la suivante, de Ah patria infelix. q«œ te demenfa cppit :

■ru 1- rvi\r */^v«/ » %i cAo ^ G.ille, quiil iiisanis, funosa mente maligiius,

rhou, liv. CXIV et CXV, t. V, p. .508 et jp^g til.i labido lacerans prœcorUia moisu? suiv. ; l'Etoile, Journal de Henri III, .

t. Il, p. 161 et suiv., p. 459 et suiv.; et Voy. deThou, à qui ces vers étaient

aussi l'Esprit de la t?3«e d'Anquetil , adressés,!, vil de l'édition latine de

commencement du t. m de l'i-ilit. inl2 Londres, in-f, 1733, n°XI, p. lU. de 1767; etc.

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lo Mans , Riom, Lyon , Meaux , Chartres , Sens , Auxerre , Moliiii . Manies, et plusieurs autres dont je ne vous puis faire registre. Que dis-je villes ? Il n'est pas que les provinces entières ne se mettent de la partie : unes Normandie, Bretagne, Picardie, Champagne; uns Lyonnais, Forez, Beaujolais : en tous lesquels pays il n'est demeuré es mains du roi que de petits brins.

Pendant ces inespérées mutations et révoltes, le duc de Mayenne n'a pas dormi ni laissé envoler l'occasion de ses mains : car, après s'être assuré de toutes les villes de son gouvernement de Bourgogne, et y avoir mis gens à sa dévotion, il donne jusques à Orléans pour le délivrer du siège ; et devant que d'y arriver, s'est fait maître de Jargeau. De là, poursuivant sa pointe, il a si bien fait ses affaires, que M. le maréchal d'Aumont a été contraint de quitter la citadelle, et lever par même moyen le siège. Après ce mémorable exploit d'armes, le duc s'est acheminé à Paris, y ayant envoyé pour avant-coureur le bruit de ce qui lui était si heureusement advenu dedans la ville d'Orléans ; et Dieu sait avec quelle dévotion il a été embrassé et accueilli de tous les citoyens de Paris. Dès son arrivée , sans aucun contraste ', il a été créé lieutenant général de l'État et couronne de France, dont il a fait la foi et hommage au parlement : je veux dire qu'il y a prêté le serment. Soudain après, il a établi dans Paris un conseil de quarante personnages de divers états ^, pour montrer qu'il ne voulait rien entreprendre de soi-même, de ce qui apiiartcnait à la police générale de France : ayant pris pour son partage les armes , la collation des bénéfices et offices, qui n'est pas un petit lot. Bref, aujourd'hui, sans coup férir et à petit bruit, réside par devers lui, dedans son parti, la grandeur et autorité du roi : hormis que ce que le roi fait par ses lettres , c'est sous le mot de commandement ; et lui, par celui de prières : mais prières qui équipollent -* à commandement absolu. L'argent semblait manquer à cette grandeur : la fureur du peuple y donne ordre, laquelle, à yeux bandés, ouvre sa bourse pour le défrai de cette guerre. Mais surtout la fortune ne lui veut faillir en celte nécessité. Le conseil des Quarante a avis qu'en la maison de Molan, trésorier de l'épargne^, y avait quelques

' Aucuneopposition... ■> Équivalent...

' Voy., sur ce conseil et ceux qui le ^ Et grand larron , comme l'appelle

composaient, la 5afî/re mf'nip/jf'e, édit. \' Étoile , Journal de Henri II-', t. il,

de Ratislionne, t. Il, p. 33G-339. p. 358.

caches d'argent. Machault et Soly, conseillers du parlement, sont députés pour s'y transporter : ils y trouvent en divers cachots ' huit vingts et tant de mille écus ^, sur le commencement de mars. Y eut-il jamais , je ne dirai pas un flux , mais torrent de grande fortune, à un clin d'œil, tel que celui-là.' Et encore le trouverezvous plus grand, quand entendrez en quel état sont pour le jourd'hui nos affaires : ce que je réserve à la première que je vous écrirai. Adieu.

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