‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 51 sur 82 · LETTRE XX VU · texte numérisé non relu

LETTRE XX VU

Au même.

Récit au long de la mort de Henri III, par le coup fatal d'un jacobin.

0 exécrable parricide ! Qu'un moine ait été si malheureux et méchant d'assassiner son roi , roi , dis-je , le plus catholique qui fut onc , entre tous les catholiques ! Mais pour vous discourir tout au long de cette détestable tragédie , vous savez que ce pauvre prince, après qu'il fut sorti de Tours pouraller assiéger Paris, se fit voie par Jargeau, Plouviers ^, Ginville^ Élampes, Pontoise, villes qu'il réduisit sous son obéissance , les unes par force , les autres par composition : de là , s'étant du tout voué à la prise de Paris, il se loge au pont de Saint-Cloud. Le bruit est que ceux de la ville , réduits en un désespoir, sont contraints d'avoir recours à ce dernier point. 11 y avait au monastère des Jacobins un frère , Jacques Clément , autrefois soldat*, natif d'un village près de Sens; celui se trouve tout propre pour l'exécution d'une si damnable entreprise, et est tellement suborné par les persuasions de son prieur, nommé Bourgouin , qu'il sort le dernier jour de juillet, bien délibéré de n'y faillir.

■ Expression empruntée aux Latins, t. lll du dit ouvrage « la -véritable fa-

Ainsi Salluste : Appius ait fabrum esse talité de Saint-Cloud », p 378 et suiv.

quemque fortunae suae, Epist. II ad (ce morceau se trouve également au

(.Eesarem ,de republica ordinanda, c. 1, t. II de l'édit. citée de la Satyre ménip-

p 484 de l'édit. Burnouf. JSic. l'asquier p^e). On sait, d'ailleurs, que >I. Vitet

a dit , d'après ce double exemple : a replacé en quelque sorte cet événe-

« chacun est le forgeron de son bien ment sous nos yeux, dans sa composi-

ou de son mal », Lettres, I, 19. tion dramatique, qui fait suite aux

^ C'est la lettre l"' du liv. XIV. On deux antres que nous avons déjà sigua-

peut rapprocher de cette lettre l'Ilis- lées, « la mort de Henri III, scènes his-

luire des derniers troubles , au liv. V, toriques, août 1589 ».

les /Uémo/res deSully.l. m, 1. 1, p. 148- ''Ou Pluviers : aujourd'hui , Pithi-

152, l'Histoire universelle de d' Auhi- viers.

gné, t. 111, I. II , c. 22, la Chronologie ■* Janville, dans la Beauce.

(lorenaire de Cayet, p. 148 et suiv., la ^ Les dominicains, se fondant sur

Satxjre mémppée , édit. de Hatisbonne, cette circonstance, ont prétendu que

t. III, p. 344-352, et le Jow)»n/ fte lien- le meurtrier n'était pas un moine de

lifll, t. II, p. 199 et suiv., avec plu- leur ordre, mais un soldat déguisé,

sieurs pièces contenues dans le même sans réussir toutefois à accréditer ce

volume, particulièrement la relation paradoxe historique, de la mort du roi par La Guesle, et au

Or voyez comme, quand notre heure est venue, nous ne la pouvons fuir. Le roi, deux jours auparavant, avait reçu un petit billet d'une damoiselle de bon lieu , qui était dans Paris , par lequel elle l'avertissait qu'il eût à se tenir sur ses gardes, parce qu'il y avait trois hommes qui s'étaient résolus à sa mort : chose qu'il découvrit à madame la duchesse de Retz , qui l'était venue saluer; c'est celle dont j'ai entendu celte histoire', Et comme elle lui eût répondu qu'il se devait donc mieux garder qu'il ne faisait, et penser que de sa vie dépendait la conservation de tous ses bons et fidèles sujets , il lui répliqua qu'il s'en remettait à la volonté de Dieu , qui le conserverait s'il le voyait nécessaire à son peuple; et s'il ne l'était , il se disposait fort libéralement à la mort. Nonobstant cet avis, il ne laissa de donner entrée dans son cabinet à ce moine : tant ce bon prince avait de fiance aux ordres de religion.

Ce moine , feignant de lui vouloir dire quelque chose de secret pour son service, le tire à part , sur les huit heures du malin ^ ; et après l'avoir entretenu de quelques choses frivoles , tira un couteau de sa manche , dont il lui donna droit dans le petit ventre, au-dessous du nombril, sans toutefois offenser aucun boyau, ains les veines mézéraïques ^. Il ne porte pas loin/; ce coup, car dès l'instant il est tué, et le jour même son corps mort tiré à quatre chevaux , puis brûlé •^. En ce malheureux accident, encore lui en advint-il un pire : car étant couché dans son lit, ses médecins et chirurgiens , après le premier appareil , lui ordonnent unclystère, pour savoir s'il y avait quelques intestins offensés ; mais ne rendant aucune matière sanglante, ils estimèrent qu'il était hors de danger de mort ^. Cependant , ayant les veines mézéraïques blessées, il vidait son sang peu à peu dans son corps : qui lui causait de grandes défaillances ; ni pour cela les médecins ne désespéraient de sa vie. Mais lui, plein d'entendement, donna ordre

' Pasquier était en correspondance ra'ique, et préférahlement mésaraïque,

avec cette dame : voy. Lettres, XIV, 3; est encore aujourd'hui un terme usité

XV, 2. Il lui a aussi dédié une partie en anatomie; il se dit même plutôt

de ses poésies. des veines, et mésentérique des artères,

2 1^' août 1589. L'assant devait être ^ On peut voir le « procès criminel

donné le lendemain aux murs de Paris : fait au cadavre de Jacques Clément » ,

V. le necueil des Lettres missiver de t. XVllI, p. 60 de la Collection'^leher.

Henri IV, par M. Berger de Xivrey, Consulter, sur la part que l'on soup-

t. 11, p. VI. çonna la duchesse de Montpensier d'à-

'Ou mésentériques.qui appartiennent voir prise à la mort du roi, le Journal

au mésentère : la membrane ainsi nom- de Henri III , t. M, p. 89 et 210.

ince est un repli du péritoine, et le ca- ^ Voy. à ce sujet une lettre de Hen-

naJ intestinal lui est suspendu. Mczé- ri IV, dans le Recueil cité, t. Il, p. 503.

toule la matinée et mio bonne partie de l'aprés-dinée à gouverner uns et .autres , même le roi de Navarre, qu'il admonesta de prendre garde à soi , n'estimant que ceux qui lui avaient brassé cette trahison le voulussent laisser de réserve. De là il envoie quelques gentilshommes aux troupes des Suisses nouvellement arrivées , aGn que par cet inopiné changement ils ne changeassent de dévotion. Sur les neuf heures du soir, un médecin du roi de Navarre, lui maniant le poux , observa qu'il était affaibli de telle façon , qu'il n'y avait plus de remède. Il était lors assisté des seigneurs d'Épernon , Bellegarde, Larchant, et Clermoat d'Entragues, qui tous , le voyant défaillir, commencèrent de l'exhorter de son salut, au moins mal qu'il leur fut possible , avec grands larmoiements. Lui , d'un autre côté , fit une belle oraison à Dieu ; et comme il l'achevait , Bologne , l'un de ses aumôniers , lui apporte la sainte hostie : on le soulève pour la recevoir ; et comme elle lui est portée jusques à la bouche, il la baise ; et dès lors la parole et toutes ses forces lui défaillent : ne faisant de là en avant que râler, jusques à ce qu'enfin il rendit l'âme à Dieu , sur les trois heures du matin ; et trois jours après les nouvelles de sa mort nous furent apportées à Tours...

LETTRE XXVJII'.

A M. Tambonneau, sieur du Boiichet , conseiller d'État et président en la chambre des comptes ^.

Considérations et discours sur la mort et sur la vie de Henri III.

... Jamais prince n'eut en sa jeunesse une fortune plus belle ; et jamais prince , sur l'avancement de son âge , ne l'eut plus fâcheuse et rebourse ^ que lui : chose que je me délibère de vous réciter de

' Ce sont des fragments de la lettre 2 des meilleures poésies françaises qu'il

du liv. XIV, — Pour les nombreuses ait composées, ayant pour titre : les

publications dont la vie et la mort de Larmes sur la mémoire du très-chrétien

Henri 111 ont été le sujet on peut Toir roi Henri III.

la Bibliothèque historique du père Le- ^ f;e correspondant et ami de Pasqaier

long, t. II , p. 271 et suiv. Rapprocher ( Voy. encore Lettres, XV, 6 ) estd'ail-

particulièrement de cette lettre le Dis- leurs inconnu.

cours sur la vie du roi Henri III par Le 3 Contraire : cet adjectif ne s'emploie

Laboureur (il est repioduitdansle/our- plus que dans la forme adverbiale,»

nal cité de l'Ktoile, t. Il , p. 268-293 ) , rebours. Bonaventure des Périers disait

et lui opposer quelques pamphlets de la femme forte , en paraphrasant le

analysés dans V An alectahiblion de jjortrait que Salomon en a tracé dans

M. du Koure, tels que Lm vie et faits ses Proverbes, qu'elle était notables de Henri de f^'alois, t. Il, Alègre, plaisante et douce,

p. 76. Ou rappellera aussi une pièce Non rebourse...

de Scévole de Sainte-Marthe, et l'une v. p, 375derédit. duBililiopliilc.Iacob,

point en point par celte lettre , moyennant que je ne vous sois ennuyeux; et vous discourrai , s'il m'est possible, en href, sans rien toutefois omettre , toutes les vertus de làrae et du corps qu'avons vues reluire en lui, et par même moyen ses bonnes fortunes, et en après comme toutes choses lui tournèrent visage, au grand regret de ses bons et fidèles sujets, et dommage général de toute la France.

Hélait d'une riche taille, d'un esprit délié, d'une belle conception , de facile accès , bien emparlé ' , patient de labeur, le possible, es exercices de guerre ou de paix , prince qui dès ses jeunes ans avait appris de dissimuler les injures particulières qui lui étaient faites, mais non celles qu'il estimait frapper à l'État , lesquelles il portait impatiemment ; et, qui est une vertu sans pair, combien que la jeunesse des princes soit ordinairement plus disposée aux folâtries' que dévolions, toutefois il se montrait lors plein de piélé et zélateur admirable des cérémonies de notre Église , ce que quelques esprits imputaient à hypocrisie : mais, soit que ce fût l'un ou l'autre, cela ne se pouvait loger qu'en une âme qui oulre-passait d'un grand trait son jeune âge ; ayant à être quelque jour chef de part de notre religion catholique , apostolique , romaine , auparavant que d'arriver à la couronne.

Or, tout ainsi qu'il fut doué;d'une infinité de bonnes parties de l'âme et du corps, aussi eut-il une fortune de même : car, après que M, le connétable de Montmorency fut mort en l'an 1567, et son état^ avec lui , le roi Charles fit ce jeune prince , âgé lors seulement de quatorze ans, son lieutenant général par toute la France : qui était, à bien dire, un vice-roi ; la maison duquel était le ressort général de toutes les affaires du royaume. Et encore que pour son jeune âge il n'y servit du commencement que d'image, si est-ce qu'étant traité en sa présence tout le fait de la guerre et des finances , pendant que le roi son frère s'amusait à tous exercices

'Doué d'une parole facile : on a cace de la Prece/ience par Henri Etienne, déjà vu cette expression. Amyot eu a ^ Dés cette époque on disait /o/â</efait souvent usage; il appelle Démos- j'ie plus voloutiers que/oirUrie. thène, dans la Vie de Philippe, c. 15, 3 C'est-à dire l'état, la dignité de « le mieux emparlé et le plus éloquent connétable , que le vieux Montmorenc) homme qui fût alors par toute la avait, mais vainement, voulu faire Grèce. » — Aussi Henri III prononçait- transmettre à son fils aîné : Cliarles IX il volontiers des discours, fort admirés prétendit qu'il était bien as.sez fort pour (leson temps ; on remarqua entre eux porter lui-même son épée [Jrt de Delà harangue par laquelle il inaugura rifier les dates, X. I, p. 649); ou plutôt, l'ouverturedesétatsdcBlois:younia/rfe comme on va le voir, il la fit porter Henri IIl, t. II, p. 128-130. Cf. la dédi- par sou frère.

de corps violents , ce ne lui était une petite leçon pour le faire à la longue grand maître es matières d'État; aussi lui succédèrent depuis les affaires si à propos , qu'il obtint deux victoires absolues encontre les huguenots : l'une en la journée de Chàteauneuf , où fut occis M. le prince de Condé , l'autre en celle de Moncontour où l'amiral de Chàtillon fut blessé , et quatorze mille des siens tués'. Je dis expressément victoires absolues ; car ni en la bataille de Dreux de l'an 1561% ni en celle de Saint-Denis de 1567', encore qu'elles fussent conduites par des premiers guerriers et capitaines de notre siècle , si est-ce que nos victoires tombaient en balance * : chacun , tant d'un que d'autre parti , se persuadait d'avoir été le victorieux; et, sur celte opinion, rendait diversement grâces à Dieu. Mais, quant à celles de ce jeune prince, ce fut tout autre rencontre : chose qui lui apporta tant de renommée par toute l'Europe, qu'en pleins comices on le proclama roi de Pologne , le jour et fête de la Pentecôte 1573; et un an après, jour pour jour, il fut aussi fait roi de France , par le décès du roi Charles , son frère '. Fut-il jamais plus grande et heureuse fortune que cette-ci?...

Jusques ici, je ne trouve rien en lui que digne d'un très-grand monarque ; car, à vrai dire , tant qu'il eut le roi son frère pour objet "^j il fut retenu en toutes ses actions , pour le respect qu'il lui portait. Mais soudain qu'après sa mort , par un grand flux de fortune , il se vit appelé à notre couronne , il commença de changer de mœurs ; et le changement de ses mœurs ravala aussi sa fortune : de manière que de là en avant tout ce que le commun peuple lui

' Le bataille de Chàteauneuf, ainsi 2 Ou plutôt de 1562, comme on l'a vu appelée d'une petite ville sur la Cha- plus haut, et même de la fin de cette rente, à quatre lieues d'Angoulème, est année, du 19 décembre, du 13 mars 1569, et plus connue sous le 3 Voy. sur cette bataille \es Lettres nom de Jarnac , autre ville qui forme de Pasquier, V, 4 ; les Discours cités de la frontière du Limousin et de l'Au- La Noue, p. 618; le Journal de Hengoûmois. La journée de Moncontour ri III, t. 1, p. 34; etc. est du 3 octobre 1569 : voy. sur ces ■* Ni la victoire de Dreux, ni la vievictoires de Henri 111 le Journal de toire de Saint-Denis ne pouvaient être l'Étoile, t. I, p. 35-42; l'Histoire uni- comparées à celles que l'on vient de verselle de d'Aubigné, t. I, liv. V, rappeler, attendu qu'elles avaient été chap. 8 et 17 , etc. Cette épitaphe co- trop peu décisives, mique du prince de Condé rappelle le 5 Dgià vint que ce prince « considérant champ de bataille où il avait péri : ce jour de Pentecôte comme son jour

bienheureux, institua, pour cette cause,

L'an mil cinq cfnt soixante et neuf, l'ordredes chevaliersdu Saint-Esprit »:

Entre Jarnac et Chàteauneuf, , ,. , •-. „ ,„„;-,- vni Ifi

Fut porté mort sur une àne^se lettres de Nie. Pasquier, \ III, 10.

Le grand ennemi de la messe. '' Tant qu'il eut en vue de servir le

roi son frère ; ou plutôt, en prenant

11 faut croire que l'on n'avait pas le mot objet dans le sf.ns propre, indi-

trouvè pour le cadavre d'autre moyen que plus haut : tant que sou frère fut

de transport. placé devant sesyeux,...

altribue à grand hour, si j'en suis cru , ce ne lui fut que malheur. Je commencerai par sa promotion à notre couronne, qui clait le plus haut point qu'il pouvait souhaiter en discours humain. Considérez, je vous prie , quelle fut sa retraite de Pologne ' ; quelle son entrée dans la France ; combien il mécontenta sa noblesse , qui l'alla, d'un cœur franc, saluer en Avignon ^ ; ce qui lui advint pour ses premiers exploits d'armes , au Pousin et Livron ^ ; la reddition qu'il fît de quatre villes de Piémont , qui tenaient le Savoyard en bride ^ ; les libéralités premières de deux évêchés dont il gratifia le capitaine du Gasl ^ : tout cela représenté de son long sur un papier non passionné , par une plume hardie, je crains qu'il n'enlaidisse grandement tout ce qui était de beau en son histoire précédente. Ajoutez que peu après son arrivée, n'ayant voulu embrasser tous ses sujets d'une même balance , ainsi que l'empereur lui avait conseillé de faire , passant par ses pays *', il fut depuis salué, non-seulement de la guerre du huguenot , dont le roi de Navarre , son beau-frère, était chef, mais aussi du catholique raalcontent associé, conduit par M. le Duc son frère, sous un prétexte exquis et recherché de la réformation de l'État '.

Et toutefois les choses se comportèrent en lui , les trois premiers ans de son règne, assez passablement ; les afflictions des guerres civiles le firentdemeurer en soi... :1e naturel du roi était de demeurer en cervelle * quand il se voyait affligé , et, au contraire , de se là-

' Sa retraite fut une véritable fuite : nuel Philibert. Voy. à ce .sujet le Jourc'est ce que l'on peut voir dans le Jour- nal de Henri II l, t. I, p. 96 et 97, text. liai de Henri III, t. 1, p. 94 ; dans de et not. ; et dans le 1'='' volume des A/érliou, 1. LVIII, t. vil , p. 73 et suiv. moires de Never.s, p. 1 et suiv., la Relie la traduction; Sully, 1. I, t. 1, p. 39 , montrance adressée par ce seigneur au et d'Aubigué, t. 11, liv. II, cliap. 9. roi, en 1574, sur l'aliénation de ces

2 Voy. à ce sujet le Journal de Hen- villes. Cf. de Thou , liv. LIX , t. VII ,

ri m, t. 1, p. 107 et suiv. On voit que p. 154 et suiv. de la traduction; Varil-

le roi, dés son arrivée dans la ville d' A- las, Histoire de Henri UI, p. 74-84, et

vignon , assista à la procession des le Dict. crit, de Bayle, t. II, p. 424 et

lîattus ou Flagellants, et se fit membre 425, aux not. G, H. et J.

de leur confrérie. * Louis Bérenger du Guast ou du

■' Le Pousin, ou Pouzin, petite ville Gast : à cette époque, il était le pre-

du Vivarais (Ardèche) : pour sa dé- mier favori d'un prince qui devait en

fcnse intrépide contre les royalistes, compter tant d'autres. Voy. sur lui le

Voy. de Thou, liv. LIX, t. V||, p. 160 Journal de Henri III , t. I, p. 140.

de la trad. Livron , petite ville du i» Lorsque Henri traversait ses États :

Dauphiné (Drôme) : le roi fut obligé c'était l'empereur Maximilien 11, qui

d'en lever le siège, Voy. le Journal de lui avait conseillé la paix , aussi bien

Henri III, t. I, p. 117, et t. II, p. 554. que le doge de Venise, LouislMocenigo,

* Pignerol, Saviglian, la Pérouse homme d'une remarquable prudence,

et Genolles ou plutôt l'abbaye de Ce- '' 1575 : voy. de Thou, 1. LXII, t. Vil,

nolles : tel fut le prix trop généreux p. 405-418.

<lont Henri paya la réception brillante * Attentif, .sur ses gardes, appliqué

que lui fit par politique le duc Emma- à ses affaires,...

cher trop aisément la bride lorsqu'il était en prospérité : ce qui lui advint après qu'il eut pacilié toutes choses , d'autant que pensant être au-dessus du vent pour n'avoir plus aucun ennemi ouvert par la France , il se laissa emporter à la merci de ses volontés. Et sur ce pied, estimant que toutes choses qu'il désirait lui étaient loisibles, il épousa en son particulier je ne sais quels petits passetemps et déduits domestiques , dont il changeait de six en six mois, ou d'an en an pourle plus', qui le firent tomber au mépris de ses sujets, auparavant idolâtres de sa fortune ; et quant au génércil , il se dispensa en une infinité d'opinions ^ et de libéralités extraordinaires, qui réduisirent ses affaires en un abimc, dont je laisse l'inventaire au Suétone qui fera sa vie : de sorte qu'en peu de temps il accueillit et le mécontentement des plus grands et la haine des moyens et petits, au grand crève-cœur de ceux qui lui avaient voué une obéissance absolue dans leurs âmes, prévoyant que ces mépris, ces mécontentements , ces haines ne lui pouvaient , au long aller, apporter que les désastres que nous avons depuis vus...

Or est-ce une chose très-remarquable , que je ne puis passer sous silence : il nourrissait au château de Madrid ^ des lions , des ours , des gros magots et autres bêles sauvages , qu'il faisait souvent combattre dans la cour du Louvre à huis clos , tantôt les uns contre les autres, tantôt contre des taureaux échauffés. Il songea une nuit, entre autres , que ces lions l'avaient voulu dévorer, et, s'éveillant en ce transe ' , soudain qu'il fut réveillé , il commanda à leur gouverneur de les tuer tous : ce qui fut aussitôt exécuté; et en leur lieu il y fit mettre plusieurs meutes de petits chiens de lion ^, dont Drouillon, l'un de ses valets de chambre, eut la charge. Je dis lors

' Ce fut lui, par exemple, qai inventa d'iuii fort rare, qui provient de celles le jeu du bilboquet, pour lequel il eut de l'épagneul et du petit danois (doune extrême passion : voy. le Journal gue transporté de l'Angleterre en Da- (le Henri III, t. 1, p. 462; cf. ibid., nemark) : voy. ïe Nouveau Dictionnaire p. 179, et Sisraondi, Histoire des Fran- d'Histoire Naturelle, in-8°, Paris, 1816, fais, Paris, Treuttel et Wiirtz, Jn-8°, t. VI, p. 457. On prisait fort ces petits 1821-1835, t. XX , p. 138. chiens, comme on l'apprend par an

' il se livra , s'abandonna à nne in- passage de l'historien de Thou, De vita

finité de caprices, de préférences — sna, liv. 11, où il rappelle « que le

3 Ce château avait été bâti dans le chancelier de Birague lui contait fami-

bois de Boulogne , par ordre de Fran- liércment les moindres circonstances

rois l«f, sur le modèle de celui de Ma- delà liaison qu'il avait eue avec le

drid, où ce prince était resté un an pri- premier président , son père; jusqu'à

sonnier après la bataille de Pavie. lui dire qu'jlsaimaicnt tous deux beau-

^ Substantif alors masculin. Il de- coup les petits chiens.de Mallhe ou de

Aient féminin des ledix-scptiémcsiécle. lion, qu'on a depuis nommés bi-

■' Le c/iîen-/ion est une espèce aiijour- rhnns. u

à quelque mien ami , en l'oreille , que ce n'étaient pas ces lions contre lesquels il devait décocher ses flèches ; et qu'il y en avait d'autres à deux pieds , beaucoup plus à craindre par lui que ceux-là. A vrai dire , tout ainsi que ce songe était fâcheux , aussi semblaitil , par énigme, représenter quelques mauvais traitements contre lui , de ceux qui pour leur grandeur refiguraient ' les lions. Dieu souvent, par songes et visions nocturnes, découvre aux grands les heurs ou malheurs qui leur doivent advenir ^.

Grande pitié! Quand la fortune lui voulut tourner visage, tous les conseils dont il usa pour le détourner et rabattre , non-seulement ne lui réussirent , mais, au contraire , lui furent grandement dommageables... Il n'est pas qu'en ses principaux favoris on n'y ait vu du malheur; car les uns furent tués de mort violente : qui par assassin , comme Lignerolles , du Gast , Saint-Maigrin ; qui par duel, comme Caylus et Maugiron, et le dernier, en bataille rangée, comme le duc de Joyeuse ; et les autres disgraciés par leur maître, comme Souvrai, Saint-Luc, d'O, Pibrac, Roissi , Vic-de-ville3. H aimait sans mesure ceux qu'il favorisait , sans savoir pourquoi ; et pendant cette opinion il les gratifiait aussi d'une infinité de libéralités sans mesure ; et à la fin les licenciait aussi sans savoir pourquoi , sinon qu'il en était las. Le sieur d'Épernon, qui est celui qui commanda plus longtemps à ses volontés , ne s'en put enfin dispenser'^...

' Représentaient : refigurer n'était pas, à cette époque, moins nsité que firj'urer.

2 On a déjà tu des traces de la superstition de Pasquier : on en pourrait signaler d'autres dans plusieurs partics de ses ouvrages. 11 n'est d'ailleurs presque aucun homme illustre du seizième siècle qui n'ait payé quelque tribut à cette faiblesse.

3 Sur les favoris de Henri III on peut voir beaucoup de détails dans la Confession de Sancy par d'Aubigné , t.' V du Journal de Henri III, voy. particulièrement p. 114et 115. Cf. la. Description de l'ile des Hermaphrodites , au t. IV du même ouvrage.

^ Ne put à la fin échapper à la disgrâce : voy. à ce sujet la lettre 11 du liv. Xlll.

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