‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 55 sur 82 · I. I, p. 156. tiou et le passage marqués du Journal · texte numérisé non relu

I. I, p. 156. tiou et le passage marqués du Journal

> S'informer, s'inquiéter : Émayer rfi? i/euci /A', comme aussi dans les flr-

niiclqu'un (d'où cmoi ), c'était le marques (\u\ s»\^enl\a Satyre ménip-

troubler, le priver de ses facultés. /"f , t. Il'' de l'édition de Ratisbonnr.

' Où l'on procéda au ballottage, ou

d'en reinellie la résolulion au conseil secret des dix ; et qu'avec eux Ciomer, amplement instruit du procès, pourrait être de la partie, comme pareillement le curé de Saint-Cosrae ' et le docteur ■' Martin.

Quant au renouvellement de serment, la compagnie fut priée de se trouver le vendredi, huitième, au logis de La Bruyère, et que chacun y amenât le plus de ses amis qu'il pourrait, pour contribuer tous d'un commun vœu à une si sainte union. Auquel jour et lieu s'élant assemblés, Bussis et quelques-uns de ses confidents montèrent en une chambre haute, faisant contenance de vouloir écrire les articles, pour l'entretènement desquels chacun serait assermenté, et tenu de les soussigncr ; mais ils descendirent tout aussitôt en la salle, portant trois grandes feuilles de papier blanc attachées ensemble. Et Bussi, prenant la parole pour ses compagnons, dit ces mots : « Messieurs, nous serions trop longtemps à rédiger les articles du serment, et craindrions que la compagnie s'ennuyât; mais s'il vous plait de signer en ce papier avec nous , ce sera autant de temps gagné , et remplirons après le blanc tout à loisir, au contentement de chacun. Cette proposition ne put être, du commencement, de tous digérée, ores que quelques-uns y condescendissent de franc pied: au moyen de quoi, quelqu'un, plus hardi que les autres, lui répondit qu'il serait plus raisonnable de jeter l'œil sur les articles avant que de les soussigner, n'y ayant rien si pressé qu'on ne pût surseoir un et deux jours. A quoi fut répliqué par Laulnay qu'il n'y avait sujet de douter, puisque tant de gens de bien et d'honneur offraient de signer -, et s'il entrait en quelque détiance, il en était quitte pour ne le faire. Et comme ils étaient en ces altères ', le censeil secret des dix fit mettre deux suppôts à la porte , pour empêcher qu'aucun ne sortit qu'il n'eût signé. La Bruyère apporta un messel ^ sur la table : lui, Bussi et leurs principaux adhérents signent. Cela fait, nul de la troupe n'osa faire aucun refus.

Le formulaire du serment était tel : Lauînay faisait mettre la

'On verra plus bas que son nom aux violences et aux folies de la Ligue,

était Hamilton. Il était Kcossais : Forcé de se réfugier à Bruxelles, il y

forcé de quitter son pays, il était venu vécut en exerçant son ancien métier de

à Paris, où une classe lui fut donnée à tireur d'armes. 11 avait fait de gros

régenter; puis il obtint une cure, lise profits à la faveur de son commande-

jeta dans la Ligue avec fureur. ment; mais il ne parvint pas à sauver

• En théotoçiie sous-ent. son argent comme sa personne : voy.

^ Jean Le Clerc, dit Bussi, d'abord le Journal de Henri If, t. 1, p. 185,

prévôt de salle, puis procureur au par- et l'édition citée de la Satyre ménippée,

lemcnt de Paris, lieutenant de la Bas- t. Il, p. 102-105.

«ille, enfin commandant de cette for- i Incertitudes, perplexités. ..

îercsse ; on connaît la part qu'il prit •' Missel , livre de prières.

ui.iiii sur le messcl , disaut ces mois : « Vous jurez eï promettez a Dieu le Créateur de garder et observer inviolableoient les articles ((ue vous allez présentement signer pour la conservation de la religion calholiiiue, apostolique, romaine ; » ce que promettait de faire celui qui signait. Ce grand coup étant de celte façon frappé, l'assemblée fut prorogée au dimanche , dixième, au logis d'imcbanoinede Notre-Dame' àraprès-dinéc. Auquel jour le conseil secret s'assemble le matin , chez Laulnay ; et fut Bussi chargé de communiquer avec quelques-uns de messieurs delà Sorbonne, si en faitdeconscienceon pourrait exécuter ce qu'ils projetaient. L'apresdinée, garni de son passe-parlout, il le fait signer à ceux qui ne l'avaient signé. Si ne le put-il faire sans attache ^ de l'un de la compagnie, qui, poussé d'un juste crève-cœur, dit tout haut : « M. de Bussi a la réitération de serment merveilleusement affectée. Dieu le veuille conserver en cette bonne volonté ; mais nous trouvons fort étrange qu'on nous fasse signer du papier sans savoirque c'est. » Mais pour cela Bussi ne s'en étonna, obtenant ce qu'il désirait.

Le mardi, douzième, autre assemblée, heure de relevée ^, ches La Bruyère, et renouvellement de serment avec les signatures. Le mercredi , treizième, se tint le conseil secret des dix chez f,auluay, le matin ; où se trouvèrent le curé de Saiiit-Cosmc et quel- (jues autres des plus signalés. Auquel lieu , Bussi leur rapporta que messieurs (le la Sorbonne trouvaient bon tout ce qu'ils faisaient. De ma part, je crois qu'il mentait, et que tout ce (ju'il eu rapportait était pour l'avancement de son malheureux dessein. L'aprèsdinée, la compagnie s'assembla en la rue de la VieilIcMonnaye, où Bussi ne faillit de se trouver avec son papier; et là , outre le serment el

' U s'appelait Sanguin : Il faisait (lient d'y clouerlesmaiivaisesniœiirs n,

partie des Seize. Par la suite, il fut em- Lettres, XIX, 15. — Voici les vers du

prisonné. Trinuinmis , act. lV,sc.;i, auxquels il

-' néclaniation : on appelait attaches est fait allusion :

les ordonnances, édits, proclamations Eœ misera; (Icges) etiam :icl pr.iip|pm sinit

ou autres pièces seniblaliles , que l'on [fixœ riavis ferrpis

filtachàit dans les carrefours, pour les '^''i malos moresaffigi nimio fucrataequius.

exposer à la vue des passants. Cet usage ^ xerme de procédure: « C'est, dit

était emprunté à l'ancienne Rome, ou, Nicot , p. 551 de sou Trésor, le temps

dit Pasquier, « tant sous l'état popu- d'après-dîner jusques an vêpre (soirV

laire que monarchique, la publication La raison de cette manière de parler,

de la loi se faisait par affiches en plein ajoiite-t-il , est que s'asseyant pour

marché : qui occasiouna Piaule, le diner, après avoir achevé son repas,

railleur, de dire, en se gaussant, que on fait, en sortant de table, la deuxième

les pauvres lois étaient attachées pu- levée, la première ayant été celle d\i

bliqiiement aux parois à clous de fer, lit au malin. » et qu'il eut clé beaucoup plus cxpè-

les signatures , il commença de s'ouvrir plus hardmii ni ([u'il n'avait fait , et de dire qu'il fallait donner ordre aux trahisons que l'on l)rassail Journelloment contre la ville, et qu'il était temps de se bien unir sans dissimulation et hypocrisie. Le jeudi, quatorzième, le conseil secret se tint chez Laulnay, et l'aprcs-dince fut vouée à l'assemblée générale, chez La Bruyère, où Bussi ne faillit aussi de se trouver ; lequel, se voulant retirer avant que la compagnie se rompit, dit ces mots : « Messieurs, nous devrions tous souhaiter que ceux de celte sainte congrégation eussent la charge et intendance de la ville. Ce serait un grandbien et avantage pournotre religion. « A quoi Ame- Une ' ajouta : « Je pense n'avoir reçu tant de grâces de Dieu, quand le jour de mon baptême je fus enregistré au papier journal des baptistères, comme j'en ai reçu d'avoir cet honneur d'être enrôlé en cette compagnie. Partant, messieurs, je vous supplie d'être fermes et stablesen notre sainte union, m'assurant que Dieu nous fera sentirle fruit de ses bénédictions. » A ce mot, chacun se départ, pressentant quelque proche malheur devoir advenir de tant d'allées et venues ; mais quel : nul ne le pouvait bonnement juger.

Quels étaient les articles dont on devait remplir le blanc, chacun eu parle diversement. La voix commune est que l'opinion des en treprcneurs était qu'il fallait clore les mains au' parlement, trier des conseillers à leur poste sur le volet ^, dont ils s'aideraient ; dresser une chambre ardente ^, composée de seize personnages à leur dévotion, pour faire le procès non-seulement aux polUiqitcs notoires, mais aussi à ceux qui caseraient soupçonnés, et en nettoyer la ville, tant par morts que bannissements, et s'accommoder de leurs biens ; afin que de là en avant la sainte Ligue pût avec plus grande liberté et sûreté de conscience vaquer à ses affaires, et les joindre avec celles de l'Espagnol , qui lors était en garnison dedans Paris \ De moi, je ne passe point si avant, ains me persuade seule-

' Il était avorat, et fut l'un des pre- le volet , fort usitée au seizième siècle

miers membres du barreau qui s'at- ( voy. Rabelais, Pantagruel , 111,30;

tacbèreiitau parti de la l>igue. Comme Montaigne , Essais , H I, .3; etc.^), c'est

presque tous ceux qui furent lesprin- une métaphore empruntée au langage

cipaux auteurs du meurtre de Brisson, des jardiniers, qui ont coutume de

il devait expier son crime par une mort répandre leurs graines sur une planche

violente : voy. la Satyre ménippée, qu'ils nomment t'o?e/ , afin de choisir

édition de P.atisbonne, t, II, p. 94-96. entreelleslesmeilleures pour lessemcr.

2 I/ier les mains, c'est-à-dire en- ' De l'ancien verbe arrfce , brûler: chaîner les volontés du... c'est la chambre qui brûle, ou plutôt

3 Choisir des conseillers à leur ron- qui fait brûler, qui condamne au feu ; venauce : ou a déjà vu la signi6cation chambre de justice, chambre criminelle, de j'osie. Quant à la locution il ier sur '• ^ "y. la lettre envoyée peu aupara-

iiienl qu'ayant projelù en leurs àmcs de fane moinir M. le piési (lent Biisson , ce blanc était rcscrvc pour le remplir de l'approbation lie sa mort, quand l'exécution en aurait été faite. Suffise-vous ' qu'il ne se passa assenoblée générale entre eux ( et s'en passèrent cinq depuis le renouvellement de serment accordé), en laquelle Bussi , ayant pour son suffragant un Laulnay , ne fit jurer ( si ainsi me permettez de le dire ) et signer à tâtons ce qu'ils pourpensaient ^ . Voyez, je vous prie, comme ces pauvres abusés disposaient, à yeux bandés , de leurs consciences.

Or la nuit du jeudi , quatorzième , et du vendredi , fut la consommation de leur œuvre; parce que le conseil secret se trouva en une maison prés de l'église de Saint-Jacques de la Boucherie ^, en laquelle fut résolue la boucherie, et donnée sentence de mort contre ce pauvre président : quelques-uns ajoutent , de faire le semblable à tous ceux qui avaient opiné en l'arrêt de relâchement de Brigard ; mais mon mémoire n'en porte rien. Pendant qu'ils étaient de cette façon embesognés dedans la maison , il y eut toute la nuit grand nombre d'hommes armés, qui ne bougèrent de la rue, en la place où est la croix, pour leur faire escorte; et le lendemain vendredi, quinzième de novembre , sur les sept heures du matin , le curé et trois bourgeois furent députés pour avertir les Espagnols logés vers l'église Saint-Eustache , et mettre entre les mains du capitaine l.igoef* la sentence, auquel ils discoururent par le menu l'ordre qu'ils entendaient tenir en l'exécution d'icelle. Le semblable fut lait par Ilaniiilon , curé de Saiul-Cosmc, et deux ou trois de la faction, à Dom Alexandre, capitaine des Napolitains, logé près la porte de Bussi : nouvelles de nouvelle cruauté, qui ne déplurent ni à l'Espagnol ni au Napolitain , parce qu'elle se faisait pour l'a-

%ai)t (2 septembre 1591 ) au roi d'Es- dice du faux goût de son époque, au-

jiagne par les 5e!ce et signée par eux; quel il n'a par bonheur sacrifié que

il en est parlé dans le Journal de lien- rarement.

n II, t. I, p. 149. (In la trouve citée * t)u plutôt I.igorette : la commu-

textuellement parmi les pièces qui nication qui lui était faite, de même

hiiivent la Satyre ménippce , dans l'é- qu'à Dora Alexandre, avait pour but

dition de Ratisbonue, t. Il, p. 412-121. d'empêcher qu'ils ne fussent surpris ,

' De safOir, faut-il sous-entendre ici. lorsque des bourgeois paraîtraient eu

' Méditaient , complotaient : pou)- armes, pour mettre à exécution l'arrêt

penser avait plus d'énergie que ces porté contre les objets de la haine des

verbes, qui l'ont remplacé. Sei:ie. Ces officiers, ainsi pré\enus; to

f Dans le cloitre ^otrc-Oame, dit lércrent le crime et eu repoussèrent en-

l'Ktoile, p. 169 du volume cité. Quant suite la resppnsabilité ; voy. le Jnur-

au mauvais jeu de mots que contient nul de llcnii IT' , t. 1, p. 168 et !'•

la phrase de faSiuier, on y voit un in- text et nut,

35(1 LETTRKS.

vaiuomeiil du roi leur mailie, cl coiiscquemmeut à la désolation fl ruine de tout le royaume.

Je vous ai fidèlement raconté, jour par jour, en l'orme de papier journal , quelle fut la trème ' et conduite de la conspiration , laquelle j'ai extraite d'un quidam qui se trouva en toutes ces assemblées, homme royaliste en son âme , mais un autre Nicodemus^ (permettez-moi d'ainsi le dire), orndtus j^ropter metiim Judœorum: je vous discourrai, par une autre lettre , les attentats et malheureux effets de celte exécrable conjuration : étant mon esprit, ma main el ma plume lassés. Adieu.

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