‹ Œuvres choisies d'Etienne Pasquier (volume 2)Chapitre 71 sur 82 · ŒUV. D'KT. PASQUIER. — T. II · texte numérisé non relu

ŒUV. D'KT. PASQUIER. — T. II

à ce sujet de paradoxal ' a lini, comme il arrive toujours pour re qui est vrai, par devenir l'avis commun. Qui doute à présent qu'il n'y ait dans ce langage plus d'un mot à recouvrer, plus d'un tour heureu.x à ressaisir ? Rien de ce qui par le bonheur de l'expression ajoute à la force, à la richesse de la pensée ne saurait être dédaigné. L'abondance des termes , la souplesse et la variété des constructions nous manquaient, disait-on : on a senti qu'il fallait les redemander à nos pères. En même temps on a reconnu qu'après beaucoup de tentatives infructueuses, ce retour vers notre passé littéraire était de toutes les innovations la plus féconde , et que c'était aux sources indigènes qu'il fallait retremper la vigueur épuisée de notre arrièresaison.

Le moment semble donc venu de rechercher dans nos anciens auteurs les expressions et les tournures que nous avions imprudemment laissées périr, et de les dépouiller de ces formes regrettables dont la vétusté, par une sorte de verdeur généreuse, rajeunira notre style. Le vœu de Fénelon et de Voltaire doit enfin être réalisé. Par ce motif, il serait à désirer que l'on rédigeât, pour chacun des écrivains que nos ancêtres ont admirés, des vocabulaires succincts, ou plutôt que Ton dressât des catalogues fidèles de toutes les locutions originales qu'ils contiennent , en les soumettant au choix de ceux qui peuvent, par le droit dont les investit la faveur du public , réhabiliter les termes anciens ou en créer de nouveaux. Cette histoire de la langue ne serait certes pas peu propre à éclairer celle des idées et des faits dans notre pays. Déjà cet inventaire des richesses enfouies dans nos vieux livres a été tenté par quelquesuns, mais avec peu de goût et de bonheur. Pougens, dans son Archéologie française, exhume des mots justement remplacés; et ceux qui ont mérité de survivre , il lui arrive souvent de ne pas les apercevoir ^.

Au nombre des écrivains chez qui la curiosité philologique peut trouver le plus à reprendre , un rang distingué est dû à Pasquier : lui aussi enfonce le sens des raots^, linguani procudit^. Nous aurons plus d'une occasion de le voir dans le Glossaire suivant.

' Fiu (lu cli.ipitre XIV. pre et au fiRiiré : «ne terre plantiireusf,

' Par exemple il veut rctal)lir pnii- un génie planturKu.v.

Jtieua; (pesant), et ne songe pas à /;/an- ^ Montaigne , /Tisnis , 111,5.

iureux (abondant;, si expressif au pro- '• Cicéron , Pe Oratorc, (II, 30.

t. LOSSAIUE.

Abayer, attaquer, liaitelur : -i Éiaiil le rojaume iibayé par plusieurs grands princes » , Récit., II , 13.

Abois; métaphore tirée de ce mot : t. II, p. 302.

Accasauer (S' ), s'amollir : « Le roi ne permet pas que les esprits s'abâtardissent ou s'arcrtsw/ic/it en voluptés», Pourparler du Prince.

AccoDsuivre, suivre à la piste : « Comme le malheur acconsnit souvent nos bonnes fortunes, » Le(t., XII, 10. V. aussi t. I de cette édit., p. 39, • et l. II, p. 2'76. Par extension, ce verbe signifiait atteindre : « Bajazet fut acconsiiiri par ceux qui le poursuivaient » , Montaigne, Ess., I, 1*8.

Accort, adroit, habile (en italien, accorto, avisé, de bon esprit et de bon jugement , dit Nicot) : « Sur quoi ( sur la demande de la royauté , faite par Pépin), le pape Zacharie, sage et accort , ne voulant déplaire à celui duquel il se promettait récompense..., » Recli., 111 , 10. — Louis XI était « un monarque accort , qui savait aussi dextrement choisir ses avantagea pour les ménager sur des parchemins, que ses prédécesseurs par les armes », /d., VI , 11. V. aussi ce mot t. II de celte édit., p. 28 et 231.

.\cculer ; emploi énergique de ce mol, t. II, p. 257.

Acerbcr (S"), se fâcher : ((François V s'acerba grandement... » , Pourparier du Prince.

Acerlené, informé, assuré : Itccli., II, Ifi. V. aussi t. I de celte édit. , p. 13 et IGI.

Aclioison : t. 1 , p. 3.

Adomestiquer, introduire, habituer : « Les reitres (jue nous avons tant de fois adomesliiiucs cnlic nous, à notre très-grand donunage... «,Lelt., X, 6. V. aussi 1. 1 de cette édit., p. 33. Domeslique est encore employé pai- Pascal dans un sens analogue à celui de ce verbe : « Klle (la vérité) ne demeure pas en terre, elle est domestique du ciel », M. Cousin , Des Pensées de Pascal , p. fiô".

Adoiic : I. I, p. 19.

Arramé ; emploi énergique de ce mot : « Guy , duc de Spolette , et Bérauger, duc de Frioul , dès le vivant même de Charles le Chauve, partagèrent par une espérance affamée ses royaumes », Recli., V , ft. — Ailleurs Pasquier signale (( un moyen certain de fermer la porte à toutes espérances affamées », Lett., XXII, 5.

Airoler : t. II , p. kl.

.Ahan et Alianner ; termes fort à regretter : ils ont le même sens que labor et laborare des Latins, peine, fatigue, s'épuiser d'efforts; Yoy. Recli., VIII, 6. — Piabelais avait dit ; u Je suc , par la mort bœuf, d'alian », Pantagruel , III, 36. — Ainsi Montaigne : « Sénèque sue d'aliaa pour se roidir et s'assurer contre la mort » , Ess., III, 12; et : « Je sais combien alianne mon âme en la compagnie d'un corps si tendre, si sensible, qui se laisse si fort aller sur elle », 1, 25. iXoire vieille langue n'avait pas de mots plus expressifs, plus heureux pour peindre la pensée. Alieurté : t. II, p. 25û.

Ainçois : t. I , p. 35, 158, et L II, p. 19".

Alainbiquer (S'), s'exercer, se fatiguer: ((.S'rt<(/)/i<(i(/i/c/' le cerveau sui 1< livres », l.cll., X , 7.

Allouer une chose, en convenir : t. Il, p. 230.

Alliiviou ; emploi figuré de ce mot : t. II, p. 84.

Altères [œstus aitimi, fluctuations, traduit Nicot) ; <■ Il lui répliqua qu'il n'était en ces altères (»lans cette situation d'esprit, pénible, désespérée) , Recli., VI , 30. Voy. encore pour ce mot t. I , p. 187 de cette értit., et t. II, p. 352, 385, filS.

Ambitieusement mendié ; belle alliance de mots : « Si par le suffrage commun des évêqucs ce titre lui eût été accordé (au pape I.éon P^), il semblerait que c'eût été à sa sollicitation , comme une qualité ambitieusement mendiée >>, Rccli., lU, 2,

Amig:narder (S' ), s'amollir : k On ne permettait pas en Gaule aux petits de s^amignai'dcj' dans le sein de leur mère » , Recti., 1, 1.

Angustie : Les comtes et ducs « maintes fois guerroyaient le roi même, et le réduisaient en grandes anoastics » (5 une situation très-critique), Recli.,

II , 2. V. aussi dans cette édit. t. I , p. 228. Aninipux : t. I , p. 19.

A peine que ; tour vif, qui nous fait défaut : «A peine que (c'est à peine si) Rome eut jamais un prince de plus grand sens que Nicolas », Rech.^

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