‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 10 sur 176 · XVI VIE I) ETIEXNE PASQUIER · texte numérisé non relu

XVI VIE I) ETIEXNE PASQUIER

tiens, néanmoins ses deux amis avaient pu reconnaître en lui, avec une piété éclairée et sincère, un esprit incisif et nerveux, versé clans l'histoire politique et religieuse, une haine prononcée pour les pouvoirs irréguliers ou occultes, surtout un attachement loyal à nos libertés gallicanes : de là le témoignage de confiance qui, en remettant ces graves intérêts entre ses mains, l'appela tout à coup sur un si imposant théâtre.

Quelle avait été l'occasion, quelles furent les circonstances de la lutte alors engagée entre l'université et les jésuites, c'est ce que je raconterai dans un chapitre à part, où je ferai connaître non-seulement le discours de Pasquier, mais tous les démêlés qu'il eut avec cette compagnie, déjà si puissante à son berceau. Il allait atteindre trente-six ans. A la vigueur de l'âge il joignait la maturité du talent et du savoir; ses vœux, qui longtemps avaient appelé le grand jour d'une éclatante plaidoirie, étaient enfin satisfaits : on sait s'il répondit à l'importance de la mission qu'il avait reçue. En transformant un simple débat judiciaire en question d'État, en s'élevant aux plus hautes considérations du droit public, il donna la mesure de ses forces. Cette vivacité de dialectique, cette largeur de pensée dont il fit preuve, aucune autre cause ne lui avait encore permis de les déployer avec le même éclat : aussi, jusque dans les dernières années de sa vie, se plaisait-il à rappeler, avec la complaisance du vieillard, « ce premier coup d'essai de son esprit, cette harangue prononcée à la vue de dix mille, et qu'à l'étranger on avait réputée pour un chef-d'œuvre '. »

Une telle circonstance , que Pasquier n'a pas craint de déclarer providentielle 2, ouvrait une vaste carrière à son ambition légitime. En même temps qu'elle le désignait naturellement pour les grandes affaires, il se montrait par la générosité de son caractère digne de son brillant succès. Lorsque l'université lui fit remettre «une bourse de velours contenant plusieurs écus», il la refusa 3: comme son (ils reconnaissant, disait-il, il se devait tout entier à son service ' .

1 Lettres, XXI, 3; cf. Recherches, porterait deux cierges, au jour de la

IX, 4. Chandeleur; hommage dont il s'est

J t Miracle très-exprès de Dieu. » montré très-flatté . Lett., XXI, 1. Cf.

Lettres, \XI, 1. Crévier, Hlst. de Ci niversité, t. VI ,

; Pour répondre à ce procédé gêné- p. 192. i-rnx, l'université ordonna que tous les ! Si l'on est tenté de sourire d'une

ans, tant que Pasquier vivrait, on 1 ni telle preuve de désintéressement , on

vie d'etie.xne PASQUIER. XVII

Chaque jour pourPasquier fut depuis ce momcnl marqué par de nouveaux combats et par de nouveaux triomphes dans la lice du barreau '. En 15GG il perdit sa belle-mère, et pour recueillir sa succession il se rendit à Amboise, pendant les fêtes de la Pentecôte : une anecdote relative à ce court voyage 2 nous le représente comme fort occupe alors au Palais, où il avait su se concilier l'estime et la bienveillance des chefs de la magistrature. Dans diverses parties de ses ouvrages il s'est au reste étendu sur les principales causes qu'il a plaidées, sur les procès les plus mémorables dont il a été chargé 3. Quand sa réputation solidement établie eût semblé lui permettre plus de loisir, on voit qu'il ne se relâchait en rien de l'activité de ses travaux. Malgré la sûreté d'un talent mûri par l'expérience, il se gardait de cette confiance qui est souvent recueil des esprits supérieurs ; et bien loin de trop présumer de ses forces, par une appréhension salutaire d'être au-dessous de lui, il se maintenait constamment à la même élévation 4.

Une des plus glorieuses campagnes qui signalèrent sa longue carrière, ou, pour mieux parler, l'une de ses plus belles victoires, fut celle qui sauva la vie à un innocent, la fortune et l'honneur à une illustre maison. Pasquier a raconté ce^te affaire avec de grands détails ; en outre il nous a conservé le plaidoyer qu'il prononça dans cette occasion 5. C'était en 1571 : le seigneur d'Arconville, escorté d'une troupe d'archers, avait été traîné sur une charrette aux pieds de ses juges. Chargé d'une horrible accusation, cet appareil ignominieux le désignait comme coupable au peuple, dont la haine aveugle réclamait son supplice; le tribunal et l'avocat du roi, Augustin de Thou, inclinaient vers l'opinion publique. Tel

nous permettra de rappeler qu'un écu II, 43, 58, 78; etc. Pasquier remar-

Était sous Henri III, et même a3sez que, dans une lettre inédite adressée à

longtemps après lui, le prix ordinaire Loisel, et datée du 6 novembre 1582,

d'an plaidoyer: voy. les Mémoires pu- « que sans l'ordre qu'il y avait ap-

bliéssouslenomdeiUézeray, t. l,p.54; porté le duc d'Alençou (le frère du

Honteil, Matériaux manuscrits , t. II, roi Henri 111) perdait un procès de

p. (>7. Pasquier faisait doue l'abandon conséquence aux requêtes du Palais. »

d'honoraires considérables pour son Aussi la Croix du Maine, dans sa Bi-

époqne. bliothèque imprimée en 1584, appelait-

1 Voy. particulièrement l'Interpré- il Pasquier « l'un des plus éloquents

ation des lnslitules de Juslinian, 11, avocats du parlement de Paris. 11 a

'J2 : « 11 combattait pour l'honneur prononcé, ajoutait-il , plusieurs très-

uvec les plus célèbres avocats à qui doctes oraisons, tant au parlement

. m porterait la victoire. » qu'en autres lieux, lesquelles ne sont

- Lettres, vil, 10. encore imprimées. « Voy. particulièrement Lettres , VI, • Lettres, VII, 8. •', VIU,l;XXi, 3, et V Interprétation Lettres, XII, lj,cf id., XXI, 3.

les Institules de Justinian , 1, 1! I

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