VIE DETIENNE PASQUIER. XV
Pasquier, sous l'impression du chagrin qui l'obsédait, se hâta de suivre ce conseil, décidé dès lors à partager son temps entre la société de quelques amis et le culte des lettres. A la faveur de celte retraite, il publia vers la fin de 1500 le premier livre des Recherches de la France, et le Pourparkr du Prince; mais ces travaux, mêmes, en ramenant sur lui les yeux du public, ne pouvaient manquer de lui rouvrir l'arène d'où il était sorti '. Une circonstance qui ne devait pas être moins efficace à cet égard , c'est qu'il se lia vers cette époque avec deux docteurs en théologie, membres influents de l'université : on verra par la suite comment ils lui firent, suivant sa propre expression 2, reprendre racine au Palais. L'un, nommé Levasseur, était principal du collège de Reims; l'autre, Béguin, de celui du cardinal Lemoine. Le goût des conversations solides rapprochait naturellement ces trois hommes , amis de la religion et de la science. Leur connaissance fut bientôt étroite. Souvent dans les faubourgs de Paris ils se promenaient ensemble, devisant sur les saintes Écritures, sur la philosophie, sur l'histoire; au charme de ces entretiens libres et variés ils ajoutaient parfois, avec la bonhomie de nos vieilles mœurs, quelque simple collation ou bien une partie de jeu de quilles. Ainsi Pasquier s'efforçait de combattre d'importuns souvenirs : cependant, malgré l'attrait de ces distractions, la pensée des Enquêtes et de la Grand'chamhre revenait souvent s'offrira son esprit; cette préoccupation, de plus en plus forte, ne tarda pas à le subjuguer. Le dépit l'avait écarté du barreau, l'espoir l'y ramena ; et cette fois les occasions de se produire ne lui furent plus refusées. Il sut , en redoublant d'activité et de talent, seconder ce retour de la fortune ; et par là, nous dit Colletet, il ne laissa pas que d'être assez heureusement employé depuis 1562 jusqu'à 15G5, époque décisive dans sa vie, où un procès fameux plaidé devant le parlement, celui de l'université contre les jésuites, le porta au premier rang des avocats.
Si le corps enseignant lui confia le soin de défendre ses privilèges, on devine aisément que ce fut sur la recommandation pressante des savants docteurs qui peu auparavant partageaient ses loisirs et ses récréations champêtres. Quoique les jésuites n'eussent jamais été, comme l'atteste Pasquier3, l'objet de leurs entre-
' Lettres, VIII, 1; cf. dans les Jeux 2 Lettres, XXI, 1. poétiques de Pasquier le VIIIe sonnet ' lbid.
de la IIIe partie, Ambition.