A.VEG LES JESUITES. CLXXI
exemple notable des présages (pie Dieu envoie à ceux qu'il aime \ » Les jésuites sortirent de Paris le 8 janvier lj'Jj , conduits par un simple huissier, qui « avec sa baguette exécuta, dit l'Étoile2, ce que quatre bataillons n'eussent su faire, » Ils se retirèrent, quelques-uns en Flandre, la plupart dans le midi de la France , où l'esprit public leur était favorabe 3 : là, toujours actifs et veillant sur l'avenir, ils attendirent des jours meilleurs.
Ces circonstances , en réveillant l'ardeur des passions qui partageaient le pays , avaient rendu aux plaidoyers de 1505 tout leur à-propos : Pasquiei nous dit qu'à cette occasion «■ on imprima le sien, qui fut vendu par les colporteurs de la ville, et acheté à l'envi par les passants, gens de marque 4. » Celui de du Mesnil eut le même honneur. Le parti contraire répondit en publiant la harangue de Versoris. Ainsi les haines, envenimées par ces luttes récentes, empruntaient des armes au passé avant d'en forger de nouvelles. Ce fut dans ce moment que Pasquier, « induit d'une juste douleur de sa patrie % » en ajoutant plusieurs livres à ses Recherches 6, y inséra son discours. Les jésuites ne virent pas sans colère ces souvenirs évoqués contre eux ; ils se récrièrent , ils prétendirent notamment , ce dont Pasquier s'est défendu7, que ce dernier travail u'avait reparu que retouché et fort augmenté. Déjà ils songeaient, non pas seulement à réparer leur défaite , mais à la venger. Ils résolurent de porter devant le public la cause qu'ils avaient perdue devant le parlement 8 : bien plus, d'accusés ils se firent accusateurs 9.
1 Discours prononcé contre les je- de recevoir leurs leçons : cf. Pasquier,
stiiles de Lyon. C'est le quinzième des Lettres, XXI, 3, et surtout le Caté-
plaidoyers, plusieurs fois réimprimés, cltisnie des Jésuites , III, 21, où l'auteur
de Marion, que le jurisconsulte Mornac recherche les causes de cette diver-
appelait un autre i^icéron. Voy., sur ce gence d'opinions entre les grands corps
plaidoyer, de Thou, liv. CXIX, t. X11I, de la magistrature française,
p. 159 et suiv. ' Lettres, XXI, 1.
'-'. Journal du règne de Henri If, t. 11, b Id., XM, 2 ; cf. id., 3, et Recher-
p. 166. eties , III, 45.
3 Les parlements de Bordeaux et de u En 1596.
Toulouse n'eurent aucun égard au dé- ''Catéchisme dec Jésuites, 111,20,
rret qui bannissait les jésuites. Bien- p. 291.
tôt même, comme le rapporte de Thou s Loyola avait défendu « que jamais
t Ml, p. 222 et 335), au parlement les siens missent les mains sur le pade Paris, qui ordonnait que l'arrêt pïer pour .se justifier, quand ils sed'expulsion porté contre les jésuites raient assaillis »; en outre A leur avait et la défense d'envoyer les enfants enjoint « de ne pas donner au peuple chez eux reçussent leur exécution connaissance de leur police : » T'admis toute la France, le parlement tèeh,, II. 19. Mais ces sages prescripde Toulouse répondit par un arrêt fions avaient été proniptenicut oucontraire, eu défendant de .troubler Mires.
les jésuites dans la jouissance de :l Voy. Catéchisme des Jésuites, 111,
leurs biens et d'empêcher la jeunesse 19.