AVEC LES JESUITES. CLXXV
fin à la discussion. Après que , « la nappe levée, chacun a pris quelque temps telle route qu'il lui plait aux jardins, parterres, prairies et bocages dont la maison est diversifiée, » l'entretien recommence par de nouvelles imputations contre la société , encore plus graves que les précédentes : elles forment le fond du troisième et dernier livre. Perturbateurs des royaumes, les jésuites ne reculent pas devant le meurtre des souverains. Pour le prouver l'avocat allègue de nombreux exemples. Suivant lui, un prince d'Orange a été leur victime ; que de fois n'ont-ils pas attenté à la vie d'Elisabeth d'Angleterre et de notre Henri IV? Il suffit , pour trouver en eux des ennemis acharnés , de refuser son concours à leurs projets détestables. S'ils avaient paru abjurer quelques-unes de leurs maximes, ce désaveu, commandé par la politique, n'avait rien de sincère. Contre les belles paroles dont ils n'étaient jamais avares s'élevaient les pièces du procès de Barrière. Vainement leur avait il été interdit de s'occuper des affaires d'État : ils les mêlaient sans cesse à celles de la religion. Toujours prompts à fomenter la discorde, ils cherchaient dans la ruine publique leur propre grandeur. Eu France ils avaient attisé le feu de la Ligue ; en Angleterre ils avaient multiplié les désastres : la mort de Marie Stuart était leur ouvrage. Combien d'autres pays n'avaient pas souffert de leur présence !
Après ce violent réquisitoire , l'avocat, changeant de ton, citait plaisamment les jésuites au tribunal « du vénérable Pasquin de Rome ', » qui par un arrêt burlesque confirmait la sentence d'expulsion dont le parlement les avait frappés : mais il redevenait bientôt sérieux , pour leur reprocher avec une nouvelle véhémence leur morale relâchée, leur foi ambiguë et flottante, leurs principes corrupteurs. Tout était pour eux variable, indécis et comme indifférent : l'utilité était la seule règle de leur conduite. Par là, disait-il en terminant son long monologue, on pouvait juger quelle serait la conséquence funeste du rétablissement que leurs vœux opiniâtres sollicitaient du monarque : aussi le conjurait-il, au nom de son salut et de celui du pays, de ne pas souscrire à leurs prières.
Ces monuments de polémique , où respirent les passions de nos pères, ont pour nous le même intérêt que ces armures vieillies dont
' III , 20 : C'était, dit Pasquier, une allusion aux bouffonneries du maître sol Lafon, qui l'appelait l'usquin.