‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 104 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLXXV1I · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLXXV1I

relë (îe goût qui caractérisent ce chef-d'œuvre. Le style du Catéchisme, malgré ses qualités recommandables, ne paraîtra pas même, dans son ensemble , devoir être égalé à celui des travaux les ptbs distingués de Pasquier. Cette infériorité relative s'explique par son grand âge , il avait passé soixante-dix ans ; et plus encore, par une, circonstance peu connue, dont nous fournirons la preuve* : c'est que le livre fut primitivement composé en latin. L'écrivain s'est traduit lui-même : de là une allure moins libre, un tour moins vif dans son langage, que si le jet en avait été spontané. Le relief que communique à l'expression l'originalité et comme la primeur de la pensée est en partie effacé.

Le Catéchisme des Jésuites eut , quoi qu'il en soit, à l'époque de. son apparition, une vogue européenne; presque aussitôt, nous apprend sonauteur, il parla beaucoup de langues diverses *. En France il trouva, plus que partout ailleurs, cet accueil empressé que l'on faisait alors aux œuvres de polémique religieuse, quand l'ironie en relevait le goût. Mais ces livres, que la passion suscite et qu'elle accrédite, sont aussi ceux qui ont le plus à souffrir du temps. Il leur manque ce caractère de calme et de vérité que l'avenir équitable réclame dans les productions de la pensée, pour continuer à y attacher ses regards. Si les Provinciales ont vécu, c'est qu'elles étaient marquées du sceau du génie. Les critiques que l'on peut justement leur adresser s'appliquent, du reste, au Catéchisme des Jésuites, qu'elles ont pour ainsi dire détrôné. Sans doute Pasquier est dans plus d'une rencontre énergique et incisif à propos : combien de fois aussi l'homme de parti ne se trahit-il pas par de regrettables exagérations 3 ? Aveuglé par ses ressentiments et ceux d'autrui, il impute trop facilement à la société tout entière les fautes de quelques membres; il lui intente, comme Pascal4, plus d'une accusation que la vérité repousse; il enveloppe dans une proscription

' Voy. la Bibliographie des OEuvres '' M. de Chateaubriand appelle Pas-

de Pasquier, p. ccxvm. cal un calomniateur de génie. Son

-(( Il parle aujourd'hui français, ouvrage, suivant lui, est « un mensonge

latin , anglais, allemand , sans aucune immortel » (Études historiques, t. V de

affectation : » Lettres , XXi, 3. ses OEuvres, édition de Lefèvre, p. 799.

3 Cest-là le jugement que Bayle, C'est le mot du comte de Maistre sur

trop éclairé pour n'être pas impartial, les Provinciales : « Les immortelles

à porté sur le Catéchisme des Jésuites, menteuses. » ) Quoique la sincérité de

aussi bien, comme on l'a dit plus haut, Pascal ne puisse être mise en doute,

<|iie sur le plaidoyer de Pasquier pour l'opinion de M. de Chateaubriand n'est

l'université : v. particulièrement dans que conforme au jugement exprimé par

son Dictionnaire, le t. Il, aux pag. 769, Voltaire, Siècle de Louis XI f, c. 33. 770 et 931.

CLXXVIII DEMELES d'ÉTIENNE PASQUIEK

trop absolue le passé, le présent, l'avenir même d'une compagnie qui a tout osé, il est vrai, pour fonder sa grandeur, mais sans exclure le bien ; enfin la vivacité caustique de ses paroles va jusqu'à prêter imprudemment des armes aux ennemis de la religion.

Les jésuites ne surent pas se ménager le triomphe facile de la modération. Leur réponse, qui se fit peu attendre, fut moins spirituelle et plus violente à la fois que l'attaque. « La Chusse du renard Pasquin, découvert et pris en sa tanière du libelle diffamatoire faux-marque le Catéchisme des jésuites', » Tel fut le litre, plus verbeux que clair, du livre dirigé contre Pasquier. Presque partout burlesque ou barbare, le style y est digne du frontispice. L'auteur promet, dès le. début de la Chasse, l'écorchement du renard; en d'autres termes, il se fait fort de réfuter, « tant au fait de la religion que de l'Etat, » le Catéchisme des jésuites. Dans cette vue, il adopte un cadre analogue à celui de cet ouvrage. Chez un seigneur du Poitou, un théologien et un maître des requêtes se sont rencontrés avec le bouffon Pasquin : on se met à causer, et le dernier sert naturellement de plastron aux autres. L'époque assignée au dialogue est celle où venait de paraître, suivant le langage de l'écrivain, « ce nouvel astre, heureusement ascendant sur l'horizon du pays, notre Dauphin, né de la royale conjonction du soleil français avec la vierge Florentine : » à s'exprimer plus simplement, Marie de Médicis élait peu auparavant accouchée de Louis XIII. On aperçoit dans ces paroles, comme dans plusieurs autres passages, la politique de la société, dont les flatteries circonvenaient Henri IV. Ce n'est pas, d'ailleurs, par la force du raisonnement que le jésuite excelle; voici sa manière d'argumenter : « Tu ne peux croire que les lis aient été envoyés du ciel à Clovis? Croistu que les rois de France, ainsi que le témoigne l'expérience journalière, guérissent des écrouelles? Si tu le crois, il n'est pas plus difficile que Dieu ait donné les lis royaux à la couronne de France2. » Mais le livre ne manque pas d'un sel grossier et d'une bouffonnerie pétulante, qui pouvait faire, rire au seizième siècle. Après que Pasquin a longuement amusé la compagnie à ses dépens, battu sans peine par le jésuite son adversaire et bafoué par tous,

1 Villefranche, 1P03, in-S°. Pasquier rait pris dans cette occasion le nom de

dit cjue ce fut un jésuite de Bordeaux Félix de la Grâce : maisvoy., à ce sujet,

« qui mit en lumière ce livre ■ : der- la Bibliographie, p. cexxix. nière lettre du liv. XXII. — On l'attri- * p. 64. lma généralement à Richeorae, qui au-

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