‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 107 sur 176 · AVEC LES JÉSUITES. CLX.XXI · texte numérisé non relu

AVEC LES JÉSUITES. CLX.XXI

de Ilarlay. On ne répondit à ces remontrances qu'en contraignant la cour à recevoir l'édit : il fut vérifié le second jour de l'an 1C04 '. Mais presque aussitôt, si l'on en croit le continuateur de l'historien de Thou 2 , Henri pouvait apprendre par le sermon séditieux d'un jésuite, prononcé en sa présence àSaint-Gervais, qu'il devait peu compter sur la reconnaissance de la société.

Elle n'en jouit pas moins d'un crédit considérable jusqu'au crime de Ravaillac, qui de nouveau vint l'ébranler. Les bruits sinistres qui l'associèrent à cet attentat 3 permirent à ses ennemis de reprendre l'offensive. L'Université, pour la troisième fois, saisit cette occasion de s'opposera la redoutable concurrence des jésuites, qui sans titre positif, non plus que par le passé4, avaient recommencé leurs lectures. Assisté des anciens avocats, Antoine Loisel et Ouaer Talon , Pierre de la Marlelière lit triompher sa cause par une vigoureuse harangue » : un arrêt du 22 décembre 1611 la maintint dans le droit exclusif d'enseigner. Toutefois, on ne saurait croire que cette décision fut exécutée à la lettre, puisque ce corps adressait dès l'année suivante une requête à la reine régente et h son conseil, pour qu'il fut interdit aux jésuites d'instruire la jeunesse. La faveur avouée que leur accordait Marie de Médicis empêcha que cette demande eut des suites, et dans le cahier qu'elle présenta au roi en 1 6 1 4 l'Université réitérait encore inutilement ses prières et ses plaintes. Bientôt môme la société se sentit redevenue trop puissante pour ne pas posséder ouvertement un privilège dont elle jouissait en réalité. Forte du désir manifesté par les états généraux c, elle réclama et obtint de Louis XIII la liberté de faire à l'avenir « des leçons

1 Dupleix , Histoire de Henri le sion de sa majestéd'ouvrirleur collège,

Grand, p. 504 et suiv. ; l'aima Cayet, le roi assura' qu'il n'en était rien,

Chronologie septénaire, p. 275; de que sa volonté était toute contraire.» Thou, 1. CXXX11, t. XIV, p. 300 de la •t| On remarquera, toutefois, que, sur

traduction française. A cette occasion le refus significatif des principaux

fut détruite la Pyramide, dont Sully avocats de plaider contre la société,

trouvait l'inscription « un peu forte à La Martelière fut nommé d'office par le

la vérité, » Mémoires cités, t. V, p. "365. parlement ; son succès lui suscita beau-

a Nicolas Higault, 1 111 : voy. la coup d'inimitiés et de traverses : voy.

trad. française de l'historien de Thou, la Biographie universelle , t. XX.VU,

t. XV, p. 86. p. 272. Jacques de Montholoii portait

3 L. 111 de Nie. Rigault : t. XV, p. 108 la parole pour les jésuites , et, moins

de la traduction citée. modéré que ne l'avait été autrefois

' Henri IV, tout favorable qu'il leur Versoris, il traita le discours de son

était, ne reconnaissait nullement qu'ils adversaire « de fagot d'injures, qui ne

eussent le droit d'enseigner. Voy. ITi- méritait que le feu. » toile, Journal de Henri II', t. III, 6 Voy., à ce sujet, M. Troplong, Du

p. 81 : « Sur le bruit que les jésuites Pouvoir de l'État sur l'enseignement ,

faisaient courir qu'ils avaient permis- p. 228 et suiv.

tEUV. D'£T. r-ASQUIEK. — T. I. ('

CLXXXII DEMELES DETIENNE l'ASQUIEB

publiiiucs en toutes sciences '. » Deux conseillers d'État furent chargés de la mettre en pleine possession de celte fonction, nonobstant, disait l'ordre, « oppositions et appellations quelconques, dont la connaissance était interdite au parlement et à tous autres juges. » Les exécuteurs de celte volonté furent Amelot et Fouquet, qui assistèrent, le 20 février 1G18, à la classe du collège deGlerraont, vers deux heures de relevée 2. Cette concession du droit d'enseignement, donnée par le roi en son conseil, rendait délinitif le triomphe des jésuites 3.

Pasquier, mort depuis trois ans, avait pu, en terminant sa longue carrière, pressentir ce résultat. Il ne cessa de le conjurer autant qu'il était en lui. L'influence croissante de ses ennemis ne l'intimida jamais : leurs tentatives adroites pour se rapprocher de lui ne le 'déchirent pas davantage. Attentive à diminuer toujours le nombre des obstacles qu'elle rencontrait, la société, par une politique bien connue, recevait volontiers en grâce ceux qui l'avaient offensée; elle faisait même parfois auprès d'eux les premiers pas : c'est ce qui eut lieu pour Pasquier. Par l'entremise d'un père Gontery 4 , déjà une réconciliation avait été proposée. Mais, inébranlable dans ses convictions, tout ce que le vieillard accorda, ce fut, s'il faisait réimprimer ses œuvres, de ne plus user du mot de secte en parlant des jésuites, et de le remplacer par celui de compagnie;'.

! La protection de Richelieu , alors plus, sur toute la querelle de l'Uni-

évêque de Luron et secrétaire d'Ltat, ue versité et des jésuites on consultera

-contribua pas peu à la lui faire obtenir, utilement le « Recueil de pièces pour

- 51. Bazin, Histoire de la Fiance les universités dp France , jointes en

sous Louis XIII, 1. V,c. 2. — Deux ans cause contre les jésuites... o Ce recueil,

après les jésuites comptaient dans in-8°, sans date , ni lieu d'impression,

leur seul collège de Clerniont, où se s'étend depuis 1552 jusqu'à 1624. L'a-

pressait surtout la jeune noblesse , nalyse des pièces qu'à renferme se

dix-sept cents externes et trois cents trouve dans luBibliol/ièque historique de

pensionnaires; ce dernier nombre fut la France, parle père I.eloug, t. IV, p. 12.

ensuite porté à plus de cinq cents. ' « Le feu père Gontery, ait Garasse,

■* Cependant, grâce à la résistance dans sa Doctrine curieuse , p. 514, duintlexible de l'Université, les jésuites quel la France ne parlera jamais qu'ane purent jamais obtenir, malgré leurs vec honneur ». Pasquier avait eu à se tentatives très-fréquemment renouve- louer des bons procédés de ce jésuite, Ut-., que leur collège Louis- le Grand fût voy. Lettres, XXI, 7. incorporé à l'Université : V. m. Trop- -• Lettres de Nicolas rasquier, X, 2; long, ouvr. cité, p. 231-237. C'est ce cf. l'Apologie de Garasse, c. 17. Celui- (lin fait que le droit d'enseigner leur ci prétend même qu'alors il y eut relut encore contesté , même après cette conciliation ; mais tout prouve qu'il époque : on peut lire à ce sujet le va trop loin. Seulement Pasquier con- « Procès verbal dressé en 1665, dans sentit, comme le dit .Nicolas dans ses leqnel on établit que la réception des Lettres, X, 5, « à ne plus rien remuer jésuites comme collège est nulle de contre les jésuites, s'ils gardaient euxplein droit; ii Paris, 1761, in- 12. Ile mêmes le silence. »

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