AVEC LES JESUITES. CIAXXIIT
Au fond, le temps n'avait eu pour effet que de le confirmer dans son aversion contre eux. Avec plusieurs autres magistrats illustres ' , justement alarmé de leur esprit novateur, de leur insidieuse souplesse , de leur gouvernement ténébreux' , de leur ambition envahissante, il prévoyait que leurs opinions causeraient leur perte ; mais qu'ils ne tomberaient qu'après avoir amassé autour d'eux beaucoup de ruines1'. Plus la conquête de cet intraitable adversaire était difficile, plus il semble qu'elle ail tenté leur prosélytisme opiniâtre. Sur la fin de la vie de Pasquier, ils s'adressèrent au curé de Saint- Nicolas du Chardonnet, qui gouvernait depuis fort longtemps sa conscience : ce qu'ils avaient principalement à cœur, c'était d'obtenir le désaveu du Catéchisme. Aniaié d'un désir sincère de conciliation, ce vénérable ecclésiastique accepta le rôle de médiateur, et remplit cette délicate mission avec toute la réserve et le zèle possibles 3 : non content de l'entretenir à ce sujet, en mêlant la douceur affectueuse de l'ami à l'autorité du pasteur, il lui écrivit, et cela « par les instructions et mémoires du père jésuite de Rome 4. » Nous avons la réponse où Pasquier, en remerciant son curé « de ses dévotes exhortations , » s'excuse, comme homme et comme chrétien, de ne pas se rendre à ses désirs 5. Bien que naguère encore les jésuites, après un déluge d'outrages, n'eussent conclu à rien moins qu'à ce qu'on lui coupât la langue et même la tète 6, il leur pardonnait aisément ces torts, qui ne concernaient que lui. Mais il ne pouvait, sans trahir tous ses devoirs, fermer les yeux sur ceux qui intéressaient Je public et la religion; il ne pouvait, sans mentir à sa conscience , rétracter la vérité. Dans cette lutte, il avait eu en vue de servir la cause de Dieu : il croyait qu'il l'avait servie. C'est ce que peu après il déclarait une dernière fois sur son lit de mort '.Ace moment suprême où l'homme de bien scrute son àme avec effroi, il demeura fidèle aux sentiments, aux convictions de sa vie entière.
Les jésuites ne laissèrent pas celte fermeté impuuie. Garasse
1 Voy. de Thou, De vita sua, 1. VI. Recherches j I, 2. La lettre citée d'Ét.
- Lettres d'Ét. Pasquier, XX, 1. Pasquier, à la différence de toutes les
■: Lettres de .Nicolas Pasquier, X, 2. autres, commence par le nom rie Mon-
! Lettres d'Ét. Pasquier, dernière sieur, et ne porte pas l'indication du
lettre du liv. \\n. Cette démarche personnage auquel elle est adressée.
eut lieu sans doute après la lettre u Voy. t. II des OEuvres de Pasquier,
adressée par Pasquier au général des col. 642.
jésuites Aquaviva. " Lettres de Nicolas Pasquier, IV, II. 4 lljid. ; cl'. Garasse. Recherches des