‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 110 sur 176 · AVEC LES JESUITES. CLXXXV · texte numérisé non relu

AVEC LES JESUITES. CLXXXV

va décrire , ii s'efforce de prouver à sa manière qu'on les trouvo rassemblées chez Pasquier.

Quelques critiques de Garasse, choisies au hasard, nous donneront une idée de la justesse et de la solidité du plus grand nombre. Pasquier a-t-il exprimé des doutes sur la sincérité des sentiments religieux de Louis XI, s'est-il permis de qualifier sévèrement les pratiques superstitieuses dece prince , Garasse, saisi d'indignation, le gourmande en ces termes : « Imputer des sottises à Louis XI, suspecter sa piété, la piété de Louis XI, qui bâtit tant de belles églises, qui portait une singulière dévotion à la glorieuse Vierge, qui avait son image au bord de sa barrette, qui vivait familièrement parmi les religieux ; dire qu'il se servait de la religion pour abuser le monde, pour la commodité de ses affaires, par superstition, pour autoriser ses vices! c'est avoir l'esprit dénaturé et l'bumeur bien sauvage ' ! »

Sou sens littéraire égale son jugement historique : témoin le passage 2 où il blâme Pasquier « d'avoir mal rempli sa promesse de donnera Tabourot nombre de belles inventions pour grossir son livre des Bigarrures. Au lieu « du point pour lequel Martin perdit son âne » , ajoule-t-il , j'eusse commencé par l'animal de Teucer , qui était sans os, sans pieds, sans épines, sans arêtes; j'eusse insisté sur la belle invention de Parnacès touchant son homme qui n'était pas homme, son oiseau qui n'était pas oiseau, son arbre qui n'était pas arbre; j'eusse encore...3 » JeJ m'arrête et j'épargne au lecteur « une douzaine des plus rares et ingénieuses pièces du temps4 » : plus indulgent que Garasse, il pardonnera peut-être à Pasquier l'omission des traits dont le jésuite regrettait si fort l'absence.

Ce qui le choque encore beaucoup, c'est l'éloge que Pasquier a fait de Marot et de Rabelais 5, principalement de Calvin, « auquel notre langue, a-t-il dit, est grandement redevable (' ». Là-dessus Garasse de dénoncer son adversaire comme convaincu d'hérésie". A ce compte, Bossuet, qui a loué aussi l'écrivain dans le chef de la

1 I, 9 et m. Dans la Doctrine curieuse, Garasse dé-

- 111, 24. clare encore Rabelais « maudit et per-

3 Voy. Recherches des Recherches, nicieux écrivain », bien qu'à vrai dire,

)i. r,r,3 ; cf. Athénée, Banquet des Sa- comme il le confesse, p. 1016, « il

vants, X, 10 et 21. n'en ait pas lu quatre lignes de suite. »

1 Voy., au besoin, pag. 651-6G2. 6 Recherches , VIII, 55.

Recherches des Recherches , V, 14. ' Recherches des Recherches, \,H.

CLXXXVl DEMELES D ETIENNE l'ASQUIElî

réforme ', n'eut pas trouvé grâce devant Garasse. Plusieurs autres assertions de Pasquier ne sont pas, à ses yeux, moins téméraires : n'a-t-il pas prétendu que par ses leçons Abélard avait acquis dans Paris plus de réputation que Pierre Comestor ' ? N'a-t-il pas osé dire de saint Bernard « qu'il fut ennemi formel d'Abélard 3, mais au demeurant grand et signalé personnage ? » Que de choses cachées sous ce mais'' ! Et combien ne voit-on pas percer la haine delà religion dans les proverbes qu'il a réunis, surtout dans celle locution qu'il n'a point rougi de citer: Eau bénite de cour b\ Certes on reconnaît bien à de si coupables hardiesses un libertin, c'est-à-dire celui qui n'est « ni un huguenot, ni un athée , ni un hérétique, ni un politique , mais un composé de toutes ces qualités <V

La plupart des imputations de Garasse ont le même degré de force. Il reproche à Pasquier d'avancer que Clovis fut bâtard et arien , que Charlemagne fut déréglé dans ses mœurs, sans se mettre en peine de prouver le contraire ?. Lit-il dans les Recherches que saint Grégoire, par plusieurs lettres adressées à Brunehaut, loua son zèle pour la religion catholique : suivant lui, c'est alléguer un fait aussi contraire à la vérité qu'injurieux pour les papes 8. Mais les lettres n'en ont pas moins été écrites, elles n'en renferment pas moins les éloges mentionnés, qui, pour le dire en passant, n'ont rien de répréhensible. C'est là ce dont s'inquiète assez peu Garasse ; il n'est pas homme à se laisser gêner par l'histoire : il la plie sans façon à ses besoins. En revanche il est prompt à récuser l'autorité des autres, et plus d'une fois il signale des faussetés et des ignorances là où la véracité de l'écrivain et son exactitude sont inattaquables.

1 Histoire des rariations, 1. IX. dans son CuUchisme des Jésuites, « que

- Rech. fies Rech., IV, 8 : Pour faire Dieu avait épandii dans l'âme de ce

apprécier le jugement de Comestor, on grand personnage les rayons de son

rappellera quelques-unes des élymolo- saint esprit, autant et plus qu'en tout

gies que renferme son Histoire scolas- homme qui l'ait survécu » :p. 146, v°.

iitjtie : suivant lui, le soleil, soi, était » Recherches dés Recherches, IV, 29 :

ainsi nommé parce qu'il brillait seul et cf. Pasquier, Recherches,, VIII, 3:i.

sans compagnon ; la lune, parce qu'elle Dans sonVourparler du Prince, celui-

était l'une des lumières du ciel, etc. ci parle également de« tous cesapplau-

:l M. de l'.émusat, dans le liv. 1er de dissements et eaux bénites de cour ».

son ouvrage sur Abélard , a tracé avec 6 Rech. des llech., IV, 1 : On reconnaît

un grand intérêt la lutte de celui-ci par cette phrase que le parti vraiment

avec saint Bernard. national des politiques, auquel appar-

i Rech. des Reeh.,Mà. En lisant plus tenait Pasquier, était peu en faveur

attentivement Pasquier, Garasseaurait auprès de Garasse.

clé mieux édifié sur ses sentiments à ' Recherches des Recherches, 1,5, '6,7.

l'égard de saint Bernard, dont il a dit ■ H., III, 16.

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