CXCIV DEMELES DETIENNE PASQUIER
avait pas épargne à eux-mêmes les personnalités grossières *. A <iuy, l'auditeur des comptes, il disait « qu'héritier des humeurs paternelles, il était frère germain du poète Horace, lïbertino paire natus- »; à Nicolas, le maître des requêtes, « que ses ouvrages n'étaient bons qu'à faire rire les mouches3 ». Tous deux, ajoutait-il ailleurs 4, en faisant réimprimer les Recherches de leur père, témoignaient assez qu'ils avaient succédé à sa haine mortelle pour leur compagnie. Il ne tiendrait pas à lui qu'ils ne s'en repentissent.
Ceux-ci relevèrent le gant, et se vengèrent, selon l'expression de Bayle5, avec beaucoup de hauteur. On peut regretter qu'ils n'aient pas gardé le silence. L'offense, quand elle n'est pas méritée, retourne contre son auteur 6. A tant d'animosité il ne fallait répondre que par le mépris. Mais au seizième siècle cette modération était très-difficile : l'indignation l'emporta ; elle éclata par la Défense de Pasquier, dont le double but était de réhabiliter la mémoire de cet homme illustre et de punir l'insolence de Garasse.
Le plan suivi dans cet ouvrage est conforme en tout point à celui que nous ont offert les Recherches des Recherches. Il commence par une épitre à François Garasse, « en quelque lieu qu'il puisse être ». Le jésuite, en effet, avait adressé son livre à feu Pasquier, laparl oh il serait, « ne sachant pas la roule qu'il avait prise au sortir de cette vie ». Puisque Garasse n'avait pas craint de l'aller troubler, sept ans après saraort, « dans le plus creux de son sépulcre, » puisque chaque année voyait naître un nouveau libelle diffamatoire contre lui et sa famille, on déclarait qu'il avait paru nécessaire de confondre par le témoignage de la vérité les inventions du mensonge. Désormais, la plume toute fraîche taillée, on se tiendrait prêt à lui riposter au premier signal 7.
Les cinq livres de la Défense, désignés par les noms du Bouffon, de l'Imposteur, du Pédant, de l'Injurieux, de l'Impie, sont autant de répliques aux livres que contient l'attaque. D'après la tactique adoptée par l'agresseur, on s'applique à montrer dans chacun d'eux que les traits des caractères successivement étudiés se trouvent réunis chez Garasse. Le premier livre, où toutes les bouffonneries de l'ouvrage sont passées en revue, établit un
1 recherches des Recherches, III, 17; iDict. crii., t. II, p. 1238.
Doctrine curieuse, p. 990; etc. IT Spreta exolescunt, a dit Tacite; si
' Recherches des Recherches , p. 669. irascari,agDitavidentur:^n»otes,lV,
3 Apologie de Garasse, p. 224. 54. Cf. Lettres de Nie. Pasquier, X , 3.
1 M., p. 215. '• Éptîre liminaire.