CXCVI DEMELES D ETIENNE PASQUIER
l'avoir composée eux- mêmes. Elle parut sans nom d'auteur; et l'on ne saurait dire à quelle plume elle appartient en effet'.
M. Dupin a cru devoir inférer de la violence même de l'écrit que les fils de Pasquier n'en avaient pas été les rédacteurs 2 : mais la valeur de l'argument est très-contestable; et l'illustre jurisconsulte s'est chargé de l'infirmer, en nous rappelant qu'au dix-septième siècle le grand Arnauld, par une dissertation spéciale, « s'attaehait à prouver géométriquement que l'on peut employer des formes dures envers certaines personnes 3 » : au seizième plus encore, cette liberté était censée fort légitime. Par un reste de la rouille du moyen âge, le bon goût et l'urbanité semblaient incompatibles avec le ton de la polémique. Il existe cependant de Nicolas Pasquier, en particulier, une autre défense de son père contre les accusations de Garasse, écrite avec plus de retenue4, et que nous allons examiner.
Ce qu'il y a de déloyal et d'odieux dans l'agression posthume du jésuite est d'abord signalé. On avait cinq ou six ans laissé froidement croupir la vengeance, avant de l'exercer contre un homme que de son vivant l'on se fût gardé d'appeler au combat : telle était la terreur qu'inspiraient « ses rudes reparties et sa plume de fer». Les païens avaient donné l'exemple de rendre à leurs ennemis morts les mêmes devoirs qu'à leurs concitoyens et à leurs amis : quelle impiété n'y avait-il pas a s'attaquer aux mânes de celui dont l'âme revendiquait les prières ! En outre, de quelles manœuvres coupables n'avait-on pas fait usage pour mettre en vogue ce libelfe? Les émissaires des jésuites le colportaient de bou-
1 Bayle n'est pas éloigné d'attribuer se trompe donc, en tout cas, lorsqu'il
la Défense aux enfants de Pasquier. Au avance, dans son Manuel du libraire,
contraire, La Monnoie prétend « qu'ils que le rédacteur de l'écrit fut Antoine
empruntèrent quelque bonne plume, Rémy : celui-ci était avocat au parle-
n'étant pas capables eux-mêmes d'une ment de Paris, tandis qu'Abraham
composition si vive» : Voy. Baillet, Ju- Rémy occupait avec distinction une
gementsdes Savants, t. Vil, p. 19. A cette chaire au collège royal, dernière assertion nous répondrons, : Éloge de Pasquier, p. 50. avec .M. fliraud ( Voy. p. XCI de son/»- 3 lbid. Ce morceau, dont voici le titre
troduction), « que l'esprit de parti a pu précis, Dissertation selon la méthode
seul faire méconnaître leur mérite ». des géomètres pour la justification des
Quoi qu'il en soit, Colletet dit aussi termes que le monde estime durs, a
« qu'ils se servirent de la plume d'au- paru dans les écrits posthumes qui font
trui pour venger l'innocence de leur suite iàl' Histoire abrégée de la vie d'An-
pere ». A ce compte, il faudrait imputer toine Arnauld , par le père Quesnel ;
l'œuvre à ceux qu'il cite comme s'étant Liège, 1699, 2 vol. in-12. On le trouve
portés les défenseurs de la mémoire de aussi dans le t. \XV11 de la grande édi-
Fasqpier, k Nicolas Richelet, Abraham tion des Œuvres d'Arnauld , Paris,
Rémy et Jacques l'auvieau ». Colletet 17S3 , in-1".
ajoute qu'il nous reste de ce Rémy de ' Llle est comprise dans ses Lettres,
« très-fortes poésies latines ». Rrunet X, 4 et 9j.