AVEC LES JESUITES. CXCVU
tique en boutique, de maison en maison; partout ils en prônaient l'excellence, et « chaque régent commandait à ses disciples de l'avoir pour leurs éludes, de la lecture duquel ils profiteraient plus que de celle de Cicéron ». On voit par ce détail curieux les moyens d'influence que possédait la société.
Nicolas , après ces récriminations , passait à l'apologie de son père. Il relevait les fragments tronqués, les citations travesties dont s'était prévalu Garasse ; il le convainquait de témérité et de malice; surtout il s'appliquait à rétablir dans leur véritable jour les opinions défigurées de Pasquier. Pouvait-on méconnaître son dévouement aux lois et au pays, quand une longue vie consacrée à leur défense déposait pour lui contre ses accusateurs? Pouvaiton contester davantage la sincérité et l'ardeur de sa foi , lorsqu'il en avait fourni tant de preuves , lorsque sa mort l'avait proclamée si hautement? Sans doute, il faudrait désormais appartenir à la compagnie de Jésus pour être réputé bon catholique. Son orthodoxie n'était-elle pas manifestée par ses ouvrages? Quelle vénération, quelle obéissance n'y professait-il pas pour le saint-siége? Il est vrai que lorsqu'il était arrivé aux papes d'empiéter sur le temporel de nos rois il avait dévoilé et condamné ces usurpations ; mais dans ce soin jaloux de faire respecter nos libertés se montrait le sage équilibre qu'il avait toujours maintenu entre ses obligations de chrétien et de citoyen. Nicolas Pasquier ne négligeait pas non plus de replacer dans son juste rang celui qui avait imprimé « le pouls et le mouvement à notre histoire française » ; il discutait et renversait les critiques adressées au style de l'écrivain. Cette partie de sa réfutation n'est pas pour nous la moins intéressante. A propos de plusieurs termes que l'auteur des Recherches avait tenté d'introduire dans la langue , et dont Garasse avait blâmé l'emploi, il reconnaissait, avec un esprit judicieux de conciliation, que la fortune des mots et des phrases ne dépendait que du temps, qui leur donnait cours ou les laissait périr à son gré. Toutefois, ajoutait-il, il fallait savoir gré de leur audace à ceux qui prétendaient, comme Montaigne, duVair, Charron, Calvin, et son père lui-même, augmenter les richesses de leur idiome maternel '.
De défenseur Nicolas devenu ensuite assaillant recherchait la
1 On remarque, entre autres termes ciier, que Nicolas Pasquier estime avoir nouveaux, signalés et discutés dans ce fort peu de chance de durée, passage, les verbes préconiser et paro-