‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 122 sur 176 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La longue carrière que nous avons racontée embrasse presque entièrement l'époque de la Renaissance , et forme en quelque sorlc l'intermédiaire qui, dans l'histoire de notre littérature, unit la fin du moyen âge à l'avènement du grand siècle. Pasquier avait quinze ans lorsque notre dernier poète gaulois, Clément Marot , précédait de peu de temps dans la tombe (1544) son royal protecteur, François Ier. Sa jeunesse était dans tout son éclat , et il s'essayait à écrire lorsque Rabelais, après avoir miné les fondements de l'ancienne société par sa raillerie puissante, raillait la mort dont il sentait les ap* proches (1553). Témoin d'une transformation absolue dans notre esprit, notre gouvernement et nos moeurs, Pasquier avait traversé le règne de sept rois; et ses yeux se fermaient au moment où Malherbe florissait enfin, où Balzac composait ses premières Lettres, Vaugelas méditait ses judicieuses Remarques, où de toutes parts fermentaient les germes destinés à produire les plus heureux fruits de l'esprit français et l'câge le plus brillant de notre monarchie.

En effet , l'État rétabli sous la domination paternelle de Henri IV, livré depuis ce prince à la merci d'ambitions avides et médiocres , aspirait à se reposer de nouveau sous une main habile et vigoureuse. L'évêque de Luçon laissait entrevoir Richelieu : dans les conseils du jeune roi, qui ne devait pas être longtemps son maître, il commençait à tenir le rang auquel l'appelait son génie. Ce vrai prédécesseur de Louis XIV allait bientôt, par son administration durement salutaire et par ses créations fécondes , préparer l'illustration d'un règne à jamais mémorable.

Avec Pasquier descendait au tombeau le seizième siècle', dont presque toutes les gloires avaient déjà disparu, dont il conduisait en quelque sorte le deuil. Au milieu des richesses intellectuelles que les époques qui l'ont suivi ont étalées, l'obscurité est venue bien vite pour la plupart de ses grands hommes. On n'oubliera pas , tou-

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