CCII CONCLUSION
lefois qu'avant Descartes et Pascal, avant Corneille et Racine, grâce aux travaux de leurs devanciers, Nicolas Pasquier pouvait dire, en rapportant à son père une partie de l'honorable résultat qu'il signalait : « Notre langue court par toute l'Europe1. »
Une forte empreinte de nationalité, un riche fonds de bon sens, l'éloquence naturelle d'une belle àme, ce sont là des qualités qui doivent protéger le nom de Pasquier contre les réactions trop communes de l'opinion publique. Un autre titre qu'il possède à notre sympathie , c'est qu'en lui éclate plus d'un trait de l'esprit moderne. Expose-t-il l'origine de la noblesse, à ses considérations sur celle d'épée et celle de robe se mêle cette phrase, que l'on croirait écrite au dix-huitième siècle : « Aussi sais-je bien que tout homme, en tout état, qui fait profession de vertu et de vie sans reproche est noble sans exception 2. » Il ne pense pas comme le peuple sur l'oriflamme et les Heurs de lis, « dont on reportait l'invention à la Divinité3, » et fait bon marché des vieilles superstitions, monarchiques ou autres. En même temps, l'esprit religieux , élevé à sa plus haute expression , le caractérise éminemment. Toujours présente à ses regards , l'action de la Providence lui suggère l'explication des événements dont notre ignorance cherche vainement les causes. Elle plane au-dessus de ses récits; elle en rend la moralité frappante '. Pour lui, comme pour Fénelon ', « l'homme s'agite, mais Dieu le mène ». Ces grandes vues abondent surtout dans Pasquier lorsqu'il déplore nos discordes et nos malheurs. A ses yeux l'histoire, manifestation extérieure de la volonté divine, est une source inépuisable de préceptes pour les peuples et pour les roisG. En faisant sortir des spectacles qu'il déploie devant nous toute la philosophie qu'ils renferment, il montre la noble figure de la vertu, seule immuable, dominant là perpétuelle instabilité des choses humaines '.
Quant à sa diction, peu épurée encore et peu châtiée sans doute, clic est, il faut le reconnaître, pleine de muscles, de nerfs et de suc. Écartez la rouille qui recouvre ces pages, et vous y trouverez de l'air, delà lumière, de la chaleur, de la vie. Chez ce dernier Gaulois, comme on peut aussi l'appeler, la vigueur et la netteté du sens
1 Lettres de Mr. Pasquier, VU, 1. s Sermon pour le jour de t Epiphanie i ■
■ Recherchés, il, 17. cf. flecA., III, 30,43; Lettres, XI,2, etc.
' irt.. n 11!, 21. ' Recherches, v, 3; vi, 4, (i; Lettres,
* ld., V, 5; VI, 1, 12 et 24; Lcllica, Mil, 10-17; W, IS, etc.
V, 2; etc. ' Recherches, VI, 47, etpass.