CONCLUSION. CXI1I
rachètent bien la négligence de quelques formes. Chez lui prinripaiement la grandeur habituelle de la pensée, née de celle du cœur, communique au langage un mouvement et une sève qui assignent à Pasquiec un rang distingué entre les créateurs de notre prose. Déjà ses ouvrages sont empreints de la plupart des qualités qui au milieu du dix-septième siècle ont marqué le style français »l'un cachet impérissable. Parfois les phrases s'y déroulent avec une liberté facile; le nombre et la dignité oratoire se font sentir dans des tours à longue et puissante haleine, dans des périodes bien soutenues. Parfois l'attention est réveillée par des traits vifs, des constructions brusques, des expressions d'une familiarité énergique ; de riches images se mêlent à une exposition large et animée. Enfin un dernier mérite propre à Pasquier, et qui doit nous intéresser à lui, c'est que dans une époque où le vieux français commence à être frappé de discrédit ' il a le bon esprit de lui demeurer fidèle ; il réagit contre des tendances indiscrètes, qui troublaient tout eu voulant tout réformer : l'ingénuité de notre antique idiome n'a pas de plus vif représentant. Cette saveur indigène, ce goût de terroir nous semblent une partie de son charme. C'est d'ailleurs, on l'a dit, une face de son patriotisme: il aime tout ce qui est natif du sol; comme il conserve les mœurs des ancêtres, il retient avec le même soin . jaloux les traditions du langage ; il repousse toutes les influences, latine, grecque, italienne, gasconne , qui menacent de le dénaturer; et, ne l'oublions pas, celte langue abondante et mâle, aux franches et généreuses allures, qu'il s'efforce de maintenir, ce sera celle de Pascal et de Bossuet.
De là celte teinte d'archaïsme qui ne messied pas aux matières dont Pasquier traite ordinairement, ce vernis dupasse dont parait choqué Garasse, lorsqu'il l'accuse d'user « de ce bon vieux patois qu'on parlait du temps de Jean Clopinel -, et de faire son Varrou 3 ».
1 On peut voir, à cet égard, les plaintes par testament, que tous ne laissiez
de mademoiselle de Gournay, la fille point perdre ces vieux termes, et qoe
adnptive de Montaigne: Ménagé, Requête vous les défendiez contre des marauds
V Dictionnaires, et Dict. Crit. de Bayle, qui ne tiennent pour élégant que ce qui
t. 11, p. 278. Cf. les Tragiques i'Àgv'ip- est écorché du latin et de l'italien. »
pa d'Aubigné, préface du premier édi- 2 Jean deMeung, l'un des auteurs du
«eur : « Mes enfants, disait le bonhomme Roman de la rose , V. Rech., VU, 3.
Ronsard à d'Aubigné et à d'autres, il i Recherches des Recherches, 111, 8.
y a des vocables qui sont français lia- Du vivant de Pasquier quelques-uns
turels, qui sentent le vieux, niais le li- de ses ennemis ont fait preuve de plus
breetle français : je vous recommande, de sens, en ne lui contestant pas le nié-