‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 125 sur 176 · CCIV CONCLUSION · texte numérisé non relu

CCIV CONCLUSION

Nous ne dédaigrrerons pas comme lui ce rtcuxjMtoïs : bien plus, nous louerons Pasquier de n'avoir pas rompu le lien qui l'attachait aux devanciers. Non toutefois qu'il exclue aucun progrès : les doctrines de réforme littéraire que proclament Dolet dans sou Orateur français et du Bellay dans son Illustration de la langue française trouvent en lui un partisan enthousiaste; il veut innover, mais, par un effet précieux du jugement qui domine en lui, ce n'est pas contre la nature, c'est dans le sens de la langue et de l'esprit national. Il se montre ainsi l'un des premiers chefs de cette école vraiment française qui dans la politique et la littérature a été la plus féconde pour notre gloire.

Par ses qualités diverses, Pasquier tient à la fois , ce me semble, des deux auteurs qui ont de son temps le plus illustré notre langue , Amyot et Montaigne1. Si d'un côlé sa bonhomie naïve le rapproche du traducteur de génie que lui-même il nommait le bien-disant2, de l'autre il se rattache par le coloris, par l'imagination du style, au philosophe des Essais. S'il se laisse moins aller que Montaigne aux caprices de la Folle du logis , il sait autant que lui prêter à la raison ces mouvements passionnés qui la rendent plus persuasive ; en outre, il nous initie aux plus importantes questions de l'ordre social, et remplit l'âme d'une sympathie généreuse pour tous les grands intérêts de l'humanité. Comme Amyot, il réalise parmi nous l'alliance de l'esprit moderne avec le libre génie et l'héroïsme fier des anciennes républiques. Nourri, comme l'un et l'autre, des chefs-d'œuvres de la Grèce et de Rome, il s'en est identifié la substance : celte éducation étrangère n'ôte rien à son originalité ; ce que ses souvenirs lui suggèrent parait lui appartenir en tout point. C'est donc à côté d'Amyot et de Montaigne qu'il convient de lui marquer sa place. Depuis eux jusqu'à Pascal, nous le répéterons avec M. Dupin 2, « on ne trouve dans aucun de nos prosateurs un style plus piquant, plus animé, plus richement semé de traits naïfs, d'expressions saillantes, de tournures pleines d'abandon ou d'énergie, et de ces phrases qu'on aime à citer en texte, parce qu'on ne pourrait les traduire en d'autres termes sans en altérer ou en affaiblir le sens. »

rite (lu style. L'auteur de la Chasse du se confondre entre elles (et déjà elles

renard l'asquin, 111, 12, reconnaissait commencent àse réunir dans l'asquier) ,

« qu'en sou style il n'y a, première- devaient créer la grandeur de notre

ment, rien oubien peu de barbarie; dix-septième siècle,

secondement, qu'il y a quelque flui- * Lettres , X\l,-.

Jite , 3 Elone de Pasquier, p. dl.

1 Ces deux écoles de style, venant à

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