‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 15 sur 176 · VIE DETIENNE PASQUIER XXIX · texte numérisé non relu

VIE DETIENNE PASQUIER XXIX

qpri lui est propre. Depuis que parmi nous, sous les auspices du spirituel et brillant François Ier, un nouveau pouvoir se fut révélé, celui de l'intelligence , nos rois se piquèrent à l'envi d'appeler près de leurs personnes , et de placer au nombre de leurs officiers les hommes célèbres par leur esprit et leur savoir ' : grâce à leurs soins, les rangs élevés de la magistrature se recrutèrent dans les illustrations des lettres et du barreau. Henri III, si heureusement né luimême pour l'éloquence, se montra plus que tout autre fidèle à ces traditions de famille. Aussi le litre éminent d'avocat général dans sa cour des comptes étant devenu vacant en 1585 ï, il en pourvut Pâsquïer : ce fut au mois d'octobre , lorsque, après la mort du célèbre Pibrac , Augustin de Thou le remplaça comme sixième président de la grand'chambre , et eut lui-même Jacques Mangot pour successeur dans son état d'avocat du roi.

La chambre des comptes de Paris occupait un rang considérable dans notre ancienne monarchie; et Pasquier a pu, non sans raison, la placer à la tête de tous nos corps de judicature, a côté même de la cour du parlement3. Une autre cause d'inlluence pour cette illustre compagnie, c'était, au témoignage d'un contemporain 4, le singulier mérite des hommes sages et expérimentés qui la. composaient. Leur intégrité et leurs lumières les rendaient dignes du rôle que souvent, à raison des formes flottantes d'un gouvernement indécis, ils se trouvaient appelés à remplir. Seuls, en effet, avec les membres du parlement, ils contenaient dans ses limites un pouvoir oublieux de son origine, aspirant sans vigueur et sans gloire à devenir absolu : tandis que les courlisans , singes des vices étrangers, se précir pilaient dans une foule d'imitations ridicules ou funestes, seuls ils retenaient les vieilles mœurs et le culte de la vieille franchise. De là l'extrême considération qui s'attachait à ces magistrats, en qui l'opinion publique voyait les représentants légitimes de la nation.

Pasquier avait cinquante-six ans lorsqu'il s'assit sur les bancs de cette magistrature, qui a si bien mérité du pays : pour lui commençait ainsi un nouvelle carrière. L'emploi de sa vie fut dès lors de tempérer par de sages conseils l'action de l'autorité royale, de la défendre contre tous ses ennemis : au premier rang de ceux-ci il plaçait

1 Voy. dans les Éloges de Sainte- Lettres, XXI, 3.

Marthe celui de lïmijn , liv 111. -ï Recherches, Mil , 19

- Sprèslamortde Bertram : voy. l'É- ' Sainte-Marthe : voy. dans ses Éloges,

toile, journal Oc Henri M, la Haye, an 1. III, celui de Jacq. Mangot. in-8*, 17-11, t. I, p, t67; cl'. Pasquier,

Page 1