‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 16 sur 176 · XXX VIE D ET1EXNE PASQUIER · texte numérisé non relu

XXX VIE D ET1EXNE PASQUIER

les flatteurs '. A ses yeux, il ne suffisait pas d'ouvrir des avis utiles; il fallait par une obstination éclairée les faire prévaloir2 : pour lui il n'y avait pas de vraie fidélité sans courage. Pénétré de cette obligation, il témoigna son attachement et sa reconnaissance à Henri III en luttant contre ses prétentions arbitraires, surtout contre cette opinion déplorable dont nos rois n'avaient pas su se défendre, « qu'ils pouvaient tout ce qui leur plaisait ^. » Leurs empiétements successifs n'étaient propres, suivant lui, qu'à causer leur ruine. Jadis, quand ils prêtaient l'oreille aux remontrances de leur peuple, ils n'avaient besoin pour le diriger que d'une simple baguette ; mais depuis qu'ils avaient secoué le frein salutaire accepté parleurs prédécesseurs, à peine se faisaient-ils obéir avec quatre et cinq armées 4. Rétablir entre les pouvoirs une juste balance, entre le pays et le monarque une harmonie interrompue, tel était donc l'objet de tous les vœux de Pasquier : les grands corps de la magistrature 5 , intermédiaires naturels de la nation et du souverain , en transmettant jusqu'à lui la volonté de tous, devaient, par un contrôle assidu, lui épargner de regrettables erreurs.

C'est ce que Pasquier n'hésita pas à proclamer, lorsque, portant la parole dans la chambre des comptes, en l'absence du procureur général, il combattit un edit qui instituait au sein de la cour quatorze charges nouvelles, deux de présidents et douze de maîtres6. Les besoins d'argent qui renaissaient sans cesse pour une cour prodigue et nécessiteuse, telle était l'unique cause en réalité de cette multiplication indiscrète des offices; son effet serait de porter à leur importance et à la considération dont ils jouissaient une atteinte funeste : il s'agissait de la prévenir. Mais, se demandait l'orateur, pouvait-on être l'avocat du roi et résister à ses désirs ? Cette objection il ne craignait pas de la résoudre affirmativement. Le rôle du magistrat consistait à dire la vérité au prince : la cacher, c'était se rendre coupable de félonie et traître à sa conscience. Des remontrances loyales, quel que fût leur objet, inspirées par un dévouement sincère à l'État, fortifiaient d'ailleurs l'autorité suprême, loin do l'ébranler. Après ces hautes considérations , Pasquier n'avait pas de

1 Lettres, XII , 7. lement , des comptes et des aides , qu'il

7 ld., 11,5; Cf. XVI j 7. appellelespartiesnoblesde la France;

5 M., v| , 2. Lettres, XII, 2.

• ld., Xiv, 8. s Lettres, XII, 2.

' est-à dire les troi - cours du par-

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