‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 152 sur 176 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De l'hérésie de Jean Hus qui se planta dans le schisme2, et avec quelle dignité leconcilede Constance procéda à l'extirpation tant du schisme que de l'hérésie, par l'entremise de notre Église gallicane.

Pendant cet interjet3 de temps, tout ainsi que les grands prélats se jouaient de leur ambition aux dépens de l'Église universelle, aussi le diable ,' qui était aux aguets, enta sur ce schisme un arbre de plus malheureux et damnable effet, dont la conséquence a pris trait jusques à nous : ce fut l'hérésie de Jean Wiclef , docteur anglais, qui commença d'écrire et crier contre les traditions de l'Église. Les docteurs gens de bien de ce temps là ne doutaient de ■* crier contre le schisme ni d'accuser ceux qui en étaient le motif, encore qu'ils tinssent grand lieu et autorité en l'Eglise; mais cestui-ci commença de toucher à la chose même , ne se donnant peine de personnes. En quoi il eut pour successeurs Jean Hus et Hiérosme de Prague , natifs du pays de Boëme , jusques à ce que finalement Martin Luther reprenant , du temps de nos pères , leurs anciens arrhements , remit sus cette hérésie , à la désolation non-seulement de la papauté, mais de la plupart des royaumes chrétiens : témoin les afflictions d'Allemagne, Angleterre, Ecosse, et finalement de notre France. Et qui est une chose grandement à remarquer , c'est que Dieu , pour se venger du tort que nous fîmes à l'Église , quand par un nouvel artifice des hommes nous voulûmes transplanter la papauté en cette France, pour nous faire à demi papes; Dieu, dis-je, terrassant notre conseil, a voulu que depuis, le siège ayant été rétabli dans Rome, nul cardinal français n'aitété élu pape; voire que c'a été un vœu général du consistoire de nous en frustrer,

• C'est le chap. XXVI du liv. III. septante-six, et dura quarante ans en-

2 Ce schisme, survenu dans l'Eglise tiers, au vu de tout le monde, sans

catholique par l'élection de deux pa- qu'on y pût mettre remède bien à

pes, dont l'un résidait à Rome, l'autre point. »

à Avignon, ensuite d'un troisième, 3 on disait aussi entrejet, intervalle

* prit commencement, pour emprunter * Ne craignaient pas de, n'hésitaient

les expressions mêmes de Pasquier, pas à...

Dech., III, XXV, vers l'an mille trois cent

pour la crainte que Ton a eu du retour d'Avignon : car quant à moi je l'attribue à un juste jugement de Dieu , pour nous enseigner que quand nous serions affligés par l'Église de Rome en cette France, il ne faudrait avoir recours aux conseils des hommes , mais à l'Église même; je veux dire, trouver le remède dedans celle qui semblerait être cause du mal, et réfugier aux anciens privilèges de notre Église gallicane, lesquels combien que l'on ait opposés aux entreprises de la cour de Home, si est-ce que ce n'est une église distincte et séparée d'avec la romaine. Et à tant toute la débauche » qui fut en ce temps-là nous doit servir d'instructions et mémoires de nos déportements , tant pour la conservation de notre Ëlat que de l'Église catholique universelle.

Ce conseil fut depuis trouvé le meilleur et plus expédient. Les cris de l'université de Paris furent si grands , que tous les princes chrétiens conspirèrent unanimement à un concile général par une belle et sainte conjuration, conduite sous l'autorité et entremise de l'empereur Sigismond, que l'on ne saurait assez dignement louer : car je vois que par icelui, sans passion, et d'un même poids, on s'étudia d'extirper de l'Église l'erreur et l'abus. Toutefois, devant que d'en venir à chef 2, il y eut plusieurs grands détourbiers 3 et empêchements dedans cette France.

Je ne sais comment notre fortune est tellement liée avec celle des papes, que j'ai observé une chose qui me semble ne devoir être passée sous silence. L'un des plus grands et malbeureux schismes de l'Église de Rome fut celui qui advint sous la seconde lignée de nos rois, de Formose, pape, et d'Etienne, son successeur : auquel schisme, par trois ou quatre successions de papes, l'un défaisait tout ce qui avait été statué et ordonné par son prédécesseur; et lors aussi furent les grands troubles et divisions, qui étaient en notre France, entre la seconde famille de nos rois et Eudes , qui se fit proclamer roi , et depuis au long aller transmit 4 la couronne à Hugues Capet. Le semblable advint-il au temps dont nous par-

1 F.nfin tout 1<- désordre. . ' rroubles, obstacles...

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