‹ Œuvres choisies d'Etienne PasquierChapitre 153 sur 176 · T>M LÀ. FRANCK · texte numérisé non relu

T>M LÀ. FRANCK

Ions maintenant : car, tout ainsi que nous vîmes l'Eglise de Home fluctuer dans cette division, aussi Dieu voulut que vers l'an 1404 commença la division, en cette France, d'entre la maison d'Orléans et de Bourgogne, fondée sur le gouvernement de l'État, pendant que Charles VI était mal ordonné de son cerveau » par certains intervalles de temps; querelle qui causa la mort au duc d'Orléans, frère du roi2, et depuis une guerre intestine par toute Ja France, en laquelle l'on ne peut dire que le tort ne fût du côté de Jean, duc de Bourgogne, encore que par un mauvais jugement il fût assisté des Parisiens : chose que je ne puis lire ou écrire que je ne m'en courrouce infiniment contre les miens, de voir qu'avec une telle fureur ils eussent embrassé la cause d'un très-mauvais prince contre la mémoire d'un prince innocent, qu'il avait fait proditoirement meurdrir 3. Et tout ainsi que par un assassin 4 qualifié il entreprit le gouvernement des affaires de France , aussi s'entretint-il en cet état par meurdres, prisons, séditions , carnages , qu'il exécutait par l'entremise de je ne sais quels bouchers. Il n'était pas que le bourreau ne lui servît quelquefois de capitaine général , pour la conduite et exécution de telles cruautés; ayant des prêcheurs à gages qui lui servaient de trompettes au milieu du peuple, pour donner fueilles à 5 tous ses mauvais desseins, ("est celui duquel vraiment je puis dire que l'Église gallicane n'eut jamais plus grand ennemi de ses privilèges : car comme ainsi fut qu'il se fût allié des papes pour excuser par leur autorité son forfait, aussi les gratifiait-il le plus qu'il pouvait pendant la maladie de notre roi , aux dépens de nos privilèges. Ce bel édit, tant soiennisé entre nous, concernant la manutention de nos libertés contre les abus de la cour de Rome, était de l'an 140fifi,

1 Privé de sa raison... Ailleurs, Reelu, également meurtrir et meurdrir, meur- ÎII, xxx, l'asquier dit de lui « qu'il était drier et meurtrier ,meurdre et meurtre. mai ordonné de sens .» * On disait souvent assassin pour as-

2 Sur ce meurtre on peut voir un sasslnat, comme magistrat pour mamémoire de Bonamy, t. XXI, p. 515, gistrature.

thi recueil de l'académie des iuscrip- 'j Pour autoriser...

lions. Cf. le récit animé de M. de Ba- G Sur cette ordonnance appelée prag-

rante-, Histoire des dues de Bourgogne, matiqnc sanction, et qualifiée pnr.Iuvé-

t. 111 , p. 84 et suiv. na.ldesUrsinïdejusteeisaiiite,V.VJïist.

'• Tuer en trahison : alors on écrivait de Charles J I, plus bas citée, p. 575.

96 RECHEBCHES

lors que Louis, duc d'Orléans, était en règne et maniait les affaires. Soudain qu'il eut été tué, et que le duc de Bourgogne s'empara de la personne du roi , vous trouverez unenouvelle mutation pour ce regard , parce que le désordre recommença entre nous tout ainsi comme auparavant , même soudain après le sacre et couronnement de Jean XXIII , homme qui est mis entre les méchants papes, lequel n'oublia un seul point de gratification envers les grands de la France, pour faire supprimer l'ordonnance de l'an 1406. Je trouve que tout ainsi que la cour de parlement , lors de l'avénement de Benoît XIII , s'était pourchassé un induit sur les bénéfices », aussi fit lesemhlable la chambre des comptes, en l'an 1410, sous ce Jean XXIII, et qu'elle lui présenta requête à même effet. Jean Ju vénal , de la famille des Ursins, personnage de singulière recommandation , en son Histoire de Charles ri, dit ainsi2 : « En l'an 1414, le pape Jean XXIII envoya en France pour rompre l'ordonnance des ordinaires3 ; et< furent annulées : car le roi , la reine et le Dauphin eurent nominations pour leurs serviteurs, et pareillement l'université de grandes prérogatives. Et au regard des prélatures , le roi et les seigneurs étaient papes , pour ce que le pape faisait ce qu'ils voulaient , et ne tenait pas à argent 5 ; et les églises se baillaient au plus offrant et dernier enchérisseur. Il n'y avait laboureur qui ne baillât argent pour avoir une grâce expectative. »

Si vous considérez la date de ce passage, ce fut par exprès, au même an que l'on avait destiné pour l'ouverture du concile général, que ce pape craignait sur toute chose , sachant bien qu'il ne se pouvait conclure qu'à sa confusion; et, pour cette cause, n'épargna le vert ni le sec G pour rompre cette belle entreprise. Toutefois Dieu voulut qu'à ce même an fût

1 C'était le droit de requérir, sur un casde vacance du siège épiscopal.

évêché ou sur une abbaye, le premier '' Ces ordonnances, sous-entendu,

bénéfice vacant. 5 Et ne résistait pas aux dons d'ar-

- I'. 346 , de l'édit. in-4" de Paris, gent...

1(114. Rapprocher encore du présent ,; lit tousses efforts. Cette expression

chapitre cette Histoire, p. 225-234. proverbiale rappelle un bon mot de

3 L'ordonnance relative aux évêques Henri \\ à l'une de ses maîtresses diocésains, on autorités diocésaines, en

faite la paix de Pontoise avec les Orléanais, qui lors entrèrent en grâce près du roi , tellement que le duc de Bourgogne fut contraint de leur quitter la place. Or. tout ainsi que ceuxci suivaient la meilleure voie , et étaient pour cette cause soutenus par maître Jean Gerson contre les séditieuses harangues de maître Jean Petit, aussi commencèrent-ils de remettre en jeu les privilèges de notre Église contre les entreprises et abus des papes qui lors étaient; et néanmoins on ne peut dire qu'ils n'y eussent beaucoup d'obstacles et empêchements. Car combien qu'ils possédassent lors le roi , si est-ce que le Bourguignon avait laissé clans Paris une infinité de personnes séditieuses, qui portaient sourdement son parti. Mais surtout faut donner le principal honneur et gloire de ce qui advint puis après au parlement de Paris, lequel voyant que par les brigues et menées ouvertes du cardinal de Pise , lors légat en France, l'ordonnance de l'an 1406 avait été rompue , ne se put taire , ains remontra au roi et à son conseil les inconvénients qui adviendraient de cette rupture : de manière que, par l'avis du conseil du roi, les chambres assemblées au parlement, et de plusieurs docteurs et maîtres de l'université de Paris (ainsi porte le texte), fut faite une autre ordonnance du vingt-cinquième décembre 1417, par laquelle, pour réformer les abus qui étaient en cour de Home, le roi ôte toutes les réservations qui étaient faites au préjudice des ordinaires ; veut que les élections eussent lieu es bénéfices électifs ; et aux collatifs, que l'on y pourvût par présentations, collations et institutions des ordinaires , nonobstant icelles reformations, réservations ou grâces expectatives ; aussi ôte toutes exactions qui se faisaient en cour de Home sous prétexte des vacants; et dès lors fut avisé d'en envoyer autant aux ambassadeurs de la France qui étaient au concile de Constance, avec injonctions expresses de, n'accorder chose aucune des règlements, sinon aux charges qui étaient portées par cet édit. Encore ne se put cette ordonnance passer sans coup férir : car l'université, tournant sa robe d'un aulresensqu'ellen'avaitfait par le passé, en voulut fairequelque instance, soit qu'elle fût indignement traitée par les ordinaires , ou bien qu'elle fût gagnée sous main par le duc de Bour-

gogne , lequel elle favorisait plus que les Orléanais et armaignacs. Et de fait elle en appela au pape ; à l'occasion de quoi le recteur et ses suppôts , par commandement du parlement, furent constitués prisonniers en février 1417. On ne saurait assez hautlouer la vertu dont le parlement usa lors. Que plût à Dieu que depuis il eût toujours été en toutes ses actions aussi fort! il en serait mieux à la France. L'université tenait lors tel rang, qu'elle se faisait même croire aux affaires d'État ; elle était en ceci supportée sous main par les bourguignons. Davantage nous étions lors exposés au-dessous de tous affaires ' par le moyen de la luclueuse journée d'Azineourt, où toute la fleur de la noblesse de France avait été saccagée par l'Anglais. Toutefois toutes ces rencontres n'empêchèrent que le parlement n'exerçât contre l'université toute rigueur de justice, la voyant par brigues et menées se fourvoyer de son ancienne vertu. Or comme les choses se maniaient en cette façon dans la France pour le rétablissement de la dignité de l'Église, d'un autre coté l'empereur Sigismond nedemeurait point oiseux à faire parachever le concile qui avait été ouvert dedans la ville de Constance , à son instigation et poursuite. En ce concile fut premièrement condamnée la mémoire de "\\ ielef, lors décédé, et ordonné que ses os seraient déterrés et jetés hors de la terre sainte, s'ils pouvaient être discernés d'avec les autres ; l'opinion de Jean Hus et de Hiérosme de Prague condamnée, et déclarés hérétiques; que leurs livres seraient brûlés publiquement, eux dégradés en la présence du concile, pour, ce fait, être misés mains du magistrat séculier, pour être par lui ordonné ce qu'il verrait être à faire par raison : chose certes digne de grande recommandation à toute la postérité, que lors que la papauté était infiniment affligée par le schisme, et toute la chrétienté par la papauté, l'Église universelle prit la cause du pape en main, et la soutint vertueusement encontre l'hérésie et erreur , de la façon que dessus. Si ne put-on si bien besogner, que dès lors le pays de

1 Placés dans mie situation déplo- trouve dans l'a sq ni ci- tantôt avec le rallie: on sait que le genre do Mil'-- masculin, tantôt avec le féminin, lantif affaire t tait encore indécis ; on le

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Boëme ne se soustrahit ; totalement de l'obéissance du saintsiége : à quoi elle avait été premièrement subornée par les prêches et remontrances de Hus. Et tout ainsi que ces bons pères combattirent l'hérésie, aussi ne voulurent-ils épargner le schisme et division de l'Église; et pour y mettre la main à bonnes enseignes, et ôter l'ambition qui régnait au collège des cardinaux , il fut ordonné que si on donnait sentence définitive contre les trois papes (c'étaient Benoît treizième , Grégoire douzième, et Jean vingt et troisième), portant vacation de leurs dignités pontificales , il ne serait nullement procédé à nouvelle élection, sinon par autorité du concile général de Constance. Et par autre décret fut ordonné que le concile ne se romprait que l'on n'en eût élu un autre. Ce fondement ainsi jeté , on prononce une sentence contre Jean vingt-troisième, par laquelle son procès lui étant fait par contumace, il est déclaré privé du titre de pape -, à celle de Benoît treizième on ajoute qu'il était déclaré schismatique et hérétique, et défenses sur peine d'anathème de le reconnaître autre que privé : car quant à Grégoire douzième, volontairement il se démit de la papauté par procuration spéciale. En contemplation de quoi 3 on autorise jusque-là tout ce qui avait été fait par lui, les cardinaux et officiers; et si fut créé légat de la Marche d' Ancône. Et ne voulurent point passer outre à nouvelle élection , que ce ne fût sous cette protestation publique qu'avant que déguerpir le coneile, le futur pape, assisté de tous ces prud'hommes , déterminerait avec eux sur le nombre des cardinaux , sur les collations, réserves et grâces expectatives de la cour de Borne , la confirmation des élections, annates , causes que l'on pouvait traiter en cour de Rome , appellations que l'on y devait relever, exemptions ou unions faites pendant le schisme, commandes, fruits échus pendant la vacance d'un bénéfice , extirpation delà simonie, dispenses, indulgences, décimes, et finalement pour quelles causes et comment un pape pouvait être corrigé et déposé : de tous lesquels articles ils prirent les premiers mémoires de nous , parce que c'étaient les points

1 S'éloignât... '-' Pnr ce motif, d'après cette c

dération...

qui avaient été extraordinairement agités par l'université de Paris pendant ces divisions ; et même maître Jean Gerson, docteur en la faculté de théologie, et chancelier de l'université de Paris , avait composé un livre en latin, intitulé de l'Ji/féribilité du pape; non que par cela il voulût dire qu'il fallait ôter la papauté, et que sans elle notre Église pût suhsister, comme quelques lucianistes ■ de notre temps l'ont voulu calomnier ; mais bien que, selon les nécessités, on pouvait pour le repos de l'Église, sous l'autorité d'un concile général, faire démettre un pape de sa dignité, comme j'ai touché en un autre lieu : qui fut aussi la conclusion de ce grand concile de Constance. Et , toutes ces choses en cette façon proposées, fut élu Eudes, de la famille des Colonne, cardinal, depuis appelé Martin cinquième; et après son élection il fut avisé sur la plupart de tous ces articles, même que toutes les unions des églises, faites depuis le trépas de Grégoire onzième, seraient cassées et annulées , si elles ne se trouvaient être faites avec juste raison ; que les fruits et revenus des bénéfices vacants iraient à ceux auxquels ils devaient appartenir de coutume ou par privilège, non au pape ou à la chambre apostolique; que celui qui se. trouverait avoir été promu par simonie perdrait tout le droit d'un bénéfice, avec restitution des fruits; que, nonobstant les dispenses auparavant données par les autres papes , ceux qui étaient appelés aux archevêchés et évêchés se feraient consacrer dans six mois, sur peine de privation de leurs bénéfices; que le pape ne pourrait lever décimes sur le clergé et autres telles impositions, si ce n'était avec grande connaissance de cause, pour la subvention et aide de l'Église universelle , et encore du consentement des prélats de la province , sur lesquels on voulait faire cette cueillette 2 ; et plusieurs autres saints décrets, non toutefois en tout et partout tels que l'on avait auparavant proposé , ni si amples que l'empereur Sigismond et le roi Charles désiraient; car, pour bien dire, ceux qui étaient habitués en cour de Rome ne pouvaient bonnement prendre cette médecine : qui fut cause que ces princes, faisant non

Disciples de Lucien) railleurs, perception.,, malins critiques.,.

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tout ce qu'ils désiraient , ains ce qu'ils pouvaient, il fut pour conclusion arrêté que l'on ouvrirait un autre concile dans certain temps en la ville dePavie, pour la réformation générale du clergé.

Soudain après que Martin cinquième eut été couronné pape, il dépêche ambassadeurs en France, pour nous avertir de son élection : auquel fut fait réponse par le roi , assisté de plusieurs seigneurs de son parlement et grand conseil , qu'il avait toujours désiré entre tous les princes de la chrétienté l'union, et que c'était ce où son Eglise avait principalement travaillé; que son intention était de demeurer envers l'Église romaine en aussi grande obéissance qu'avaient oucques fait ses prédécesseurs ; toutefois qu'il craignait qu'ayant été élu, c'eût été à l'appétit du roi des Romains, son ennemi : parquoi attendait leretour de ses ambassadeurs, pourdonnerréponse certaine àcelui qui étaitenvoyédeRome. Etnéanmoins, afinde faire paraître que dès lors il n'entendait se rendre réfractaire à ce qui avait été fait, il lui déclara que, quant aux bénéiices électifs, il serait procédé par élections ou postulations des chapitres , lesquelles seraient confirmées par le souverain sans moyen; et quant aux bénéfices collatifs, il y serait pourvu par collation des ordinaires, nonobstant les réservations et grâces expectatives de cour de Rome. C'était une médiocrité' entre deux extrémités, parce qu'es bénéfices électifs on liait les mains au pape, de n'en pouvoir disposer au préjudice des élections; mais aussi ôtait-on la confirmation qui était due d'ancienneté au métropolitain , et l'envoyait-on au pape : conseil plus sage que dévot, mais toutefois nécessaire pour bannir le mécontentement de Rome. Le parlement supplia le roi et le Dauphin de vouloir religieusement faire garder cette ordonnance ; et que qui impétrerait bénéfice contre la voie ainsi prescrite il fût arrêté prisonnier ; et outre , de ne souffrir qu'aux élections fussent faites aucunes menaces , violences , ou impressions : ce qu'ils accordèrent libéralement.

Toutefois les choses ne demeurèrent pas longuement en

1 In terme ni<>\ en...

102 RECHERCHAS

cette dévotion sans recevoir nouvelles algarades. La France étant (comme j'ai dit ci-dessus) bigarrée en deux ligues, le 22 mai en l'an 141 S, l'Isle-Adam, l'un des capitaines du duc de Bourgogne, surprit la ville de Paris par l'intelligence de quelques bourgeois, exerçant depuis tant de cruautés contre ceux qui portaient le parti contraire, que la mémoire en est encore toute sanglante ; et furent mêmement la plupart des seigneurs du parlement contraints de prendre la fuite, avec nouveau conseil de s'iiabituer sous l'autorité de Cbarles, dauphin de France, en la ville de Poitiers, où fut fait un parlement qui dura jusques en l'an 1436. Les choses ne pouvaient être en pire étatqu'elles étaient. Un duc de Bourgogne faisait le roi ; le Dauphin était banni de Paris ; l'Anglais, au milieu du royaume; la noblesse de France, ou morte, ou prise à Azincourt ; grands meurdres commis par l'Isle-Adam et ses complices, même contre les principaux magistrats de la France ; la fuite des autres seigneurs du parlement devait rendre ceux qui étaient demeurés dans Paris peu assurés. Ce néanmoins tous ces misérables objets ne purent jamais fléchir cette cour , que toujours elle ne portât sur ses épaules (ainsi qu'un Atlas, la voûte du ciel) les privilèges de notre Église gallicane , contre tous les assauts que l'on lui voulut puis après livrer, qui ne furent pas petits : car les bourguignons, qui possédaient le roi pour l'imbécillité de son cerveau, étaient bien contents de se prévaloir, encontre leurs ennemis, de la faveur de l'Église de Home, ayant mêmement attiré à leur cordelle1 la plupart des ohefs principaux de l'université, laquelle de là en avant commença de saigner du nez, ne se rendant plus si ferme protectrice de nos privilèges comme elle avait fait autrefois; mais la cour de parlement suppléa à ce défaut, comme si toute la force et vertu de France se fût lors accueillie au cœur de cette compagnie. Le duc de Bourgogne n'eut pas sitôt mis à exécution toutes les cruautés qu'il fit exercer dans Paris par l'entremisede l'Isle-Adam, que soudain le roi dépécha un édit de la révocation de l'ordonnance faite en faveur des ordinaires

1 Dans leur parti...

sur quoi , par arrêt du 13 mars 1418 fut dit que Ton en écrirait au roi ; et par même moyen le procureur général s'oppose à la publication de ces lettres. Le 29 du même mois, le chancelier vint à lacour pour lesfaire publier ;lelendemain la cour opine en sa présence, et s'en trouvèrent vingt-neuf (qui étaient plus que les deux parts, dont les trois faisaient le tout), qui furent d'avis qu'on ne les devait publier sans ouïr le procureur général en son opposition. Le chancelier remontra que le vouloir du comte de Saint-Pol, gouverneur de Paris, qui lors avait toute la force en main, était qu'elles fussent publiées ; et que s'ils ne le voulaient faire, il l'en avertirait, pour sa décharge, dette menace d'un courtisan ne les fit changer d'opinion : qui fut cause qu'un jour après , le chancelier retourna au parlement , accompagné du comte de Saint-Pol ; lesquels firent de puissance absolue publier ces lettres sans ouïr le procureur général, lequel se comporta en ceci si vertueusement, qu'il ne se voulut du tout trouver à cette publication. Et commanda le chancelier mettre sur le repli des lettres l'ancien l.ecta publicata. Mais il ne fut sitôt parti, que la plupart des conseillers vinrent au greffier remontrer que puisque ce qui avait été fait c'était contre la délibération de la cour, il ne devait mettre le Lecta , ou pour le moins devait insérer clause par laquelle il apparut que la cour n'avait approuvé cette publication : mais il répondit qu'il n'était que simple ministre, et qu'il se garderait de méprendre '. Au moyen de quoi le premier jour d'avril, toutes les chambres assemblées , fut dit que, par cette publication, la cour n'entendait approuver ces lettres , comme étant passées par force. Recherchez telle constance qu'il vous plaira en toute l'ancienneté, vous n'en trouverez point de plus grande. Les dons et induits du pape ne l'avaient autrefois pu fléchir; et lors les intimidations et les armes n'eurent non plus de puissance envers cette compagnie. Ne pensez point que cet arrêt ne fut depuis de grande force et effet contre les furieux assauts des plus grands. Pendant que ceci se maniait en cette façon dedans Paris, ou

1 Mal faire , mal agir

traitait d'un autre côté, par la France, le mariage de Henri, roi d'Angleterre , cinquième de ce nom , et de Catherine de France, fille du roi Charles VI : le tout à la ruine et confusion de Charles, dauphin. Le mariage conclu et solennisé en face de sainte Église, et, par les conventions matrimoniales , le royaume donné aux futurs mariés, Henri, roi, décédé en août 1421, et en octohre ensuivant Charles VI, toutes les affaires commencèrent lors à passer par les mains du duc de Bethfort, régent en France, oncle du jeune roi Henri VI, lequel pour rendre son parti plus fort contre Charles VII , sachant que le principal retenail ' de notre république , lors delà minorité d'un roi, dépendait de l'autorité de ce parlement, il passa condamnation volontaire en faveur des ordinaires. Et fut faite derechef une ordonnance, par laquelle il fut dit que les ordonnances faites pour la tuitionet défense des églises seraient gardées, et les procès intentés jugés selon icelles, et que l'on ne pourrait alléguer qu'elles eussent été cassées ni révoquées, nonobstant la publication ci-dessus mentionnée; et davantage, le vingt-unième d'août ensuivant, furent faites défenses à tous juges de n'aller au contraire de ceci.

Il semblait que cette ordonnance, tant de fois réitérée, eût été, comme l'on dit, fichée à clous de diamant : toutefois voici encore nouvel obstacle. Le duc de Bethfort, voyant sa régence assurée par le temps, depuis gagné par les importunités des plus grands, qui avaient leurs intelligences dans Rome, envoie autres lettres patentes concernant, comme il disait, la liberté des églises : à la publication desquelles le procureur général s'opposa, d'autant que par icelles la puissance des ordinaires était derechef transportée au pape. Et le sixième 2, la cour, par son arrêt, dit qu'elles ne pouvaient être vérifiées, et qu'il serait signifié au chancelier que son plaisir fût de venir en la cour entendre les raisons pour lesquelles ces lettres ne pouvaient passer. Quelques jours après, le chancelier envoie ses excuses pourquoi il n'était bon qu'il se trouvât en cette délibération , parce qu'il avait charge du roi et du duc

1 Lien qui attache, amarre: la pria- Apres le quantième, le nom du

cipale sauvegarde.,. mois manque dans Pasquier.

DE I.A FBANCE. 105

de Bethfort, qui lors étaient en Angleterre , de les faire émologner; et que ce que le régent en faisait eu faveur du pape, c'étaient affaires d'État dont lui seul pouvait rendre raison , qu'il n'était besoin de communiquer à la cour ; même que ces lettres avaient été par lui expédiées par l'avis du grand conseil du roi, et qu'il n'eût été honnête que lui, qui pourchassait la vérification, se fût trouvé aux opinions. La cour, après avoir entendu ses excuses, dit, par son arrêt du 9e de mars, que les lettres ne devaient être entérinées ; et néanmoins, étant avertie que le régent le prendrait mal , elle ordonna qu'elles seraient publiées, sans préjudice de l'opposition et protestation du procureur général du roi. Et h la publication d'icellesle procureur du roi forma encore son opposition : sur quoi il fut dit qu'elle serait enregistrée. Elle lit lors contenance de caler la voile à la tempête , pour obvier à plus grand scandale : mais qui considérera cet arrêt , il ne contient pas moins de force et vertu que de prudence. ; car, accordant de parole à un étranger ce qu'il désirait, sous la miséricorde duquel les affaires de France passaient lors , si est-ce que d'effet elle résistait à son intention. Aussi, nonobstant cela, le dix-neuvième juillet ensuivant, fut jugée la maintenue d'un bénéfice par la cour, en vertu de l'ordonnance faite sur la réformation de l'Église , comme aussi par autres arrêts donnés les 24 novembre et 7 de février 142(5 : demeurant la cour de parlement de Paris, au milieu de ces afflictions , le seul rempart et propugnacle de la liberté de l'Église contre les entreprises de la cour de Rome. Et si elle se fût comportée autrement , jamais on ne fût venu à chef de cet œuvre : car, combien que par le concile de Constance on eût fait plusieurs belles et louables promesses de ce que l'on devait faire, soudain que le pape serait élu , pour la réformation des entreprises de l'Église de Rome, si est-ce que, Martin étant élu , il commença d'user de remises , étant demeuré une grande espérance aux papes de retourner puis après sur leurs anciens déportements.

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