CHAPITRE XIX
D'une coutume ancienne que l'on observait en Fiance, en matière de prisonnier de guerre4.
Par l'édit du roi Jean, lorsque, par l'avis des trois états, il lit la première augmentation de la gabelle sur le sel, et imposition pour un an de huit deniers pour livre sur toute denrée, vendue, entre autres articles il y en avait un par lequel il défendait aux connétables, amiraux, maîtres des arbalétriers, de
1 Petite lialle, ou boule, pour donner prise, à son général Jean de Luxemles suffrages, bourg, elle avait été vendue par re-
2 lies magistratures... lui -ci aux Anglais moyennant dix mille 1 C'est le etiap. xn du liv. IV. livres. La nature de ce marché semble, < Ce chapitre nous a paru propre à d'après ce passage de Pasquier, avoir
éclairer un fait généralement mal pré- été an peu défigurée : car la vente,
semé sur la captivité de Jeanne d'Arc, ainsi réglée par l'usage ou la loi, sr-
On a répété toujours dans les histoires rait moins odieuse que si elle eût été
que, cédée, par le capitaine qui l'avait volontaire.
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ne prendre part et portion de ce qui aurait été pris par les soldats sur l'ennemi , nonobstant le droit par eux prétendu , si ainsi n'était qu'eux ou leurs gens eussent été en la besogne. C'était que le connétable , qui a toute charge sur les gens de cheval, et le maître des arbalétriers, qui était colonel de L'infanterie , avaient droit de prendre sur les prises faites sur les ennemis, ainsi que nous voyons aujourd'hui les amiraux, tant duPonantque Levant, l'avoir sur celles qui ont été faites en mer, étant déclarées de bonne prise. Outre cela, je trouve que ce fut une coutume ancienne en cette France , que , toutes fois et quantes que la rançon de guerre excédait dix mille livres, le prisonnier appartenait au roi , en payant par lui ' les dix mille livres au maître du prisonnier : pour le moins le tiré-je d'un passage qui me semble à ce propos fort notable.
Quand JeannelaPucellefut prise devant Compiègne parle bâtard de Vendôme 2, qui en saisit messire Jean de Luxembourg , l'un des principaux favoris du duc de Bourgogne, l'évêque de Beauvais les interpella de la mettre entre ses mains, afin de lui faire et parfaire son procès, comme ayant été prise en et au dedans de son diocèse. Pour les inviter à ce faire , il dit que le roi Henri3 offrait de bailler à Jean de Luxembourg 6,000 livres, et assigner au bâtard de Vendôme 300 livres de rente de son état : qui n'était point peu de récompense à l'un et à l'autre, eu égard à la pauvreté et disette qui était provenue de la longueur des guerres. Puis il ajoute dedans l'acte de sommation ces mots : «Et où , par la manière avant dite . ne veuillent ou soient contents d'obtempérer a ce que dessus, combien quela prise d'icelle femme ne soit semblable à la prise du roi , princes , ou autres de grand état, lesquels toutefois si pris étaient, ou aucun de tel état, fût roi , le Dauphin ou autres princes, le roi les pourrait , s'il voulait, selon le droit, usance et coutume de France, avoir moyennant dix mille livres, ledit évêque somme et requiert les dessusdits au nom que dessus, que ladite Pucelle lui soit délivrée, en baillant sûreté de ladite somme de dix mille francs, pour toutes choses quelconques. »
1 A la condition qu'il payât pourlui... " I.e roi d'Angleterre Henri VI.
2 Lionel.
Cette sommation est l'une des premières pièces qui se trouvent au procès de la Pucelle ; et ne pense point que l'évêque de Béarnais eut été si impudent de proposer cette coutume, même contre des seigneurs de marque, si elle n'eût été vraie : tellement que pour ce point je le crois, mais non qu'il fût en sa puissance de faire le procès à une prisonnière de guerre , quelque sophistiquerie que les écoliers eussent su trouver pour faire tomber la vie de cette brave guerrière à la merci des Anglais.